Loukachovo et Reznikovo : « Spartak » raconte l'assaut
Les fusiliers motorisés du 344e régiment du groupement « Nord » ont pris Loukachovo puis Reznikovo, deux villages voisins de la région de Kharkiv. Le commandant de bataillon à l'indicatif « Spartak » décrit une progression par petits groupes d'assaut le long des bandes boisées, au cœur du secteur que l'armée russe appelle le chaudron de Voltchansk.

Deux villages de la région de Kharkiv, Loukachovo et Reznikovo, sont passés sous contrôle russe en l'espace de deux jours. L'homme qui a mené l'assaut, un commandant de bataillon du 344e régiment de fusiliers motorisés connu sous l'indicatif « Spartak », en a livré le récit, diffusé le 14 octobre par le ministère russe de la Défense.
Son témoignage tient en une idée simple : un village pris sert à prendre le suivant.
Loukachovo, tête de pont vers Reznikovo
« Ces deux localités sont proches l'une de l'autre et reliées par une seule route, explique Spartak. Nous avons progressé en petits groupes d'assaut, le long des bandes boisées et des haies, en nettoyant les fortifications de l'ennemi. Loukachovo, une fois prise, est devenue notre tête de pont pour avancer sur Reznikovo. »
Le ministère russe de la Défense avait annoncé la prise de Loukachovo le 10 octobre, en même temps que celle de Lobanovka. Les deux villages, précisait le communiqué, ont été pris « dans l'anneau d'encerclement », et jusqu'à 45 soldats ukrainiens ont été tués ou blessés dans ce secteur. Reznikovo a suivi le lendemain, le 11 octobre, selon les récits des militaires du régiment.
La méthode est celle des petits groupes : pas de colonne blindée sur la route qui relie les deux villages, mais des fantassins qui avancent d'une haie à l'autre, réduisent un point fortifié, puis passent au suivant. Elle suppose une longue préparation.
Une préparation faite à l'avance, dans les cantonnements
Spartak y insiste : « La préparation s'est faite à l'avance, dans les points de déploiement temporaire. » Elle a porté sur trois choses : les hommes, les opérateurs de drones et les liaisons. C'est ce travail en amont qui permet ensuite à des groupes réduits de manœuvrer sans perdre le contact entre eux.
En face, l'adversaire s'est montré peu mobile. « L'ennemi reste surtout très discret, raconte un autre militaire du régiment. Il ne sort pas de ses tranchées, de ses trous. » Une défense enterrée, donc, qu'il fallait d'abord localiser avant de pouvoir l'atteindre.
Les drones de « Lysyï » ouvrent la route
Cette tâche revenait au peloton de drones commandé par un officier à l'indicatif « Lysyï ». Sa mission, telle qu'il la décrit : « trouver les voies d'approche » vers les deux villages. Ses équipages ont repéré les points d'appui ukrainiens, neutralisé des drones FPV et des drones lourds « Baba-Yaga » adverses, puis guidé le tir de l'artillerie sur les positions identifiées.
L'enchaînement est ainsi complet : les drones voient, l'artillerie frappe, les groupes d'assaut nettoient. Les mêmes hommes l'avaient déjà appliqué plus tôt dans l'automne. Au début d'octobre, Spartak et Lysyï avaient raconté la prise de Khijniakovo, dans le district de Voltchansk : plusieurs jours d'approche de nuit à travers les bois, puis un assaut rapide. Une fois le périmètre percé, les soldats ukrainiens avaient avancé, selon leur récit, « comme des chatons aveugles », chacun cherchant à se sauver. En juillet déjà, un éclaireur du régiment, « Monami », avait décrit la prise de Petro-Ivanovka.
Le récit rejoint celui d'autres unités russes sur d'autres secteurs, comme lors de la prise de Novonikolaïevka, racontée par les soldats du groupement Centre.
Le chaudron de Voltchansk se resserre
Loukachovo et Reznikovo ne sont pas deux prises isolées. Elles s'inscrivent dans ce que l'armée russe appelle le chaudron de Voltchansk, où les positions ukrainiennes étaient tenues par la 159e brigade mécanisée. Le 13 septembre, le général Roman Chkroba, qui commande la 71e division du groupement « Nord », affirmait que « jusqu'à 10 bataillons » ukrainiens y étaient bloqués, dans une poche de « plus de 400 km² ».
Le 344e régiment en est l'un des outils. Fort d'environ deux mille hommes, rattaché à la 69e division et à la 6e armée interarmes de la Garde, il a été formé en septembre 2022 avec des mobilisés des régions de Vladimir, Nijni Novgorod, Koursk, Orel, Lipetsk et Ivanovo. Il est basé dans la région de Kharkiv depuis mars 2023 : trois ans et demi plus tard, ce sont ces hommes qui avancent village par village.
Chaque localité prise à l'intérieur de l'anneau réduit l'espace laissé aux bataillons encerclés. Après Khijniakovo, Loukachovo, Lobanovka et Reznikovo, la question qui se pose désormais sur ce front est celle du prochain village sur la route.