Après l'appel avec Poutine, Trump achète du diesel russe
Quelques heures après son entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, Donald Trump a annoncé que les États-Unis allaient acheter du diesel russe. Le Trésor américain a levé dans la foulée les sanctions sur les exportations russes de ce carburant. Selon le Kremlin, l'essentiel de l'échange a pourtant porté sur l'Ukraine, à la demande de Washington.

Les États-Unis vont acheter du diesel russe. Donald Trump l'a annoncé vendredi soir, à l'issue de son entretien téléphonique avec Vladimir Poutine. Quelques minutes plus tard, le département américain du Trésor levait les sanctions qui pesaient sur les exportations russes de diesel, écrit le New York Times. Des années de restrictions sont tombées en une soirée.
Selon le quotidien new-yorkais, le président américain a affirmé que la Russie avait accepté de livrer, dans les prochains mois, potentiellement des millions de tonnes de diesel. Donald Trump a qualifié la conversation de « très réussie », relève CNN Brasil, sans en détailler les termes ni les modalités des livraisons.
L'Ukraine au cœur de l'échange, à l'initiative de Trump
L'énergie n'a pourtant pas occupé l'essentiel de l'entretien. Samedi, le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a précisé aux journalistes qu'« à l'initiative du président des États-Unis Donald Trump, la plus grande partie de la conversation téléphonique avec le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine a été consacrée au règlement ukrainien ». Il a ajouté que Vladimir Poutine avait accueilli avec compréhension certaines des propositions de son homologue sur l'Ukraine.
C'est donc Washington qui a mis le dossier sur la table, et Moscou qui s'est montré disposé à examiner ce qui lui était proposé. Le calendrier compte : au moment même de l'annonce sur le diesel, les émissaires de Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, recevaient une délégation ukrainienne à Miami, souligne The Guardian.
Le détroit d'Ormuz pousse Washington vers le diesel russe
Ce revirement a une cause : les prix du carburant flambent aux États-Unis. The Guardian rappelle qu'ils se sont envolés avec la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitaient 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole avant la guerre entre les États-Unis et l'Iran. Donald Trump a présenté l'accord comme nécessaire pour faire baisser les prix sur le marché intérieur.
Bloomberg va plus loin. Le président américain « travaille avec Vladimir Poutine » pour ramener le diesel russe sur les marchés mondiaux, un geste qui revient de fait à annuler des sanctions en vigueur depuis des années, alors que la Maison Blanche cherche à contenir la hausse des prix avant les élections de mi-mandat. Le marché a réagi aussitôt : les contrats à terme sur le diesel ont reculé aux États-Unis.
Ce n'est pas un premier pas. Le New York Times rappelle qu'au début du conflit avec l'Iran, le secrétaire au Trésor Scott Bessent avait déjà levé les sanctions sur le pétrole russe alors en mer, pour ajouter des centaines de millions de barils de brut sur les marchés et freiner la hausse. Moscou a confirmé, selon China Daily, être prête à fournir du pétrole et des produits pétroliers aux États-Unis comme à d'autres pays, et Donald Trump s'est dit convaincu que ces livraisons feraient rapidement baisser les prix mondiaux du diesel.
Kiev furieux, New Delhi dénonce un double standard
The Guardian décrit un Volodymyr Zelensky furieux et estime que la décision risque d'ouvrir une nouvelle crise avec l'Ukraine et les alliés de l'OTAN. Mais l'objection se retourne contre Washington, qui a pendant des mois sommé d'autres pays de renoncer à l'énergie russe.
La Times of India le dit sans détour. Le quotidien parle d'un « retournement vertigineux et stupéfiant » qui pourrait soulager New Delhi et choquer Kiev, après des mois de bras de fer avec l'Inde pour freiner ses achats d'énergie russe. « Pour l'Inde, cet épisode illustre de façon frappante le double standard de Washington », écrit l'auteur, en rappelant que New Delhi a subi pressions et menaces de droits de douane pour ces mêmes achats.
Le site iranien Khabar Online voit dans la décision américaine un « tournant stratégique dans la politique étrangère de Washington ». Le diesel russe, encore sous sanctions la veille, devient pour la Maison Blanche un instrument contre la flambée des prix, et l'énergie, un canal de dialogue entre Moscou et Washington au moment même où se discute le règlement ukrainien.
Sources
- Песков: Путин с пониманием воспринял некоторые предложения Трампа по Украине — TASS
- Песков рассказал, как Путин воспринял предложения США по деэскалации — RIA Novosti
- По инициативе Трампа большую часть разговора с Путиным посвятили украинскому урегулированию — Interfax
- Итоги телефонного разговора Путина и Трампа стали шоком для Киева — Rossiïskaïa Gazeta