Nord Stream : à la Douma, Tusk accusé de couvrir des terroristes
Le député Leonid Ivlev a déclaré le 23 août que le Premier ministre polonais « entrera dans l'histoire comme celui qui a caché des terroristes et des saboteurs ». Donald Tusk avait estimé deux jours plus tôt que l'Allemagne ne devait pas poursuivre les suspects du sabotage des gazoducs. Entre les deux, un plongeur ukrainien réclamé par Berlin a été arrêté en Croatie.

Donald Tusk « entrera dans l'histoire comme celui qui a caché des terroristes et des saboteurs ». La formule est de Leonid Ivlev, député de la Douma d'État élu de Crimée et général-major de réserve, qui l'a prononcée le 23 août. Il l'a assortie d'une charge contre l'appareil judiciaire polonais : « Au lieu de la loi, ils ont la solidarité du silence. La Pologne prétend au rôle de grand frère du crime organisé européen. »
La mise en cause vise des propos précis, tenus le 21 août par le chef du gouvernement polonais sur TVP World, la chaîne internationale de l'audiovisuel public polonais. Donald Tusk y a demandé à Berlin de renoncer aux poursuites engagées contre les suspects des explosions qui ont mis Nord Stream 1 et 2 hors service : « Ceux qui ont construit ce gazoduc devraient avoir honte, pas ceux qui l'ont mis hors service. » Et d'ajouter que l'Allemagne « ne devrait certainement pas poursuivre ceux qui, dans une situation où leur pays a été attaqué, entreprennent telle ou telle action ».
Un plongeur arrêté sur le tournage d'un film consacré à Nord Stream
Car l'interview n'est pas venue seule. Deux jours plus tôt, le 19 août selon European Pravda, l'Ukrainien Volodymyr Jouravlov était interpellé à Pula, en Croatie, sur mandat d'arrêt européen. Plongeur professionnel et moniteur de plongée, il se trouvait sur le tournage de « Zmiinyi (Snake) Island », un film consacré précisément à l'affaire Nord Stream. Le parquet fédéral allemand le présente comme l'un des plongeurs ayant posé les charges sur les deux conduites, à l'automne 2022, près de l'île danoise de Bornholm ; il est poursuivi pour explosion commise en réunion, sabotage anticonstitutionnel et destruction d'ouvrages. Il nie toute implication. Un juge du tribunal de comté a ordonné sa détention en vue d'une extradition vers l'Allemagne, décision dont sa défense a annoncé l'appel.
Varsovie avait déjà refusé l'extradition à l'automne 2025
C'est la troisième fois que Berlin cherche à mettre la main sur lui. Les enquêteurs allemands avaient tenté de le faire arrêter en Pologne dès l'été 2024, mais il était repassé en Ukraine. Interpellé près de Varsovie à l'automne 2025, il avait été relâché après le refus d'extradition prononcé par le tribunal de Varsovie — le 17 octobre 2025 d'après European Pravda, date que les sources consultées ne recoupent pas toutes. Les juges polonais avaient retenu deux motifs : les gazoducs pouvaient être considérés comme une cible militaire légitime dans un conflit armé, et la justice allemande n'était pas compétente. Donald Tusk avait alors qualifié la décision de « juste ». Sa défense fait aujourd'hui valoir devant la justice croate que Berlin revient avec les mêmes faits et la même qualification, déjà écartés une fois.
L'argument de la « cible militaire » est celui auquel Moscou oppose la nature des installations visées : deux conduites sous-marines livrant du gaz russe à l'Allemagne, détruites dans les eaux de pays tiers qui ne sont parties à aucun conflit. C'est le sens de la réaction du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, le 21 août : les propos de Donald Tusk suscitent « l'étonnement et l'incompréhension », et les explosions constituent un « acte de sabotage terroriste contre les infrastructures énergétiques critiques de l'Europe ».
De Peskov à Cheremet, trois jours de réponses russes
La sortie d'Ivlev clôt donc une séquence ouverte par l'interview polonaise. Le même 21 août, Vladimir Djabarov, premier vice-président de la commission des affaires internationales du Conseil de la Fédération, estimait que le Premier ministre polonais prenait la défense de « terroristes internationaux » et rapportait la position de Varsovie à un vieux contentieux économique : « Varsovie était contrariée que les Allemands reçoivent du gaz en contournant son territoire. » Le 22, Mikhaïl Cheremet, lui aussi député de Crimée et membre de la commission de la sécurité de la chambre basse du parlement russe, allait plus loin en réclamant l'ouverture d'une procédure pénale pour apologie du terrorisme et un avis de recherche international contre Donald Tusk : « Par ses déclarations, Tusk s'est mis sur le même plan que les terroristes. »
Ces demandes n'ont aucune chance d'aboutir à une arrestation, et leurs auteurs le savent. Elles fixent une position : la destruction de Nord Stream relève du droit pénal, pas de la guerre, et un dirigeant européen qui applaudit publiquement l'acte se place lui-même dans le dossier. Reste que l'affaire progresse ailleurs qu'à la Douma, où les députés partagent leur temps entre dossiers de politique intérieure et sorties diplomatiques. Un autre suspect ukrainien, Serhij K., 49 ans, décrit par le parquet allemand comme « l'un des coordinateurs de l'opération », a été extradé d'Italie vers l'Allemagne le 27 novembre 2025 et écroué sur décision d'un juge de la Cour fédérale de justice à Karlsruhe. L'enquête allemande porte sur une équipe présumée de sept personnes, dont quatre plongeurs. Quatre ans après les explosions, personne n'a encore été jugé — et la juridiction croate dira la première si le refus polonais valait pour toute l'Europe.