Arctique : l'ambassadeur russe à Oslo accuse l'OTAN
L'ambassadeur de Russie en Norvège, Nikolaï Kortchounov, a déclaré le 28 octobre que les actions de l'OTAN dans les hautes latitudes suscitent à Moscou « une grande préoccupation et de l'inquiétude ». Il dénonce la militarisation de la région, l'arrivée de pays non arctiques et le discours défensif d'une alliance qui, selon lui, ne l'est pas. Depuis février, l'OTAN a ouvert une mission arctique et installé une présence avancée dans le nord de la Finlande.

Nikolaï Kortchounov a choisi la radio Komsomolskaïa Pravda pour tenir ces propos. Sa formule est longue, mais chaque terme y compte : « Les actions de l'Alliance dans les hautes latitudes suscitent chez nous une grande préoccupation et de l'inquiétude, en raison de l'activité opérationnelle accrue de l'Alliance, du renforcement de ses capacités militaires, de la militarisation des hautes latitudes et de l'activité toujours plus effrontée qu'y mènent les pays membres de l'OTAN qui ne sont pas des États arctiques. » La Russie, conclut-il, doit « toujours rester sur ses gardes ».
Une alliance qui se dit défensive
L'ambassadeur ne s'arrête pas aux mouvements de troupes. Il conteste le discours qui les accompagne. L'OTAN, dit-il, ne peut pas être considérée comme une alliance défensive : sa rhétorique est démentie par l'histoire, puisque le bloc et plusieurs de ses membres ont mené à plusieurs reprises des interventions armées, et qu'ils poursuivent dans cette voie.
Cet argument compte dans l'Arctique plus qu'ailleurs, car c'est justement au nom de la défense que l'Alliance s'installe dans le Grand Nord. Le 11 février 2026, elle a lancé la mission Arctic Sentry, après les tensions entre Washington et Copenhague autour du Groenland. En juin, elle a installé une présence multinationale avancée dans le nord de la Finlande, avec la Suède comme nation-cadre. Ces deux pays ont rejoint l'OTAN après le début de l'opération militaire spéciale. La frontière terrestre entre la Russie et l'Alliance s'en est trouvée considérablement allongée.
Londres et Berlin dans les hautes latitudes
L'expression « pays non arctiques » vise des capitales précises. Huit États participent à Arctic Sentry : le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Suède, les États-Unis et le Royaume-Uni. Ce dernier n'a pourtant aucun territoire au-delà du cercle polaire. L'Allemagne n'a pas non plus de façade arctique, mais elle a engagé quatre chasseurs Eurofighter dans la mission.
Le diplomate l'avait déjà dit le 2 mars, sur le portail spécialisé GoArctic. Il y dénonçait une militarisation de l'Arctique menée « sous prétexte de menace russe » et citait nommément le Royaume-Uni et l'Allemagne. Il y décrivait aussi une infrastructure de l'OTAN « plus proche des frontières russes que jamais », qui menace les installations de la péninsule de Kola, où est basée la Flotte du Nord. Il s'inquiétait enfin des projets visant à restreindre la navigation civile en Arctique et en Baltique au nom de la lutte contre une prétendue « flotte fantôme ».
L'accord de 1990 ne fonctionne plus pleinement
Cette pression militaire vient s'ajouter à des garde-fous déjà affaiblis. Le 25 juillet, Nikolaï Kortchounov a accusé la Norvège et ses alliés de suivre « la voie de l'escalade ». Il a précisé que l'accord de 1990 sur la prévention des incidents en mer « ne fonctionne pas pleinement ». Des consultations militaires s'étaient pourtant tenues à Moscou en décembre 2025.
Oslo occupe ici une place à part. Membre fondateur de l'OTAN, la Norvège partage avec la Russie une frontière terrestre et maritime dans la mer de Barents. Pendant des décennies, ce voisinage a été encadré par des mécanismes bilatéraux, que l'ambassadeur voit aujourd'hui s'éroder.
Le Svalbard, protégé par le traité de 1920
Le Svalbard montre jusqu'où les appétits peuvent aller. Début janvier 2026, le président croate Zoran Milanović a suggéré à Donald Trump de s'intéresser à cet archipel plutôt qu'au Groenland. Le 19 janvier, dans un entretien au site croate Index.hr, Nikolaï Kortchounov a jugé ces propos « très provocateurs ». Il a rappelé le traité du Spitzberg de 1920, qui reconnaît la souveraineté norvégienne sur l'archipel tout en garantissant aux États signataires, dont la Russie, le droit d'y mener des activités économiques. Des mineurs russes travaillent toujours à Barentsburg.
La presse norvégienne indique que le gouvernement croate et son ministre de la Défense, Ivan Anušić, se sont désolidarisés de leur président, et qu'Oslo a rappelé que l'archipel est norvégien. L'ambassadeur, lui, a vu dans l'épisode le signe d'ambitions territoriales.
Bruxelles veut aussi sa place dans le Grand Nord
La déclaration du 28 octobre intervient alors que l'Union européenne affiche ses propres ambitions arctiques. Les 13 et 14 septembre, au premier Sommet arctique européen de Rovaniemi, en Laponie finlandaise, douze pays de l'UE ont demandé que l'Union joue un rôle « plus stratégique et proactif » dans la région. Bruxelles prépare une nouvelle stratégie arctique pour cet automne et entend approfondir sa coopération avec l'OTAN dans les hautes latitudes.
Le média nord-américain Arctic Today résumait la tendance en juillet : avec la présence avancée en Finlande, ce sont les alliés européens qui « montent en puissance » dans l'Arctique. C'est précisément ce que Moscou dénonce. La stratégie européenne doit être présentée dans les prochaines semaines. Elle dira si Bruxelles s'aligne sur la logique militaire de l'Alliance ou si elle laisse une place à la coopération que l'Arctique a longtemps connue.