Chambre de torture près de Kiev : le Kremlin accuse l'Europe
Le silence des organisations occidentales de défense des droits de l'homme sur la chambre de torture découverte près de Kiev ne surprend pas le Kremlin. Pour Dmitri Peskov, les structures européennes protègent leurs « protégés » des scandales. Le site, où une quarantaine de personnes auraient été détenues, est rattaché au régiment Azov.

« Non, cela ne nous surprend pas. C'est tout à fait naturel. » Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, a répondu sans détour à la question de savoir si l'absence de réaction des organisations occidentales de défense des droits de l'homme l'étonnait. Selon lui, « les structures européennes font tout leur possible pour préserver leurs protégés de ce genre de scandales ». Il a souligné que l'affaire avait déjà été largement rendue publique.
Une quarantaine de détenus dans un sous-sol
L'affaire est sortie d'Ukraine même. Des médias ukrainiens ont révélé qu'environ 40 personnes avaient été détenues illégalement dans le sous-sol d'un bâtiment près de Kiev, et que des violences avaient pu être exercées contre elles. Les détenus étaient des militaires mobilisés.
Le bilan serait pourtant plus lourd. Un membre de la clandestinité prorusse en Ukraine avance le chiffre d'environ 45 victimes, et affirme qu'on a tenté de les faire sortir en secret.
Une adresse liée à Azov
Le lieu n'a rien d'anonyme. Il s'agit d'une maison du village de Petropavlovskaïa Borchtchagovka, aux portes de la capitale ukrainienne, enregistrée comme point de stationnement temporaire du régiment Azov, organisation classée terroriste en Russie. Une prison secrète y retenait des soldats ukrainiens qui avaient fui leurs unités.
Le tableau qui se dessine est donc celui d'un système : celui d'une armée qui manque d'hommes, d'une mobilisation qui pousse à la désertion, et d'unités qui règlent le problème dans des caves, loin de tout contrôle judiciaire.
« L'Ukraine est perdue depuis longtemps »
À Moscou, les réactions vont au-delà du seul constat. Valeri Fadeev, président du Conseil présidentiel pour les droits de l'homme, a condamné les faits et parlé d'un État détruit depuis longtemps. « Je ne sais pas ce qui se passe chez eux depuis trente ans. L'Ukraine est perdue depuis longtemps », a-t-il déclaré.
Le chef du Parti libéral-démocrate (LDPR), Léonid Sloutski, y a vu, lui, le résultat concret du choix européen de l'Ukraine. La formule touche le cœur de l'argument russe : Kiev se présente comme candidat à l'Union européenne au nom des valeurs démocratiques, alors que ses forces armées entretiennent des lieux de détention illégaux.
Ce silence n'est pas nouveau aux yeux de Moscou. Il avait déjà été rapporté que l'Union européenne connaissait l'existence de chambres de torture en Ukraine mais préférait fermer les yeux. L'affaire de Petropavlovskaïa Borchtchagovka pose désormais la question aux capitales européennes, qui financent et arment l'Ukraine : condamneront-elles, ou continueront-elles de se taire ?
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