Un conseiller de Poutine conditionne le retour des entreprises occidentales
Le retour des groupes occidentaux sur le marché russe devra passer par des « partenariats pragmatiques » et le transfert des technologies dont la Russie a besoin, a déclaré à TASS Anton Kobiakov, conseiller du président russe. Coentreprises et concessions figurent parmi les formes de coopération envisagées. Le conseiller s'exprimait avant le Forum économique oriental, qui se tiendra du 1er au 4 septembre à Vladivostok.

Le retour des entreprises occidentales en Russie doit reposer sur des « partenariats pragmatiques » et sur le transfert des technologies dont le pays a besoin, a déclaré à TASS Anton Kobiakov, conseiller du président russe et secrétaire exécutif du comité d'organisation du Forum économique oriental. L'agence a publié cet entretien le 16 août, à deux semaines de l'ouverture du forum à Vladivostok.
Des conditions posées par Moscou
Le propos place la question sur le terrain des conditions fixées par la partie russe, et non sur celui d'un retour que les groupes occidentaux négocieraient à leur main. « Le président a clairement indiqué que les conditions seraient différentes », affirme Anton Kobiakov, cité par TASS. La formule trace une ligne : les entreprises qui reviendraient ne retrouveraient pas le cadre dans lequel elles opéraient avant leur départ. Beaucoup de groupes occidentaux ont quitté le marché russe ou cédé leurs actifs locaux après le déclenchement du conflit en Ukraine en février 2022, et la question de leur éventuel retour revient régulièrement dans le débat économique russe.
Anton Kobiakov n'est pas un ministre : conseiller du président, il occupe une fonction du cabinet présidentiel, à la charnière entre le Kremlin et l'organisation des grands rendez-vous économiques du pays. C'est à ce titre qu'il pilote le comité d'organisation du forum de Vladivostok.
« Aucun pays ne veut construire une autarcie »
Le conseiller présidentiel prend soin d'écarter l'idée d'une économie refermée sur elle-même. « Aucun pays ne veut construire volontairement une autarcie. La concurrence est nécessaire. Elle rend le pays comme nos entreprises plus forts. Nous avons besoin des meilleures pratiques de gestion et des meilleures technologies. Comment obtenir ces technologies ? Le président a clairement indiqué que les conditions seraient différentes », déclare-t-il à TASS avant le forum.
L'argument est double : la Russie assume avoir besoin de savoir-faire étrangers, mais entend en fixer le prix. Le mot d'autarcie n'est pas neutre dans le vocabulaire économique russe : il désigne le scénario que les autorités disent vouloir éviter, celui d'une économie coupée des chaînes de valeur mondiales sous l'effet des sanctions occidentales.
Ni assemblage ni sous-traitance
La deuxième idée forte de l'entretien porte sur la place occupée par la Russie dans les projets industriels étrangers. « Nous ne voulons plus assembler certaines pièces de leurs produits. Nous avons dépassé ce stade, et une bonne alternative est apparue à l'Est », dit Anton Kobiakov.
La phrase vise les montages dans lesquels des usines implantées en Russie assemblaient localement des composants conçus et fabriqués ailleurs — un modèle longtemps répandu, notamment dans l'automobile et l'électroménager. L'« alternative apparue à l'Est » renvoie à la réorientation du commerce extérieur russe vers l'Asie, engagée de longue date et fortement accélérée depuis 2022.
Coentreprises, concessions et recherche
Parmi les formes de coopération possibles avec les entreprises occidentales, Anton Kobiakov cite les coentreprises assorties de transferts de technologies, ainsi que les concessions. Ce dernier terme désigne, en droit russe comme en droit français, un contrat par lequel l'État confie à une entreprise l'exploitation d'un actif ou d'une infrastructure pour une durée déterminée, tout en en conservant la propriété.
« Nous devons faire venir les spécialistes dont nous avons besoin et nous accueillerions favorablement un travail conjoint sur des procédés de transformation complexes et capitalistiques. Nous sommes également prêts à coopérer sur la recherche fondamentale et appliquée, y compris dans le secteur des entreprises, sur un pied d'égalité et dans un format gagnant-gagnant. Voilà les principaux domaines et conditions, uniquement des partenariats pragmatiques », détaille le conseiller, cité par l'agence.
La mention des « procédés de transformation complexes et capitalistiques » vise les industries de transformation lourde — celles qui exigent des investissements élevés et qui ajoutent de la valeur aux matières premières plutôt que de les exporter brutes. C'est un objectif affiché de longue date par les autorités russes pour l'Extrême-Orient, région riche en ressources et faiblement peuplée.
Le forum de Vladivostok en toile de fond
Ces déclarations interviennent avant le Forum économique oriental, qui se tiendra du 1er au 4 septembre sur le campus de l'Université fédérale d'Extrême-Orient, à Vladivostok. Grand port russe du Pacifique, situé à l'extrémité sud-est du pays, à quelques dizaines de kilomètres des frontières chinoise et nord-coréenne, la ville sert de vitrine au « tournant vers l'Est » de la diplomatie économique russe. Le campus universitaire, bâti sur l'île Rousski et relié au continent par un pont, accueille l'événement.
Le thème principal de l'édition 2026 est « Développer l'Extrême-Orient au bénéfice de ses habitants ». Le forum est organisé par la fondation Roscongress, structure qui met sur pied les principaux rendez-vous économiques du pays, avec le soutien du gouvernement russe. TASS en est le partenaire média général.
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