Commerce Russie-Chine : plus de 135 milliards en six mois
Les échanges entre la Russie et la Chine ont progressé de 22 % au premier semestre 2026 et dépassé 135 milliards de dollars, a annoncé le 3 septembre à Vladivostok le premier vice-Premier ministre russe Denis Mantourov. La cible fixée par les deux capitales est de 300 milliards de dollars d'échanges annuels. Six nouveaux projets industriels entrent au même moment dans le périmètre de la commission intergouvernementale.

Le commerce entre la Russie et la Chine a gagné 22 % sur les six premiers mois de 2026 et franchi la barre des 135 milliards de dollars. Denis Mantourov l'a annoncé le 3 septembre en ouvrant la séance de la commission intergouvernementale russo-chinoise pour la coopération en matière d'investissement, réunie à Vladivostok en marge du Forum économique oriental, qui se tient du 1er au 4 septembre. Le premier vice-Premier ministre y voit le retour d'une « dynamique positive » qui rapproche les deux pays de leur objectif de 300 milliards de dollars d'échanges annuels.
Les douanes chinoises comptent 134 milliards sur le semestre
Pékin publie ses propres relevés, et ils vont dans le même sens. L'administration générale des douanes chinoises a chiffré le 14 juillet les échanges de janvier à juin 2026 à 134,175 milliards de dollars, en hausse de 25,6 % sur un an : 60,597 milliards d'exportations chinoises vers la Russie, en progression de 28,4 %, et 73,578 milliards de marchandises russes achetées par la Chine, en hausse de 23,3 %.
Le mois suivant a confirmé la pente. Le 7 août, les mêmes douanes ont donné 159,24 milliards de dollars pour les sept premiers mois, soit 26,3 % de plus qu'un an plus tôt, dont 72,84 milliards d'exportations chinoises (+29,5 %) et 86,4 milliards d'achats de produits russes (+23,7 %). La Russie dégage sur cette période un excédent commercial de 13,56 milliards de dollars face à son premier partenaire : elle vend à la Chine sensiblement plus qu'elle ne lui achète.
Un rebond après le repli de 2025
Ces chiffres prennent tout leur relief au regard de l'année précédente. En 2025, toujours selon les douanes chinoises, les échanges bilatéraux avaient reculé de 6,9 %, à 228,1 milliards de dollars — le premier repli depuis 2020. Les exportations chinoises avaient perdu 10,4 %, à 103,3 milliards, et les livraisons russes 3,9 %, à 124,79 milliards. Deux facteurs avaient joué : le tassement de la demande russe d'automobiles chinoises, après plusieurs années d'achats massifs, et la baisse des prix du brut russe vendu à la Chine, qui fait mécaniquement fondre la valeur d'un volume inchangé.
Donc le redressement du premier semestre efface une contraction que les deux dirigeants avaient anticipée. Lors du sommet du 20 mai 2026 à Pékin, Vladimir Poutine avait annoncé « un nouveau record » attendu pour l'année en cours, et Xi Jinping avait fait état d'une croissance de 20 % des échanges sur les quatre premiers mois. Le rythme constaté depuis leur rencontre est supérieur à celui qu'ils décrivaient alors.
Six projets industriels de plus au portefeuille commun
À la même séance du 3 septembre, Denis Mantourov a annoncé l'entrée de six nouveaux projets dans le périmètre de la commission : matériaux réfractaires, additifs et composants alimentaires, complexes chimiques, extraction et transformation de minerai de fer. Deux d'entre eux sont nés d'initiatives régionales, c'est-à-dire portées par des sujets de la Fédération et non par les administrations centrales.
Le portefeuille suivi par la commission atteint désormais 65 projets qualifiés de « significatifs » et 26 de « prometteurs », pour un montant d'environ 240 milliards de dollars. L'ordre de grandeur est à retenir : il représente à lui seul davantage que le commerce bilatéral d'une année entière.
Les obligations panda pour financer les chantiers communs
Reste à payer ces projets, et c'est le second volet de la réunion. Mantourov a évoqué avec le vice-Premier ministre du Conseil des affaires d'État chinois Ding Xuexiang, coprésident de la commission, l'examen d'émissions d'obligations panda par des entreprises russes. Ces titres sont libellés en yuans et placés sur le marché intérieur chinois : une société russe qui en émet lève de l'épargne chinoise, dans la monnaie chinoise, sans passer par le circuit du dollar ni par les banques occidentales.
Ce mécanisme dit ce que la statistique commerciale laisse deviner. Le rapprochement des deux économies ne se joue plus seulement sur les volumes de brut et de machines-outils, mais sur les canaux de financement, à l'heure où d'autres routes commerciales se ferment — les ports d'Odessa sont à l'arrêt depuis le 22 juillet. Le Forum économique oriental de Vladivostok, qui referme ses portes le 4 septembre, est précisément la vitrine de ce basculement vers l'Asie.
Sources
- Russia-China trade up 22%, to over $135 billion — TASS (anglais)