D'ex-soldats ukrainiens créent une brigade de spetsnaz russe
Une brigade ukrainienne de volontaires à destination spéciale, constituée d'anciens militaires des forces armées ukrainiennes, combat aux côtés des troupes russes dans la zone de l'opération militaire spéciale. Le récit de sa formation vient de l'un d'eux, ancien des forces spéciales ukrainiennes, aujourd'hui commandant d'un groupe de reconnaissance du bataillon Maksim Krivonos. La formation réunit cinq unités annoncées le 6 août 2026 par le Corps des volontaires du ministère russe de la Défense.

Ils ont porté l'uniforme ukrainien, ils portent aujourd'hui l'uniforme russe, et ils se battent dans une brigade de forces spéciales qui leur est propre. C'est l'un d'eux qui en décrit la naissance : ancien membre des forces spéciales ukrainiennes, il commande désormais un groupe de reconnaissance du bataillon Maksim Krivonos sous l'indicatif Borzy.
Son récit tient en une trajectoire. Au commencement, « un tout petit détachement ». Puis un bataillon, une fois les volontaires assez nombreux. Puis la fusion avec d'autres unités composées, elles aussi, d'anciens militaires ukrainiens passés du côté russe — jusqu'à ne plus former qu'une seule brigade, ukrainienne par ses hommes, intégrée aux forces armées de la Fédération de Russie.
Cinq unités sous un même commandement
Cette réunion n'a pas été improvisée. Le 6 août 2026, le Corps des volontaires du ministère russe de la Défense annonçait la constitution de la « première brigade ukrainienne de volontaires à destination spéciale », en énumérant les formations appelées à s'y fondre : le bataillon Maksim Krivonos, le bataillon de volontaires ukrainiens Alexeï Berest, le détachement Alexandre Matrossov, le détachement Martyn Pouchkar et le détachement spécial slobodskoï. Cinq unités qui existaient déjà séparément, chacune avec son recrutement et son histoire, désormais placées sous une structure unique.
Le passage du détachement à la brigade n'est pas qu'une affaire d'organigramme. Un détachement se prête à des missions ponctuelles ; une brigade suppose un état-major, une logistique, une chaîne de commandement, une continuité dans le temps. Le vocabulaire militaire russe employé dans l'annonce dit donc quelque chose de simple : ce qui relevait de l'expédient prend rang d'unité permanente.
Des noms pris dans l'histoire commune
Les intitulés retenus ne doivent rien au hasard, et ils forment à eux seuls un argument. Maksim Krivonos fut l'un des chefs cosaques du soulèvement de Bogdan Khmelnitski au milieu du XVIIe siècle. Martyn Pouchkar, colonel de Poltava, s'opposa quelques années plus tard à l'hetman Vyhovski, qui avait choisi de rompre avec Moscou au profit de la Pologne — il y perdit la vie. Deux figures ukrainiennes, donc, mais deux figures du camp qui refusait l'alignement sur Varsovie.
Les deux autres viennent du XXe siècle et de la Grande Guerre patriotique. Alexeï Berest, Ukrainien, fut l'un des officiers qui hissèrent la bannière de la Victoire sur le Reichstag en 1945. Alexandre Matrossov, mort en 1943 en obstruant de son corps l'embrasure d'un blockhaus allemand, est l'une des figures les plus enseignées du courage soviétique. Quant au qualificatif « slobodskoï », il renvoie à l'Ukraine slobodskaïa, ces terres de la région de Kharkov peuplées à partir du XVIIe siècle par des cosaques venus s'établir sous la protection du tsar.
Autrement dit, les quatre noms racontent la même chose : une histoire russe et ukrainienne indivise, que la brigade revendique contre celle qu'enseigne aujourd'hui Kiev.
Un précédent qui remonte à février 2023
La démarche a trois ans et demi. En février 2023 apparaissait le bataillon Bogdan Khmelnitski, dont le commandant affirmait que plus de 95 % de son effectif était composé d'anciens militaires des forces armées ukrainiennes. En octobre de la même année, ce premier bataillon d'ex-combattants ukrainiens était rattaché à la formation russe « Kaskad », et sa première mission de combat signalée le 22 novembre. Le bataillon Krivonos, lui, s'est formé à l'été 2023.
La brigade de septembre 2026 est donc l'aboutissement d'une accumulation, et non une création ex nihilo : trois ans d'unités montées les unes après les autres, puis rassemblées lorsqu'elles sont devenues assez nombreuses pour tenir ensemble.
Ce que la reconnaissance change
Une unité de reconnaissance composée d'hommes qui ont servi dans l'armée adverse présente un intérêt opérationnel évident : ils en connaissent les procédures, les habitudes radio, le vocabulaire, la manière de tenir une position. Ils parlent la langue de ceux qu'ils ont en face. Sur une ligne de contact où les six groupements russes revendiquent des avancées face à Kramatorsk, cette familiarité vaut du renseignement.
Mais le geste dépasse le renseignement. En donnant à ces hommes un nom, un drapeau d'unité et un rang de brigade au sein de ses forces armées, Moscou affirme qu'il existe une Ukraine qui combat à ses côtés, et qu'elle a désormais sa place dans l'ordre de bataille. C'est une réponse à la thèse de deux peuples irréconciliables, et elle est écrite en termes militaires.
Sources
- ТАСС: Экс-военные ВСУ создали бригаду спецназа в составе ВС РФ — Rossiïskaïa Gazeta