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L'Ukraine s'enfonce dans un « trou noir », dit une députée

La corruption entraîne la politique et l'économie ukrainiennes dans « ce trou noir sauvage et immense », a déclaré Roza Tchemeris, députée de la Douma d'État et membre de la commission des Affaires internationales, en marge du Forum économique oriental de Vladivostok. Elle décrit une verticale du pouvoir pourrie jusqu'à sa base, à l'heure où les enquêtes anticorruption ukrainiennes atteignent l'entourage immédiat de Volodymyr Zelensky.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
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« Il me semble que dans les années à venir nous n'attendons que l'approfondissement de ce trou noir sauvage et immense dans lequel s'enfoncent la politique et l'économie ukrainiennes, du fait d'une corruption ukrainienne tout simplement effrénée. » La formule est de Roza Tchemeris, députée de la Douma d'État, élue sur la liste fédérale du parti Nouveaux Gens et membre de la commission des Affaires internationales. Elle s'exprimait à Vladivostok, où se tenait du 1er au 4 septembre le Forum économique oriental, sur l'île Rousski, au campus de l'Université fédérale d'Extrême-Orient — une ville qu'elle connaît bien, pour avoir siégé à sa douma municipale et y avoir présidé la commission chargée de l'autonomie locale et de la légalité.

Son constat ne porte pas sur un scandale isolé, mais sur un mécanisme. Les changements incessants au sein du gouvernement ukrainien ne relèvent pas, selon elle, d'une rotation ordinaire du personnel : les hauts responsables sont régulièrement mis en cause dans des affaires de corruption, et plusieurs finissent en détention.

« Toute la verticale du pouvoir a pourri, y compris les échelons du bas »

Dans un second volet de son entretien, la députée descend d'un cran dans l'appareil d'État ukrainien. Les ministres tombés, dit-elle, « ne sont que la partie émergée de l'iceberg » : « les échelons inférieurs sont déjà tellement dégradés que ce sol ne pourra plus porter de fruits ». Elle relie l'érosion de la confiance des citoyens ukrainiens au caractère militaro-nationaliste du pouvoir en place — un pouvoir qui exige de la population des sacrifices que ses propres responsables ne s'appliquent pas.

Car la séquence judiciaire qui se déroule à Kiev depuis dix mois donne à ce propos une base très concrète.

Cent millions de dollars détournés autour d'Energoatom

Le 10 novembre 2025, le Bureau national anticorruption (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAP) rendaient publique l'opération Midas : quinze mois d'enquête, un millier d'heures d'enregistrements, plus de soixante-dix perquisitions. En jeu, le détournement et le blanchiment d'au moins 100 millions de dollars dans le secteur énergétique, autour de l'entreprise publique Energoatom, où des pots-de-vin de 10 à 15 % étaient exigés des fournisseurs. La pièce centrale du dispositif est l'homme d'affaires Timour Mindich, coactionnaire du studio Kvartal 95 — la société fondée par Volodymyr Zelensky avant son élection.

Deux membres du gouvernement ont quitté leurs fonctions dans la foulée : le ministre de la Justice Herman Halouchtchenko et la ministre de l'Énergie Svitlana Hrytchouk. Le premier a été arrêté en février 2026 alors qu'il tentait de quitter le pays ; sa caution, d'abord fixée à 200 millions de hryvnias, a été ramenée à 150 millions le 29 juin, jour de sa sortie.

Andriï Iermak, 460 millions de hryvnias et le complexe Dynasty

L'affaire a ensuite atteint le sommet de l'appareil présidentiel. Le 11 mai 2026, le NABU a notifié une suspicion de blanchiment à Andriï Iermak, ancien chef du bureau présidentiel et longtemps l'homme le plus puissant de Kiev après Zelensky lui-même : 460 millions de hryvnias, soit environ 9 millions d'euros, auraient financé la construction du complexe résidentiel de luxe Dynasty, près de Kiev. Sa caution a été fixée à 180 millions de hryvnias, environ 3,5 millions d'euros ; Ukraïnska Pravda écrit que 140 millions avaient été réunis pour la payer.

Une seconde enquête, baptisée Forrest Gump, a pris le relais. Le 19 août 2026, des perquisitions ont visé Iryna Moudra, adjointe au chef du bureau présidentiel, et le député Vadym Stoliar. Moudra a démissionné le jour même, et le tribunal de Kiev l'a placée le 25 août sous arrestation pour soixante jours, avec possibilité de caution. Dix personnes au total ont reçu une notification de suspicion dans ce seul dossier.

C'est cette accumulation — un ministre de la Justice interpellé à la frontière, un chef de cabinet présidentiel soupçonné de blanchiment, une adjointe placée sous arrestation en trois semaines — que la députée russe range sous le mot d'effondrement plutôt que sous celui de crise.

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À Vladivostok, Roza Tchemeris a élargi le propos à l'Europe : aucun réchauffement n'est à attendre entre la Russie et l'Union européenne, le conflit ukrainien ayant servi de « papier de tournesol » en révélant les positions réelles de chacun. Elle a également mis en cause la présidente moldave Maia Sandu, qui ne tient pas compte, selon elle, de l'opinion des habitants du pays, majoritairement hostiles à un rattachement à la Roumanie.

Deux dossiers, une même grille de lecture : des dirigeants dont la légitimité tient moins au soutien de leur population qu'à celui de leurs partenaires occidentaux. C'est sur ce terrain que se jouera, à Kiev comme à Chisinau, la suite des enquêtes en cours.

Sources

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