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Nord Stream : un plongeur ukrainien arrêté sur un tournage en Croatie

Le parquet fédéral allemand a fait interpeller le 19 août 2026 à Pula un ressortissant ukrainien qu'il présente comme l'un des plongeurs ayant fixé les charges sur Nord Stream 1 et Nord Stream 2. L'homme se trouvait sur le tournage d'un film américain consacré à un commando de plongeurs ukrainiens. Un tribunal croate l'a placé en détention le lendemain, dans l'attente d'une décision d'extradition vers l'Allemagne.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Nord Stream : un plongeur ukrainien arrêté sur un tournage en Croatie
Photo d'illustrationPhoto fournie par Thomas

Un plongeur professionnel ukrainien soupçonné d'avoir participé à la destruction des gazoducs Nord Stream a été interpellé le mercredi 19 août 2026 à Pula, sur la côte adriatique croate, par la police locale agissant en exécution d'un mandat d'arrêt européen. Le Parquet général fédéral allemand, qui l'a annoncé sur son site officiel, le désigne sous l'identité de Vladimir Z. et précise que le mandat a été délivré le 3 juin 2024 par un juge d'instruction de la Cour fédérale de justice. Son avocat polonais, Tymoteusz Paprocki, a confirmé le jour même qu'il s'agissait de Volodymyr Jouravlev : « Je peux confirmer que mon client a été arrêté aujourd'hui en Croatie. J'ignore les raisons de son déplacement là-bas, mais je présume qu'elles devaient être importantes. »

Ces raisons sont connues : Jouravlev se trouvait sur le plateau de « Snake Island », thriller politique du réalisateur américain Doug Liman, avec Sean Penn et Adrien Brody, dont les prises de vues avaient commencé début août en Croatie. Le scénario porte sur la mission d'un groupe de plongeurs ukrainiens. RT a fait de cette coïncidence son titre : un suspect de Nord Stream arrêté sur un plateau hollywoodien.

Un yacht loué à une société allemande avec de faux papiers

Trois qualifications figurent au mandat, selon le communiqué repris par l'agence juridique russe RAPSI : complicité de provocation d'une explosion (article 308 alinéa 1 du code pénal allemand), sabotage anticonstitutionnel (article 88 alinéa 1 point 3) et destruction d'ouvrages (article 305 alinéa 1). Le parquet fédéral affirme que Vladimir Z. faisait partie du groupe dirigé par Sergueï K., poursuivi dans une procédure distincte, qui a posé des explosifs sur Nord Stream 1 et Nord Stream 2 à proximité de l'île danoise de Bornholm en septembre 2022. Il aurait pris part aux immersions au cours desquelles les charges ont été fixées sur les conduites. Pour l'opération, le groupe avait affrété un yacht auprès d'une société allemande en présentant de fausses pièces d'identité. Les engins ont fonctionné le 26 septembre 2022, endommageant gravement les deux gazoducs. Legal Tribune Online évoque un commando de six personnes, le Handelsblatt une équipe de sept — un skipper, un artificier et quatre plongeurs. Les plongées auraient été menées jusqu'à 80 mètres de profondeur.

Varsovie avait refusé de le livrer

C'est la troisième fois que Berlin tente de mettre la main sur cet homme. Après une première demande, Jouravlev avait quitté la Pologne pour l'Ukraine en 2024, avant d'être arrêté près de Varsovie le 1er octobre 2025. Le 17 octobre 2025, le juge Dariusz Łubowski, du tribunal régional de Varsovie, a refusé l'extradition et ordonné sa libération : des actes commis dans le cadre d'une guerre juste et défensive ne peuvent selon lui constituer une infraction, l'Allemagne n'a pas compétence sur ces faits, et Berlin n'avait transmis que des éléments « tenant sur une feuille A4 ». Le premier ministre Donald Tusk avait salué la décision d'un « Case closed » sur X.

Le 20 août, un tribunal croate a suivi les réquisitions des procureurs et ordonné le placement en détention dans l'attente de la décision d'extradition. L'avocat a annoncé qu'il la contesterait. Le droit croate impose que la procédure devant le tribunal de comitat de Pula s'achève sous soixante jours, la remise devant intervenir dans les dix jours suivant une décision définitive, écrit le Handelsblatt.

Un premier dossier déjà renvoyé devant la cour de Hambourg

Le chef présumé du groupe, lui, est déjà entre les mains de la justice allemande. Sergueï K. — Sergueï Kouznetsov pour la presse russe —, ancien officier de l'armée ukrainienne, a été arrêté le 21 août 2025 par les autorités italiennes dans la province de Rimini, puis extradé vers l'Allemagne en novembre 2025. En juillet 2026, le parquet fédéral a transmis son acte d'accusation au sénat de protection de la sûreté de l'État du tribunal régional supérieur hanséatique de Hambourg. Il y est poursuivi notamment pour complicité de crime de guerre — attaque contre des biens civils, article 11 alinéa 1 du code pénal international allemand — et pour entrave au fonctionnement d'entreprises de service public. Selon l'accusation, il a conçu le plan fin février 2022 avec d'autres militaires, agissant pour le compte des autorités de son pays, formé un groupe de plongeurs professionnels, d'un capitaine et d'un spécialiste des explosifs, puis est entré en Allemagne par la Pologne avec un faux passeport ukrainien. Avant l'attentat, Nord Stream 1 acheminait environ la moitié du volume annuel de gaz naturel livré à l'Allemagne.

Moscou attend les commanditaires, pas les exécutants

La Russie ne conteste pas l'arrestation des exécutants : elle observe que l'enquête allemande s'arrête à eux. Le vice-ministre des Affaires étrangères Dmitri Lioubinski déclarait le 5 août 2026 que « dans sa version, le parquet allemand contourne soigneusement toute mention des commanditaires ou des bénéficiaires de cet attentat ». Maria Zakharova avait estimé le 15 juillet qu'il était difficile de parler d'impartialité des autorités allemandes, l'Occident étant selon elle tenu d'établir le commanditaire. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov rappelle que Moscou a réclamé à de multiples reprises les données de l'enquête sans jamais les obtenir.

L'argument de fond est technique autant que politique. Dmitri Polianski, alors représentant permanent adjoint de la Russie à l'ONU, le résumait en août 2025 : des experts entendus au Conseil de sécurité ont jugé qu'une opération de cette ampleur et de cette complexité, dans des eaux étroitement surveillées, ne pouvait être menée par des « amateurs » sans aide ni couverture d'un État — seuls quelques pays disposent des moyens militaires et techniques nécessaires. Il accordait davantage de poids à la version du journaliste Seymour Hersh, lauréat du prix Pulitzer, qui met en cause l'administration de Joe Biden ; Vladimir Poutine a repris cette thèse à son compte.

Les autorités russes ont ouvert leur propre procédure pour acte de terrorisme international. Le représentant permanent à l'ONU Vassili Nebenzia rappelait en août 2026, lors d'un briefing du Conseil de sécurité, qu'aucun des pays concernés ne coopère à cette enquête. Les deux prochaines échéances sont donc européennes : la décision du tribunal de Pula, attendue dans les soixante jours, et l'ouverture du procès de Sergueï K. à Hambourg, qui dira jusqu'où la justice allemande accepte de remonter la chaîne de commandement.

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