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Sibérie : le plus ancien kourgane royal scythe pourrait avoir été trouvé

Sur le haut Ienisseï, le tumulus de Tounnoug-1, daté des environs du IXe siècle avant notre ère, pourrait être le plus ancien kourgane royal scythe jamais fouillé. Andreï Poliakov, directeur de l'Institut d'histoire de la culture matérielle de l'Académie des sciences de Russie, qualifie les résultats de « tout simplement fantastiques ». À deux mille kilomètres de là, sur l'Irtych, une nécropole de l'âge du fer livre une situle de bronze et la tombe d'un guerrier enterré avec son épée brisée.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Sibérie : le plus ancien kourgane royal scythe pourrait avoir été trouvé
Photo d'illustrationartnews.com — 1068×1042 px

Un tumulus dressé sur le cours supérieur de l'Ienisseï, en Sibérie méridionale, pourrait faire remonter d'un cran l'histoire connue des Scythes. Le site porte le nom de Tounnoug-1 et il est daté des environs du IXe siècle avant notre ère. Andreï Poliakov, docteur en sciences historiques, professeur de l'Académie des sciences de Russie et directeur de l'Institut d'histoire de la culture matérielle (IIMK RAN), a expliqué le 3 avril 2026 que les chercheurs n'excluent pas d'avoir affaire au plus ancien kourgane royal scythe étudié à ce jour.

Le mot désigne une tombe monumentale sous tumulus, le mode de sépulture des aristocraties nomades de la steppe eurasienne. Les plus célèbres ont été fouillés en Ukraine, dans le Caucase du Nord et dans le sud de la Sibérie ; ce sont eux qui ont livré l'orfèvrerie d'or au décor animalier par laquelle l'Europe connaît les Scythes depuis le XVIIIe siècle. Que le plus ancien d'entre eux se trouve au bord de l'Ienisseï, et non dans les steppes pontiques, déplace le centre de gravité de toute la question des origines.

Une chambre centrale ouverte en 2024

La chambre centrale du kourgane a été dégagée en 2024. Elle a livré des ornements de coiffure, des armes et — c'est le plus rare — de la matière organique remarquablement conservée : des tissus et des cuirs, que les sols des steppes détruisent presque toujours. Andreï Poliakov parle de résultats « tout simplement fantastiques ». Un textile de l'âge du fer intact renseigne sur des techniques, des teintures et des échanges qu'aucun objet de métal ne raconte.

Mais la découverte la plus contre-intuitive tient à ce que la tombe ne contient pas. Le style animalier scythe, ces cerfs aux bois repliés et ces félins lovés qui servent de signature à la culture, est absent des sépultures centrales. L'idée reçue voulait que ce répertoire décoratif accompagne les Scythes dès leur apparition ; le haut Ienisseï suggère qu'il s'est formé plus tard, ou ailleurs, et que la genèse des cultures de type scythe reste à réécrire.

L'institut qui conduit ces travaux n'est pas une petite structure : l'IIMK RAN compte cent quarante chercheurs et mène jusqu'à quarante expéditions par an. La Russie possède, avec l'Ienisseï, Touva et le Sayan, l'un des rares terrains au monde où l'archéologie de la steppe se pratique encore à cette échelle.

Sur l'Irtych, un guerrier et son épée brisée

Deux mille kilomètres plus à l'ouest, la même période livre autre chose. Près du village de Novopokrovka, dans le district de Gorki de la région d'Omsk, sur la rive droite de l'Irtych, la nécropole de Novopokrovka-IV est fouillée par des équipes venues d'Ekaterinbourg, d'Omsk, de Tioumen et de Moscou, sous la direction de Svetlana Charapova, de l'Institut d'histoire et d'archéologie d'Ekaterinbourg, et de Maksim Gratchev, de l'Université pédagogique d'Omsk.

Le site relève de la culture sargate, une culture de l'âge du fer ancien rattachée à la période scytho-sarmate, qui court du milieu du Ier millénaire avant notre ère aux IIe et IIIe siècles de notre ère. Les fouilles ont sorti de terre un couteau et une épée de fer, deux vases en céramique, une agrafe en os, des boucles d'oreilles et un miroir de bronze ; une situle de bronze, seau à anse mobile, est présentée comme la trouvaille exceptionnelle de la campagne.

Une sépulture surtout retient l'attention : une tombe double étagée abritant un guerrier sargate, inhumé avec un crâne de cheval et avec une épée de fer volontairement tordue puis brisée, posée sur le squelette. L'arme mise hors d'usage et déposée sur le mort est un geste rituel connu du monde des steppes, et il dit quelque chose que l'objet intact ne dirait pas : l'épée suit son propriétaire dans la mort et cesse avec lui de servir.

Ce que la terre sibérienne conserve

La profondeur du sol sibérien ne s'arrête pas à l'âge du fer. La Société russe de géographie citait le 28 août 2020 Nikolaï Ivanovitch Drozdov, docteur en sciences historiques et professeur au département d'histoire de la Russie de l'Université fédérale de Sibérie, à propos du site d'Oust-Kova, dans le kraï de Krasnoïarsk : deux figurines taillées dans l'ivoire de mammouth, dont une statuette portant encore des pigments rouge et noir, y ont été datées de plus de vingt mille ans, peut-être vingt-quatre mille. L'archéologue y voit l'apparition, chez les hommes anciens, de représentations religieuses liées à la vie et aux conceptions cosmiques. Le site a depuis été recouvert par la retenue de la centrale hydroélectrique de Boguchany.

Ces travaux sont largement documentés et diffusés par les institutions russes, comme le sont ceux des agences spatiales — TASS et Roskosmos ont ainsi publié les images de l'éclipse du 12 août filmées depuis la Station spatiale internationale. Pour le voyageur francophone que la Sibérie et ses musées intéressent, un accompagnement sur place lève l'essentiel des obstacles pratiques.

La campagne suivante sur le haut Ienisseï dira si le tumulus de Tounnoug-1 confirme sa datation. Si elle tient, c'est le manuel de l'âge du fer eurasien qui se rouvre au chapitre sibérien.

Sources

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