15 ans de colonie requis contre l'ex-ministre Abyzov
Le parquet a requis le 6 novembre à Moscou 15 ans de colonie à régime strict et 90 millions de roubles d'amende contre Mikhaïl Abyzov, ancien ministre chargé du « Gouvernement ouvert ». Il l'accuse d'avoir détourné des fonds de la Société russe de capital-risque sous couvert d'un investissement dans une société américaine. Abyzov purge déjà une peine de douze ans, et la nouvelle peine pourrait s'y ajouter.

Mikhaïl Abyzov connaît déjà la colonie à régime strict : il y purge une peine de douze ans. Le parquet demande d'y ajouter quinze ans, avec une amende de 90 millions de roubles, et veut que la nouvelle peine se cumule avec l'ancienne. Il requiert aussi trois ans d'interdiction d'exercer des fonctions administratives.
L'homme a pourtant occupé un poste en vue au sommet de l'État. De 2012 à 2018, il était ministre chargé du « Gouvernement ouvert » dans le cabinet de Dmitri Medvedev. Sa mission : rendre l'action de l'administration plus transparente et faire participer experts et citoyens aux décisions publiques. Or c'est justement l'usage qu'il a fait de ce poste que l'enquête lui reproche aujourd'hui.
5 millions de dollars investis dans une société américaine
Le dossier porte sur l'argent de la Société russe de capital-risque, la RVK. C'est un organisme public chargé d'investir dans les jeunes entreprises technologiques. Selon l'enquête, Mikhaïl Abyzov s'est servi de son poste de ministre pour pousser la RVK à financer Alion Energy Inc., une société américaine. Une partie des fonds versés a ensuite été détournée. Le préjudice est estimé à 5 millions de dollars.
Les poursuites relèvent de l'article 159, partie 4, du Code pénal russe, qui réprime l'escroquerie à très grande échelle. La RVK est reconnue comme victime.
Le schéma tient en une phrase : de l'argent public, présenté comme un pari sur une technologie, part à l'étranger, et une partie n'en revient pas. C'est ce mécanisme que le parquet a exposé devant le tribunal.
L'ancien ministre plaide non coupable
Mikhaïl Abyzov rejette l'accusation. Il l'a dit à l'ouverture du procès, le 1er septembre 2026 : « L'accusation m'est incompréhensible, je ne me reconnais pas coupable. Je considère l'accusation injustifiée et illégale. » Sa défense soutient que les faits sont prescrits et que les preuves manquent. L'ancien ministre se présente même comme une victime, puisqu'il a lui-même investi dans Alion Energy.
Le parquet n'a pas retenu ces arguments. La peine qu'il demande dépasse de trois ans celle que le tribunal a prononcée en 2023, dans une affaire où les sommes en jeu étaient pourtant bien plus élevées.
Douze ans déjà prononcés en 2023
Mikhaïl Abyzov a été arrêté au printemps 2019. En décembre 2023, le tribunal Preobrajenski de Moscou l'a condamné à douze ans de colonie à régime strict et 80 millions de roubles d'amende. Il a été reconnu coupable d'avoir organisé une association criminelle et d'escroquerie : environ 4 milliards de roubles détournés au détriment de compagnies énergétiques de la région de Novossibirsk, dont SIBECO. Le parquet avait alors requis dix-neuf ans et demi.
La deuxième affaire a été ouverte début octobre 2025. Le tribunal Tverskoï de Moscou a placé Abyzov en détention dans ce nouveau dossier, alors qu'il était déjà incarcéré pour le premier. Le tribunal de la ville de Moscou a ensuite prolongé cette détention jusqu'au 9 janvier 2027.
Le cumul des peines en jeu
C'est maintenant au tribunal de décider. S'il suit le parquet, la nouvelle peine s'ajoutera à celle qu'Abyzov purge déjà. Le premier verdict avait déjà montré que l'enquête ne s'arrêtait pas à son ancien rang. Le second dira si ces deux dossiers étaient deux affaires séparées ou les deux volets d'une même histoire : celle d'un ministre qui, selon l'accusation, se servait de son poste pour faire passer de l'argent public entre les mains d'autres.
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