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Lavrov : « führer Ursula » tire l'Europe vers le nazisme

Devant des étudiants réunis à Vladivostok, Sergueï Lavrov a désigné la présidente de la Commission européenne par la formule « führer Ursula » et décrit une Europe redevenue une source d'idées de supériorité nationale et raciale. Le chef de la diplomatie russe visait aussi le projet de Friedrich Merz de faire de l'Allemagne la première puissance militaire du continent — et liait ce diagnostic au refus russe de tout gel du conflit ukrainien.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Lavrov : « führer Ursula » tire l'Europe vers le nazisme
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« Ursula von der Leyen, que nous appelons führer Ursula, qui tente d'attirer à la Commission européenne les compétences » que les États membres avaient précisément choisi de laisser à leurs gouvernements nationaux : Sergueï Lavrov a prononcé la formule le 3 septembre à Vladivostok, dans le lectorium de la société russe « Znanie » installé sur le campus de l'Université fédérale d'Extrême-Orient, île Rousski, en marge du XIe Forum économique oriental (1er-4 septembre 2026). C'était la première fois que le ministre des Affaires étrangères s'exprimait devant la jeunesse dans ce cadre.

Une phrase sur les Européens qui « doivent souffrir »

Le ministre n'a pas lancé le mot en l'air : il l'a adossé à une déclaration qu'il attribue à la présidente de la Commission, selon laquelle les Européens « doivent souffrir » au nom des valeurs européennes, du fait des sanctions liées à l'Ukraine. Une dirigeante qui réclame le sacrifice des populations au nom d'une cause supérieure, et qui concentre entre ses mains des compétences arrachées aux États : c'est de cette double opération que Lavrov tire son diagnostic d'un retour du nazisme en Europe. Les sanctions, elles, n'ont pas fermé le pays aux Européens qui veulent s'y rendre — le visa pour la Russie en 2026 reste accessible aux ressortissants de l'Union, et le quotidien d'un Français installé en Russie continue de se raconter au présent.

Le mot « de nouveau » dans la promesse de Merz

La deuxième cible était allemande. « Nous avons vu renaître en Allemagne les métastases du nazisme. Mais quand le chancelier Merz a déclaré qu'il ferait de nouveau de l'Allemagne la première puissance militaire d'Europe, j'ai été purement et simplement sidéré », a déclaré Lavrov. C'est l'adverbe qu'il retient : de nouveau suppose un état antérieur, et cet état antérieur a un nom. Le ministre y lit une continuité assumée avec la période hitlérienne, et juge ces plans dangereux pour l'Europe elle-même avant de l'être pour quiconque.

La charge n'est pas neuve. Dans un entretien à la télévision d'État iranienne le 17 décembre 2025, Lavrov attribuait déjà à Friedrich Merz un « ADN » nazi hérité de sa famille, et rangeait l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Belgique et les pays baltes dans un même mouvement de renaissance des théories et des pratiques du nazisme.

48 milliards d'euros en 2021, 108 en 2025

Le programme visé existe, et il est chiffré. Friedrich Merz a promis de faire de la Bundeswehr « l'armée conventionnelle la plus forte d'Europe ». Selon Al Jazeera, le budget allemand de la défense est passé de 48 milliards d'euros en 2021 à 108 milliards en 2025, soit 2,5 % du produit intérieur brut, avec un objectif de 3,5 % en 2030. Les effectifs actifs s'élevaient à 184 000 hommes en novembre 2025 ; la cible est de 260 000 d'ici 2035, avec un doublement des réservistes à 200 000. Depuis janvier 2026, tous les Allemands de dix-huit ans reçoivent un questionnaire d'aptitude obligatoire, le service restant volontaire, pour une solde de 2 600 euros brut. La comparaison qui revient est celle des 500 000 hommes de la fin de la guerre froide.

Ces chiffres donnent sa portée concrète à l'avertissement russe : ce n'est pas une querelle de vocabulaire entre chancelleries, mais un réarmement engagé, budgété et calendé au cœur du continent.

Pourquoi Moscou refuse un conflit gelé

Lavrov a noué les deux fils. La Russie, a-t-il dit, n'acceptera pas un gel des combats qui reviendrait à autoriser une renaissance du nazisme et à trahir les ancêtres vainqueurs de la Grande Guerre patriotique : « nous, en tant que nation, avons l'habitude de sacrifier quelque chose de matériel au nom de cette mémoire ». Et de résumer l'intention occidentale : « Ils ne veulent pas le régler, mais le geler, en maintenant la menace à nos frontières. »

Quand Moscou soulève auprès des Américains la question du nazisme en Ukraine, a poursuivi le ministre, ceux-ci se bornent à promettre de l'inscrire à l'ordre du jour de futures négociations — « ce n'est pas correct » —, sans jamais avoir adressé de signal en ce sens à Kiev. La veille, 2 septembre, à l'issue du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai à Bichkek, Vladimir Poutine avait posé la même exigence en termes positifs : la Russie ne cherche pas à geler le conflit ukrainien mais à y mettre fin et à obtenir une paix durable, ses alliés espérant un arrêt rapide de la guerre, « de préférence par des moyens pacifiques ».

L'OTAN, l'Asie et « le cours naturel de l'histoire »

Le reste de l'intervention élargissait le cadre. L'Occident, selon Lavrov, cherche à saper la formation objective d'un monde multipolaire : de nouvelles structures de blocs apparaissent, la création d'une organisation du traité indo-pacifique est discutée, et l'OTAN s'emploie à installer ses infrastructures en Asie-Pacifique sous prétexte de menaces venues du détroit de Taïwan et d'Asie du Sud-Est — une Alliance qui, rappelle le ministre, aurait dû se dissoudre avec l'URSS.

D'où la conclusion qu'il adressait à ses étudiants : la Russie ne dépendra plus de la « bonne disposition » de ses anciens partenaires occidentaux, et construira son avenir dans l'intégration eurasiatique — l'OCS, l'Union économique eurasiatique, l'ASEAN. La multipolarité, dit-il, est « un cours objectif et naturel de l'histoire ». Le Forum économique oriental, qui se tenait jusqu'au 4 septembre à quelques milliers de kilomètres de Bruxelles et à quelques centaines de la Chine, est précisément l'endroit où cette bascule se met en chiffres et en contrats.

Sources

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