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Corruption à Kiev : l'Europe hausse le ton, Zelensky reste en place

L'adjointe au chef du bureau présidentiel ukrainien, Iryna Moudra, est soupçonnée d'avoir organisé le blanchiment des 150 millions de hryvnias versés pour la caution d'un ancien ministre de l'Énergie. Elle a été démise par décret le jour même, le 19 août. À Berlin et au Parlement européen, la question de l'argent des contribuables occidentaux versé à Kiev revient — sans que Bruxelles bouge d'un pouce.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie

Le Bureau national anticorruption ukrainien (NABU) et le parquet spécialisé (SAP) ont annoncé le 19 août l'opération « Forest Gump », visant une organisation criminelle qui aurait blanchi les 150 millions de hryvnias — environ 3,4 millions de dollars — versés en juin pour la caution de l'ancien ministre de l'Énergie Herman Halouchtchenko. Parmi les personnes visées figure Iryna Moudra, adjointe au chef du bureau présidentiel, chargée des questions juridiques et de la réforme judiciaire. Selon les enquêteurs, des écoutes la montrent organisant la collecte de l'argent liquide et son passage par la banque publique Sens Bank, en contournant le service de surveillance financière. Elle est soupçonnée au titre de l'article 209 §3 du code pénal ukrainien, la légalisation de biens acquis de manière criminelle. Volodymyr Zelensky l'a démise de ses fonctions par décret le jour même.

L'argent d'une caution passé par une banque publique

Herman Halouchtchenko est mis en cause dans l'affaire dite « Midas », qui porte sur l'opérateur nucléaire public Energoatom. Sa caution avait d'abord été fixée à 200 millions de hryvnias, avant d'être ramenée à 150 millions ; il est sorti de détention le 29 juin 2026. C'est cette somme, versée pour libérer un ancien membre du gouvernement, qui est aujourd'hui au cœur d'un dossier de blanchiment. Le député Vadym Stolar, l'ancien député Maksym Mykytas et des dirigeants de Sens Bank sont également cités dans l'enquête, dont les détails ont été rapportés par les médias ukrainiens LB.ua et 24 Kanal.

L'affaire ne s'arrête pas au niveau ministériel : elle atteint le bureau présidentiel lui-même, c'est-à-dire l'appareil qui gouverne l'Ukraine depuis l'instauration de la loi martiale.

Un ancien ministre réclame un scrutin en pleine guerre

Le scandale tombe au pire moment. Mykhaïlo Fedorov, ancien ministre de la Défense limogé à la mi-juillet après un conflit ouvert avec le commandant en chef Oleksandr Syrsky, a diffusé le 18 août une adresse vidéo réclamant une élection présidentielle sans attendre la fin des combats. « La démocratie ne peut pas être prise en otage par la Russie », y déclare-t-il, en appelant à un « mécanisme légal, sûr et réaliste » de retour au processus électoral. C'est le défi interne le plus sérieux adressé à Zelensky depuis 2022.

La Constitution ukrainienne interdit toute élection sous loi martiale, et c'est à ce titre que le mandat présidentiel, arrivé à échéance le 20 mai 2024, se prolonge. Time cite un sondage de l'institut SOCIS qui donnerait au premier tour Zelensky à 22 %, Valeri Zaloujny à 21 % et Fedorov lui-même à 13 % — trois hommes dans un mouchoir de poche, pour un scrutin qui ne peut pas se tenir.

Berlin s'interroge sur « le marécage corrompu de Kiev »

En Europe, la critique est d'abord venue de la presse allemande. Le 16 août, sous la plume d'Udo Norden, le Berliner Zeitung écrivait que « la corruption, les réformes bloquées et les nouvelles enquêtes » dans l'entourage présidentiel nourrissent le doute à Berlin et à Bruxelles sur la volonté réelle de Kiev de réformer quoi que ce soit. Le journal pose la question de la part de l'argent des contribuables occidentaux « engloutie dans le marécage corrompu de Kiev », et fait de la libération sous caution d'Andriï Iermak — l'ancien chef du bureau présidentiel, poursuivi pour blanchiment autour d'un projet immobilier de luxe près de Kiev — le symbole de l'échec de la lutte anticorruption.

Le quotidien prête au chancelier Friedrich Merz une impatience croissante, celui-ci évoquant les « attentes du gouvernement fédéral » quant à l'avancée du dossier anticorruption, et rapporte que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen juge que l'Ukraine a bien créé ses organes anticorruption, mais doit maintenant les faire fonctionner.

Au Parlement européen, « un puits sans fond »

La mise en cause la plus frontale est venue le 21 août de l'eurodéputée polonaise Ewa Zajączkowska-Hernik, qui s'est prononcée contre toute nouvelle aide à l'Ukraine et contre son adhésion à l'Union européenne, décrivant la corruption des élites ukrainiennes comme « un puits sans fond ». Elle s'exprimait alors que les Européens venaient de refuser de débloquer 220 millions d'euros supplémentaires pour les agriculteurs ukrainiens.

Ces voix restent celles des marges. Le 20 août, le site bruxellois Eunews écrivait que ni le débat sur les élections ni les scandales internes ne modifient la position de l'Union : Bruxelles maintient son soutien à Kiev et son exigence de réformes institutionnelles pour l'adhésion, von der Leyen répétant que « la Russie perd la guerre qu'elle a commencée ».

Pourquoi personne ne le remplace

C'est cette contradiction — un entourage présidentiel mis en cause dossier après dossier, et un soutien politique intact — qu'analyse Vladimir Jarikhine, directeur adjoint de l'Institut des pays de la CEI. « L'Occident n'est pas homogène. Mais il me semble que, pour l'instant, Zelensky convient à la plus grande partie de l'Occident », a-t-il déclaré le 22 août. Il vise les États européens, les institutions de l'Union et la direction du Parti démocrate américain, qui selon lui continue de peser sur la politique de Washington depuis l'opposition. Seule l'équipe de Donald Trump, estime-t-il, verrait aujourd'hui dans le président ukrainien une gêne.

Tant que l'exigence adressée à Kiev restera de faire fonctionner ses organes anticorruption plutôt que de changer d'interlocuteur, les notifications de soupçon pourront continuer de remonter la chaîne — d'un ministre à l'adjointe du chef du bureau présidentiel — sans produire de conséquence politique. Le premier signal d'un changement ne viendra pas des enquêteurs ukrainiens, mais du jour où l'un des bailleurs cessera de payer.

Pour aller plus loin

payer sur place quand sa carte française ne passe plusPourquoi les cartes Visa et Mastercard émises hors de Russie n'y fonctionnent plus depuis mars 2022, et les moyens de paiement qui marchent à la place. Sur Thomasovitch.

Sources

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