Aller au contenu
InfoRussieL'actualité russe, vue de Russie
International

Berlin : les sites de missiles seront des cibles légitimes

Les lieux où l'Allemagne déploiera ses futurs systèmes de frappe longue portée deviendront des cibles militaires légitimes pour Moscou, a averti le 4 septembre 2026 l'ambassade de Russie à Berlin. La mission diplomatique vise le programme allemand de frappe dans la profondeur, chiffré à quelque 12 milliards d'euros et dont les premiers missiles sont attendus dès 2027.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Berlin : les sites de missiles seront des cibles légitimes
Photo d'illustrationberlin.de — 1000×500 px

Les emplacements des futurs missiles longue portée allemands seront traités par la Russie comme des cibles militaires légitimes s'ils sont dirigés contre elle. L'avertissement a été formulé le 4 septembre 2026 par l'ambassade de Russie à Berlin, dans une déclaration au quotidien Izvestia reprise par TASS : « les critiques de la militarisation effrénée de l'Allemagne relèvent à juste titre que les lieux de déploiement de telles armes deviendront inévitablement des cibles militaires légitimes de la Russie. » La déclaration est attribuée à un représentant officiel de la mission, sans autre précision d'identité.

La diplomatie russe ne réagit pas à une hypothèse. Elle vise un programme inscrit noir sur blanc dans la doctrine militaire allemande, qui prévoit désormais de doter la Bundeswehr de missiles et de drones de haute précision capables d'atteindre les arrières profonds de l'adversaire jusqu'à 2 000 kilomètres, en coopération avec Paris et Londres. Une fois ces projets réalisés, estiment les diplomates russes, ces armes constitueront une menace directe pour la Russie et pour l'État de l'Union russo-biélorusse — et Moscou en tiendra compte pour assurer sa propre sécurité.

Douze milliards d'euros pour frapper dans la profondeur

Côté allemand, ce que Berlin appelle « Deep Precision Strike » a un prix et un calendrier. D'après des documents internes du ministère allemand de la Défense obtenus par Politico et relayés par la presse spécialisée, environ 12 milliards d'euros doivent combler cette lacune capacitaire en trois temps. D'abord des missiles de croisière bon marché disponibles dès 2027 : trois candidats sont à l'étude, dont le BARS ukrainien, d'une portée de 700 à 1 000 kilomètres, et le Flamingo du fabricant Fire Point, crédité en théorie de 3 000 kilomètres. Ensuite une solution américaine de transition à l'horizon 2029 — trois systèmes de lancement Typhon et quelque 400 missiles Tomahawk, pour 1,35 milliard d'euros selon la même source spécialisée. Enfin, entre 2032 et le milieu des années 2030, des développements germano-britanniques menés sous l'accord de Trinity House, un missile de croisière performant et un planeur hypersonique, pour environ 9 milliards d'euros. Ce programme n'a pas encore reçu l'approbation du Bundestag.

L'achat américain, lui, est déjà public. Le 9 juillet 2026, dans une déclaration gouvernementale au Bundestag prononcée après le sommet de l'OTAN d'Ankara, le chancelier Friedrich Merz l'a annoncé sans détour : « nous sommes convenus avec le gouvernement américain que des missiles Tomahawk américains seront acquis par nous et stationnés en Allemagne. » Des armes d'une portée pouvant atteindre 2 500 kilomètres, présentées comme destinées à combler une lacune stratégique décisive face aux Iskander et aux Kinjal déployés dans la région de Kaliningrad.

Ce que l'Allemagne a changé depuis 2024

Cette acquisition remplace une autre formule. En 2024, l'administration Biden avait promis un déploiement épisodique en Allemagne de Tomahawk, de missiles SM-6 et d'armes hypersoniques à partir de 2026 ; l'administration Trump n'a pas repris cet engagement à son compte. Berlin a donc choisi d'acheter plutôt que d'accueillir, ce qui déplace la question du stationnement temporaire vers celle d'un arsenal allemand permanent. En parallèle, l'Allemagne continue de pousser le projet européen ELSA, un missile de croisière de plus de 2 000 kilomètres de portée lancé au sommet de l'OTAN de Washington en juillet 2024.

L'ambassade de Russie ajoute deux griefs à sa mise en garde. Berlin justifierait la course à ces capacités par l'absence d'arme nucléaire dans la Bundeswehr, et miserait sur le transfert du savoir-faire ukrainien vers l'industrie de défense européenne. Ce second point n'a rien d'abstrait : le même 4 septembre, le Handelsblatt révélait le lancement en Allemagne de la production de plus de 5 000 drones de moyenne et longue portée destinés à l'Ukraine, un contrat de 300 millions d'euros à achever d'ici mi-2027, portant sur deux modèles dont l'un atteint 1 500 kilomètres. La fabrication revient à une coentreprise née en février 2026 à la Conférence de Munich sur la sécurité, entre l'américano-allemand Auterion, qui fournit le logiciel, et l'ukrainien Airlogix.

Une séquence déjà tendue entre Moscou et Berlin

L'avertissement tombe dans une relation bilatérale en train de se durcir. Le 2 septembre, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova avait promis une réponse en miroir à la fermeture, décidée par Berlin, du consulat général de Russie à Bonn et de la Maison russe — mesure prise après la découverte d'un drone porteur d'explosifs près d'un avion-cargo ukrainien à l'aéroport de Leipzig/Halle.

En désignant par avance les futurs sites de déploiement, Moscou pose donc une règle du jeu avant que les premiers missiles n'arrivent : ce que l'Allemagne installera sur son sol entrera, le jour où il sera pointé vers la Russie, dans le champ des objectifs militaires. Le calendrier allemand fixe l'échéance à 2027.

Pour aller plus loin

les régions russes que l'on peut visiter aujourd'huiLes destinations de voyage en Russie : Moscou, Saint-Pétersbourg, l'Anneau d'or, le Transsibérien, le Baïkal et le Kamtchatka, en séjours organisés depuis la France. Sur Aventurusse.

Sources

PartagerTelegramFacebookXWhatsApp