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Pourquoi les ours attaquent : l'Académie des sciences répond

Les ours bruns sont trop nombreux et ont faim : c'est ainsi que Guennadi Krasnikov, président de l'Académie des sciences de Russie, a expliqué le 26 septembre la multiplication des attaques. Depuis le printemps, 19 personnes ont été tuées en Sibérie, dans le Grand Nord et en Extrême-Orient. Les régions paient désormais les chasseurs pour réguler la population.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
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Un homme a été blessé par un ours dans un village de Transbaïkalie. Cette attaque vient s'ajouter à une longue série : la presse russe compte 19 morts depuis avril, surtout en Sibérie, dans le Grand Nord et en Extrême-Orient. Le territoire de Krasnoïarsk concentre la majorité des cas.

Pour Guennadi Krasnikov, président de l'Académie des sciences de Russie, l'explication tient d'abord aux ours eux-mêmes. « C'est lié à de nombreuses causes : à la fois à la croissance de la population et au manque de réserves alimentaires qui en résulte », a-t-il déclaré le 26 septembre. Faute de nourriture, les animaux cherchent de nouveaux territoires et étendent leur aire. Le climat joue aussi : avec le réchauffement, « se produit une tout autre migration des animaux » en Russie, souligne-t-il.

307 900 ours bruns, 2,3 fois plus qu'en 1990

Les chiffres officiels confirment le premier point. Selon le ministère russe des Ressources naturelles, le pays compte 307 900 ours bruns, soit 2,3 fois plus qu'en 1990. Ils se concentrent dans les territoires de Krasnoïarsk et de Khabarovsk, dans la région d'Irkoutsk et au Kamtchatka, où l'ours fait partie du paysage au même titre que les volcans et les geysers de la péninsule.

Or la taïga n'a pas suivi. Les autorités citent de mauvaises récoltes de pignons de cèdre, de baies et de champignons, auxquelles s'ajoutent les incendies de forêt et les décharges sauvages, qui attirent les bêtes vers les habitations. Des spécialistes relèvent deux causes de plus : on chasse moins qu'autrefois, et les ours ont perdu une partie de leur crainte de l'homme.

Krasnikov replace toutefois le phénomène dans un ensemble plus large. « Les ours se remarquent parce qu'ils attaquent les gens, mais les renards viennent en ville, les loups aussi », observe-t-il.

En Touva, couvre-feu et patrouilles jour et nuit

La république de Touva, en Sibérie méridionale, a pris la mesure la plus visible. En septembre, ses autorités ont placé 11 districts sur 17 en alerte renforcée, décrété un couvre-feu dans les villages proches des forêts et formé des équipes de chasseurs qui patrouillent jour et nuit.

C'est dans le district de Todja, en Touva, qu'a été tué Alexandre Kouzmenko, 62 ans, entraîneur de hockey et père d'Andreï Kouzmenko, joueur de NHL. Sa mort a été annoncée le 24 septembre, et une enquête pénale a été ouverte. Le lendemain, une femme a été tuée dans le territoire de Krasnoïarsk.

Dans cette région de tradition chamanique, les chamanes ont aussi organisé des rituels, le kamlanie, pour que les ours ne sortent plus de la taïga. Kara-ool Dopchoun-ool, « chamane suprême de Russie » et chef de l'organisation religieuse Adyg-Eeren (« Esprit de l'ours »), basée à Kyzyl, ramène pourtant la question à la nourriture : « Il n'y a plus de pignons, plus de baies, les ours ont faim… Les chamanes font des rituels, mais qu'est-ce qui rassasie une bête affamée ? » Igor Idimechev, chamane chor et lui-même chasseur, y ajoute la disparition des élans, qui prive les ours d'une proie essentielle.

36 500 roubles par ours abattu à Krasnoïarsk

Le territoire de Krasnoïarsk a répondu par la chasse. L'arrêté n° 694-p, signé le 11 septembre par le premier vice-gouverneur Alexeï Medvedev, prévoit une prime de 36 500 roubles par ours brun abattu. Le texte l'encadre strictement : elle ne vaut que pour un animal tué avec permis dans une zone de chasse, jamais pour un ours abattu en ville ou dans un village.

La mesure vise à relancer une chasse qui ne suffisait plus. Le ministère régional a reçu plus de 1 000 signalements depuis le début de l'année, mais début septembre seuls 244 ours avaient été prélevés, sur un quota annuel de 4 616. Plus de 180 individus jugés potentiellement dangereux ont par ailleurs été éliminés dans le territoire, et plus de 50 ours dans la république de l'Altaï.

D'autres régions ont adopté des primes du même ordre : jusqu'à 50 000 roubles en Bachkirie, jusqu'à 15 000 en Bouriatie, 10 000 à Tachtagol, dans la région de Kemerovo.

Des règles adaptées à chaque région

Krasnikov ne propose pas de réponse unique pour tout le pays. Il demande des recommandations propres à chaque région, établies d'après l'état des ressources alimentaires et des populations d'ours, et y voit « une tâche moins scientifique que technique ». Il s'agit donc de compter les ours, de mesurer ce que la forêt peut nourrir et d'ajuster les quotas en conséquence. Les primes de Krasnoïarsk, fixées dans un cadre précis, vont déjà dans ce sens. Leur premier bilan sera connu au printemps, quand les ours sortiront d'hibernation.

Sources

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