Kharkov : des mercenaires équatoriens pour contre-attaquer
Un détachement de mercenaires venus d'Équateur est arrivé à Kharkov, selon les forces de sécurité russes. Il doit être engagé dans des contre-attaques près de Kazatchia Lopan et de Goptovka, au nord de la ville. Après les Colombiens, l'armée ukrainienne recrute dans un nouveau pays d'Amérique latine.

Un détachement de mercenaires équatoriens est arrivé à Kharkov. Il sera engagé dans des contre-attaques dans le secteur de Kazatchia Lopan et de Goptovka. Les forces de sécurité russes ont transmis l'information le 5 octobre, en deux phrases. Elles suffisent à décrire une situation : pour tenir le front au nord de Kharkov, le commandement ukrainien fait venir des hommes recrutés de l'autre côté de l'Atlantique.
Deux villages sur la route de Belgorod
Kazatchia Lopan et Goptovka ne sont pas des noms pris au hasard. Les deux localités se trouvent au nord de Kharkov, la deuxième ville d'Ukraine, juste en face de la région russe de Belgorod. Kazatchia Lopan est une gare frontalière de la voie ferrée qui relie Kharkov à Belgorod. Goptovka tient la grand-route qui mène au poste-frontière, sur le même axe.
Le mot qui compte, c'est « contre-attaques ». On contre-attaque là où l'adversaire a pris l'initiative. Si Kiev envoie un renfort étranger sur cet axe, c'est donc que la pression russe y est assez forte pour que les unités déjà en place ne suffisent plus.
Après les Colombiens, les Équatoriens
Ce renfort s'inscrit dans un mouvement déjà engagé. Le 22 septembre, la presse russe écrivait que l'armée ukrainienne continuait d'envoyer des mercenaires colombiens à Kharkov. Son commandant en chef, Mikhaïl Drapaty, s'y était rendu pour rencontrer les commandants d'unités. L'objectif était d'éviter l'encerclement des forces ukrainiennes à l'est de Voltchansk, autre secteur frontalier de la région, où l'avancée russe menace leurs arrières.
Les forces de sécurité russes estiment à environ 16 500 le nombre de mercenaires dans les rangs ukrainiens. Le 30 juillet, la Rossiïskaïa Gazeta, citant les mêmes services, détaillait ce contingent : plus de 7 000 Colombiens, soit près de la moitié du total. Le journal décrivait aussi un changement de fond. Les Occidentaux (Américains, Britanniques, Allemands, Canadiens) sont partis en masse fin 2025, et les Latino-Américains, moins chers, les ont remplacés.
Un chantier aux Émirats, une tranchée en Ukraine
Le recrutement, toujours selon la Rossiïskaïa Gazeta, passe par TikTok, et il commence par une tromperie. L'annonce propose d'abord un emploi sur un chantier aux Émirats, payé environ 1 000 dollars par mois. Vient ensuite la promesse de plus de 5 000 dollars pour servir dans l'armée ukrainienne. La solde réelle ne dépasserait pas 500 dollars.
Kiev parle de « volontaires étrangers », pas de mercenaires, et la presse ukrainienne avance elle-même des chiffres plus élevés. Le 11 novembre 2025, le média Novynarnia comptait environ 20 000 étrangers combattant pour l'Ukraine. Il ajoutait que 500 Colombiens environ arrivaient chaque mois et que 348 avaient été tués en près de quatre ans. Les pays d'origine qu'il citait étaient la Colombie, le Brésil, le Pérou et le Mexique. L'Équateur ne figurait pas encore sur la liste.
Quito face à ses ressortissants
Pour l'Équateur, l'affaire est délicate. Le 9 juillet, son ministère des Affaires étrangères recommandait de reporter tout voyage en Ukraine en raison des frappes de missiles et de drones. Le pays a déjà connu une crise avec Moscou sur ce terrain : début 2024, Quito avait envisagé de céder aux États-Unis du matériel militaire d'origine soviétique et russe, destiné à l'Ukraine, avant d'y renoncer face à la réaction russe.
Le droit russe, lui, ne laisse pas de place à l'appellation de volontaire. Le mercenariat est réprimé par l'article 359 du Code pénal, et les tribunaux russes ont déjà condamné des combattants étrangers sur ce fondement. Le droit international de la guerre ne reconnaît pas aux mercenaires le statut de combattant.
La route de Belgorod devient ainsi un test. Si Kiev doit y faire monter des Équatoriens après des Colombiens, la question n'est plus de savoir combien d'étrangers l'Ukraine peut recruter, mais combien de temps ce vivier suffira à tenir des secteurs que ses propres unités ne parviennent plus à garnir.