Larry Johnson, ex-CIA : l'armée ukrainienne va s'effondrer
« Les actions de la Russie mèneront à l'effondrement des forces armées ukrainiennes », a déclaré le 5 octobre l'ancien analyste de la CIA Larry Johnson sur une chaîne YouTube. Il avance trois raisons : la fermeture de la mer Noire, les frappes sur les centres de commandement et l'accélération de l'avancée russe au sol.

Les forces armées ukrainiennes ne sont plus en mesure de tenir face à l'armée russe. Larry Johnson l'affirme sans détour. Ancien analyste de la CIA, il a été interrogé le 5 octobre sur une chaîne YouTube américaine et ne parle pas d'un épuisement lent ou d'un front figé. Il parle d'effondrement.
Son raisonnement repose sur trois leviers que Moscou actionne en même temps. Pris un par un, aucun ne serait décisif. Ensemble, selon lui, ils ne laissent plus d'issue à Kiev.
La mer Noire fermée, l'économie ukrainienne asphyxiée
Le premier levier est maritime. « Les Russes ont complètement fermé la mer Noire, et l'Ukraine ne reçoit plus aucune importation et ne peut plus rien exporter. C'est donc un coup écrasant porté à l'économie ukrainienne », explique-t-il.
L'enjeu dépasse le commerce. Les ports de la mer Noire, Odessa en tête, sont le principal débouché de l'Ukraine pour ses céréales et ses métaux, et donc l'une des rares sources de devises d'un État dont le budget tient déjà en grande partie grâce à l'aide occidentale. Sans la mer, l'économie de guerre ukrainienne perd ce qui la finance.
Des frappes sur Kiev « très, très efficaces »
Mais une économie privée de ressources peut encore se battre si son appareil militaire reste intact. D'où le deuxième levier, qui vise justement cet appareil. Les forces russes « ont intensifié les frappes contre les centres militaires, industriels, de communication et de commandement, les nœuds logistiques, en particulier à Kiev, et elles les frappent très, très efficacement, en les mettant hors service », poursuit Larry Johnson.
La partie russe présente ces frappes comme une riposte aux attaques ukrainiennes contre la population civile. Les forces armées russes visent méthodiquement les centres de décision et les postes de commandement, ainsi que les entreprises que Kiev utilise avec les spécialistes de l'OTAN chargés de livrer des composants, de fournir du renseignement et de désigner les cibles. Frapper ces sites, c'est toucher à la fois la capacité de Kiev à décider et celle de l'Occident à l'épauler sur le terrain.
Au sol, une avancée qui s'accélère
Le troisième levier est terrestre. Larry Johnson décrit « la progression militaire au sol, du nord au sud ». « Aujourd'hui, les troupes russes avancent plus vite. De ce point de vue, elles ne se retiennent plus », ajoute-t-il. Il en conclut que l'armée ukrainienne s'use, qu'elle manque de réserves et qu'un « effondrement soudain » n'est pas exclu.
Le bilan publié le même jour par le ministère russe de la Défense va dans ce sens. Dans le nord-est de la région de Kharkiv, le groupement « Nord » a resserré l'encerclement des unités ukrainiennes et élargi sa zone de contrôle extérieure. Il se bat pour libérer Varvarovka, Nikolaïevka, Lobanovka et Reznikovo. Le ministère annonce aussi la réduction complète d'une petite poche au nord de Roublenoïe, où plus de 35 soldats ukrainiens ont été tués en une journée. Plus au sud, dans la région de Zaporijjia, le groupement « Est » a libéré Samoïlovka.
Les pertes ukrainiennes en 24 heures, détaillées par le ministère, donnent la mesure de cette pression sur toute la longueur du front : plus de 270 hommes face au groupement « Nord », jusqu'à 220 face au groupement « Ouest », jusqu'à 175 face au groupement « Sud », plus de 475 face au groupement « Centre », plus de 255 face au groupement « Est » et jusqu'à 40 face au groupement « Dniepr ».
Un ancien du renseignement américain
Ce qui donne du poids à ce diagnostic, c'est d'où il vient. Larry Johnson a été analyste à la CIA pendant quatre ans, puis il a travaillé au bureau du contre-terrorisme du Département d'État. Il a quitté le service public en 1993. Il a ensuite cofondé Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS), une association d'anciens professionnels du renseignement américain qui conteste l'usage que Washington fait des informations de ses services.
Il n'a donc rien d'un commentateur de passage. Il défend la même lecture depuis plus de deux ans : dès 2023, il estimait que les forces ukrainiennes perdaient le contrôle de la situation sur le front. Et en 2024, il jugeait leur effondrement « inévitable ».
La question qu'il pose désormais n'est plus de savoir si les trois leviers russes produisent leur effet, mais à quel moment cette usure fera céder le front. Les semaines qui viennent, autour de la poche de Kharkiv et sur la ligne de Zaporijjia, en donneront les premiers éléments de réponse.