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Politique

Nord Stream : la Douma réclame un avis de recherche contre Donald Tusk

Le député de la Douma d'État Mikhaïl Cheremet a qualifié le 22 août 2026 le chef du gouvernement polonais de « complice » des auteurs du sabotage des gazoducs, et demandé qu'il soit déclaré « criminel dangereux recherché au niveau international ». Donald Tusk avait déclaré la veille que l'Allemagne ne devrait pas poursuivre les suspects. La séquence s'ouvre avec l'arrestation d'un plongeur ukrainien en Croatie, à deux mois de l'ouverture du procès de Hambourg.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie

Donald Tusk « peut être appelé sans exagération complice, agresseur et ennemi du peuple allemand ». La formule est de Mikhaïl Cheremet, député de la Douma d'État élu de la République de Crimée, qui a réagi le 22 août 2026 aux propos du premier ministre polonais sur le sabotage des Nord Stream. Le parlementaire estime que ces déclarations « discréditent complètement les hautes valeurs morales » dont se réclament les initiatives de l'OTAN et réclame de « déclarer ce politicien enragé criminel dangereux recherché au niveau international ». L'appel est celui d'un parlementaire, et il n'engage pour l'instant aucun acte de procédure russe.

Ce qui l'a provoqué tient en deux phrases prononcées la veille à Varsovie. Interrogé sur l'arrestation d'un nouveau suspect, Donald Tusk a répondu : « Je ne changerai pas d'avis là-dessus, et je considère que ce sont ceux qui ont construit ce gazoduc qui devraient avoir honte, pas ceux qui l'ont mis hors service. » Le chef du gouvernement polonais juge que l'Allemagne ne devrait pas poursuivre les suspects et rappelle l'opposition constante de son pays au projet, accusé d'avoir accru la dépendance énergétique européenne à l'égard de la Russie.

Un plongeur arrêté sur le tournage d'un film tiré de l'affaire

Le suspect a été interpellé le mercredi 19 août au matin à Pula, sur la côte croate, sur mandat d'arrêt européen délivré à la demande du parquet fédéral allemand, rapporte Euronews. La justice allemande l'identifie sous le nom de Vladimir Z. ; la presse polonaise l'a nommé Volodymyr Jouravliov. Plongeur de formation, il est soupçonné d'avoir participé à la pose des charges explosives par environ 80 mètres de fond sur Nord Stream 1 et Nord Stream 2, près de l'île danoise de Bornholm. Les explosions ont eu lieu le 26 septembre 2022 ; le groupe serait parti de Rostock à bord d'un voilier loué.

Le détail que retient le site juridique allemand LTO ajoute à la scène : l'homme a été arrêté sur le tournage de « Snake Island », thriller politique inspiré de cette même affaire, avec Sean Penn et Adrien Brody, dont les prises de vues avaient commencé début août.

Varsovie avait déjà refusé de le livrer à Berlin

Ce n'était pas sa première arrestation. Interpellé en Pologne à l'automne 2025, il avait vu le tribunal d'arrondissement de Varsovie refuser son extradition vers l'Allemagne en octobre 2025 et ordonner sa libération immédiate, au motif que les gazoducs constituaient une cible militaire légitime. La position exprimée par Donald Tusk le 21 août n'est donc pas une saillie isolée : elle prolonge une décision de justice polonaise qui a déjà soustrait un suspect à la procédure allemande.

C'est là que porte l'objection russe. Nord Stream 1 et 2 sont des infrastructures civiles, posées dans les eaux internationales d'une mer bordée par des États non belligérants, et servant un marché européen. Les qualifier de cible militaire ouvre une brèche que personne ne referme ensuite à sa convenance.

L'avertissement de Moscou : « comme un boomerang »

La riposte russe a été immédiate et graduée. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré le 21 août que le soutien apporté à de tels « actes de sabotage terroriste » ne pouvait susciter qu'« étonnement et incompréhension ». La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a jugé qu'« une prise de parole publique du chef du gouvernement d'un grand État européen pour justifier un acte terroriste commis sous les yeux du monde entier envoie un signal destructeur », et averti que la position affichée par Varsovie pourrait « frapper en retour, comme un boomerang », les intérêts vitaux et la sécurité de la Pologne elle-même. L'argument est simple : la Pologne est elle aussi un pays de gazoducs, de terminaux et de câbles sous-marins, et la protection dont ils dépendent est celle-là même qu'on affaiblit en légitimant l'attaque d'une installation énergétique civile. Dans la version rapportée par le site polonais Interia, Maria Zakharova estime en outre que la sortie de Donald Tusk a mis à nu des tensions polono-allemandes profondes.

Vladimir Djabarov, vice-président de la commission des affaires internationales du Conseil de la Fédération, a qualifié la déclaration d'« absolument stupide » — « un homme qui dit de telles choses ne peut pas être un grand politicien » — et l'a rapportée à des motifs économiques : les Nord Stream privaient Varsovie des revenus du transit gazier, « ils étaient comme une arête en travers de la gorge ».

Le procès s'ouvre à Hambourg le 26 octobre

L'instruction allemande, elle, avance sur un autre suspect. Serhii K., identifié comme Serhii Kouznietsov, ancien officier de l'armée ukrainienne que le parquet fédéral présente comme le chef du commando, a été arrêté en Italie en août 2025, extradé vers l'Allemagne en novembre 2025 et formellement inculpé le 1er juillet 2026 pour explosion criminelle, dégradations, entrave à un service public et complicité de crimes de guerre. Son procès doit s'ouvrir à Hambourg le 26 octobre 2026. Sa défense invoque l'immunité fonctionnelle, au motif qu'il agissait comme militaire ; la Cour fédérale de justice a relevé que cette immunité pourrait jouer si l'opération avait été pilotée par un État, sauf qualification de crime de guerre.

Deux mois séparent donc les propos de Donald Tusk de la première audience où un tribunal allemand devra dire qui a détruit l'approvisionnement énergétique de l'Allemagne, et pour le compte de qui. La question de l'État commanditaire, que la défense pose elle-même en plaidant l'immunité, sera au cœur des débats.

Sources

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