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Économie

2 900 km de rail pour relier la Chine à l'Arctique russe

Sept partenaires russes ont signé le 2 septembre à Vladivostok, en marge du onzième Forum économique oriental, l'accord de coopération sur le corridor de transport international « Mokhé – Naïba – Magadan ». Le projet prévoit plus de 2 900 kilomètres de voies ferrées neuves, un terminal portuaire en eau profonde sur la mer des Laptev et un nouveau point de passage frontalier avec la Chine, pour 1,13 trillion de roubles. Objectif affiché par le chef de la Yakoutie Aïsen Nikolaïev : offrir aux provinces du nord-est chinois le chemin le plus court vers la Route maritime du Nord.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — 2 900 km de rail pour relier la Chine à l'Arctique russe
Photo d'illustrationwikimapia.org — 700×525 px

Sept signatures au bas du même document : Aïsen Nikolaïev, chef de la République de Sakha, Nikolaï Zapriagaïev pour la Corporation de développement de l'Extrême-Orient et de l'Arctique (KRDV), Alexandre Galouchka pour le fonds « Cristal de croissance », Vassili Efimov pour la Corporation de développement de Sakha, Sergueï Ioudine pour le groupe VIS, Marat Tiakine pour Taïmyr Invest et Vassili Chimokhine pour les Chemins de fer de Yakoutie. L'accord conclu à Vladivostok engage les acteurs russes du futur corridor à travailler comme un seul ensemble : voie ferrée, routes maritimes et fluviales, aéroport et centres logistiques doivent former un système unique, ce qui doit réduire à la fois les délais et le coût des transports.

De la frontière chinoise à la mer des Laptev

Le tracé part de Mokhé, ville chinoise du district du Grand Khingan située sur l'Amour, dans le Heilongjiang, et traverse l'oblast de l'Amour puis toute la Yakoutie. Environ 1 300 kilomètres de voie neuve doivent relier Nijni Bestiakh — la gare de la rive droite de la Léna, face à Iakoutsk — au site de Naïba, sur la mer des Laptev, près de Tiksi ; 1 670 kilomètres supplémentaires prolongeraient la ligne jusqu'à Magadan. À Naïba doit sortir de terre un terminal portuaire en eau profonde, point de raccordement à la Route maritime du Nord.

C'est là que se joue l'intérêt du montage. Rejoindre l'Arctique par Naïba dispense de naviguer dans le secteur oriental de la Route maritime du Nord, le plus difficile de tout le passage : un navire chargé à Naïba se trouve déjà à l'ouest des détroits les plus contraignants. Nikolaïev l'a formulé simplement à la signature : « le corridor créé deviendra le chemin le plus court entre les provinces du nord-est chinois et le littoral arctique ». Zapriagaïev, lui, y voit « un projet capable de refaçonner en profondeur la géographie des transports du nord-est de la Russie ».

Vingt-deux jours, contre le canal de Suez

L'argument avait été présenté dès mai 2026 à Harbin, devant la commission intergouvernementale russo-chinoise, où le chef de la Yakoutie décrivait Mokhé – Naïba comme « une alternative réelle aux voies logistiques habituelles » — canal de Suez et Transsibérien compris — avec un transit ramené à vingt-deux jours, un coût inférieur d'au moins 10 % à la route de Suez et un trafic de 7,4 millions de tonnes par an.

Les capacités annoncées à Vladivostok se rapportent, elles, aux étapes du chantier : 300 000 tonnes pour la phase initiale et 30 millions de tonnes à pleine puissance, dont 11 millions de fret intérieur et 19 millions de transit international, le seuil retenu le jour de la signature étant d'au moins 2 millions de tonnes par an. L'étude de faisabilité préliminaire est achevée. Le financement, lui, doit être levé sans argent du budget fédéral, par un consortium d'investisseurs internationaux en cours de constitution.

Soixante-huit kilomètres de voie à remettre en service

Mais le volet immédiatement concret se trouve à l'autre bout du corridor, sur l'Amour. Il s'agit d'y rouvrir le point de passage mixte Djalinda – Mokhé et de remettre en service les 68 kilomètres de voie ferrée Skovorodino – Reïnovo qui le rattachent au Transsibérien. Désaffectée au début des années 2000, la ligne était démantelée à 70 % en juin 2024 ; 800 millions de roubles sont alloués à la réfection des vingt premiers kilomètres, et les trains n'iront d'abord que jusqu'au dixième, la marchandise étant transbordée sur camions pour franchir la frontière. La remise en service complète est visée pour la fin 2027, avec des convois d'essai en format intermodal dès cette année. Le ministre yakoute des Transports Vladimir Sivtsev qualifie 2026 d'année « pivot » pour le système de transport de la république ; Alexeï Mestnikov, directeur adjoint des Chemins de fer de Yakoutie, assure que « la partie chinoise est en état de haute disponibilité ». Le 1er juillet, une réunion tenue à Djalinda sous la présidence du gouverneur de l'Amour Vassili Orlov, avec les gouvernements de l'Amour et de Sakha, les RJD et les Chemins de fer de Yakoutie, a réglé la question des emprises foncières : gare de Reïnovo, poste-frontière ferroviaire, installations techniques, logements. Cette partie de l'Extrême-Orient reste par ailleurs accessible aux voyageurs par le Transsibérien et par avion — nos guides pratiques sur les transports et les formalités en Russie en détaillent les conditions.

Un pont de 700 mètres sur l'Amour

Reste le maillon décisif. Le 19 août, au forum d'affaires russo-chinois « Hermès » de Kazan, Orlov l'a annoncé sans détour : « notre plan est de construire un pont ferroviaire Djalinda – Mokhé ». Quatre variantes sont à l'étude — un ouvrage à deux niveaux combinant rail et route, des structures parallèles indépendantes, ou deux ouvrages distincts —, pour une longueur d'environ 700 mètres, quatre ans de chantier et une capacité d'exportation de 20 millions de tonnes par an. La décision sur le modèle de financement est attendue d'ici la fin de l'année, et la construction suppose la signature d'un accord intergouvernemental, les législations nationales sur les partenariats public-privé ne couvrant pas les ouvrages transfrontaliers. Kommersant rappelle que des évaluations régionales plus larges avancent 45 millions de tonnes et davantage, en y intégrant les ressources du Kouzbass et de la Yakoutie du Sud.

Côté chinois, le conseiller-envoyé de l'ambassade de Chine à Moscou Wang Tianlin estime que le corridor Djalinda – Mokhé porterait les capacités d'exportation « de 3 à 10 millions de tonnes » et donnerait aux sidérurgistes de l'est du pays un accès direct au charbon à coke et aux concentrés de métaux non ferreux russes ; Huang Zhifu, chef adjoint de l'administration du district du Grand Khingan, chiffre à environ 2 000 kilomètres les distances économisées.

Le corridor n'est qu'une pièce d'un ensemble : la Yakoutie a signé 28 accords à ce forum, pour plus de 180 milliards de roubles, soit près de la moitié de son budget annuel. La république, longtemps décrite par ses seules distances, se prépare à devenir un raccourci — et le premier train d'essai vers l'Amour dira dans quelques mois à quelle vitesse.

Pour aller plus loin

le Transsibérien, étape par étapeLe Transsibérien de Moscou à Vladivostok : les étapes, les classes de voiture, la durée et ce que le trajet coûte. Sur Aventurusse.

Sources

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