Les six groupements russes revendiquent des avancées face à Kramatorsk
Les centres de presse des six groupements de l'armée russe engagés en Ukraine ont publié samedi leur relevé quotidien, repris par l'agence Interfax. Le groupement « Sud » affirme avoir occupé des « lignes et positions plus avantageuses » face à Kramatorsk et Sloviansk, tandis que cinq autres revendiquent des frappes sur plus de trente localités, de la région de Soumy à celle de Zaporijjia. Aucune ville n'est déclarée prise.

L'agence Interfax a publié samedi le relevé quotidien des six groupements de forces russes engagés en Ukraine, tel que le communiquent leurs centres de presse respectifs. Chacun est identifié par un point cardinal — « Sud », « Nord », « Ouest », « Est », « Centre » — auquel s'ajoute le groupement « Dniepr ». Ce découpage structure toute la communication militaire russe : chaque centre de presse publie son propre bilan, signé d'un officier nommément identifié.
Le groupement « Sud » revendique des positions gagnées vers Kramatorsk
« Les unités du groupement "Sud", à la suite d'actions offensives actives, ont occupé des lignes et des positions plus avantageuses », a déclaré le chef du centre de presse du groupement, Vadim Astafiev, cité par Interfax. L'aviation et des munitions rôdeuses auraient frappé deux brigades mécanisées, une brigade d'assaut de montagne et une brigade de défense territoriale ukrainiennes dans les secteurs de Nikolaïevka, Nikolaïpolié, Kramatorsk, Orekhovatka, Sloviansk et Droujkovka.
Kramatorsk, Sloviansk et Droujkovka forment le dernier grand ensemble urbain du Donbass encore tenu par Kiev, dans le nord de la région de Donetsk. Le communiqué situe donc l'effort du groupement « Sud » face à cette agglomération, sans préciser à quelle distance ni de quelle ampleur sont les gains revendiqués.
Cinq autres groupements, d'une trentaine de localités
Selon les centres de presse des groupements « Nord » et « Ouest », leurs unités ont « amélioré leur position tactique » en vingt-quatre heures. Le chef du centre de presse du groupement « Nord », Vassili Mejevykh, cite des frappes contre trois brigades ukrainiennes dans les secteurs d'Oulanovo, de Soumy et de Pissarevka, dans la région de Soumy. Dans la région de Kharkiv, ajoute-t-il, des formations d'une brigade mécanisée, d'une brigade d'infanterie motorisée et d'un régiment d'assaut ont été visées près de Koudeïevka, Koupino, Vassilievka, Kazatchia Lopan et Svetlitchnoe.
Pour le groupement « Ouest », Ivan Bigma fait état de frappes contre quatre brigades dans les secteurs de Podliman, Pristen, Petrovka, Vessioloïe, Maïaki et Sviatogorsk. Le groupement « Est », par la voix de Dmitri Miskov, affirme avoir « progressé dans la profondeur de la défense adverse » face à des brigades d'assaut aéroporté, des régiments d'assaut et une brigade d'infanterie de marine, dans les secteurs d'Iegorovka, Pokrovskoïe-Zelenoïe, Korenovka, Novosolochino, Dolinka, Kolomitsy et Rybalskoïe.
Alexandre Savtchouk, pour le groupement « Centre », mentionne six brigades et deux régiments d'assaut visés près de Krasnopodolié, Grouzskoïe, Dobropolié, Sergueïevka, Roubejnoïe et Annovka. Enfin, Andreï Klinov indique que le groupement « Dniepr » a frappé une brigade mécanisée et une brigade d'assaut de montagne dans le secteur de Grigorievka, Orekhov et Malokaterinovka — soit le front de la région de Zaporijjia.
Le matériel mis en avant : drones, Starlink et guerre électronique
Ce qui frappe dans ces relevés, c'est la place prise par les équipements de drones. Les groupements revendiquent la destruction, en vingt-quatre heures, de dizaines de postes de commandement de l'aviation sans pilote, de centaines de drones à voilure fixe et de drones lourds de type multirotor, dont des appareils R-18. Le groupement « Ouest » revendique aussi deux roquettes de lance-roquettes multiple HIMARS de fabrication américaine, une pièce d'artillerie, trois mortiers, un dépôt de munitions de campagne et cinq stations de communication par satellite Starlink. Le groupement « Est » en revendique sept autres. Le groupement « Nord » cite pour sa part cinq stations de guerre électronique ukrainiennes de type « Damba ».
La récurrence des stations Starlink dans ces bilans est notable : le système satellitaire américain est devenu, selon ces communiqués eux-mêmes, une cible militaire identifiée en tant que telle.
Le ministère de la Défense met en scène ses armes
Sur son canal, le ministère russe de la Défense a diffusé samedi matin une séquence consacrée à un lance-roquettes multiple Ouragan, présenté comme ayant détruit un point d'appui fortifié ukrainien dans la région de Dnipropetrovsk. « La voie est maintenant ouverte pour nos troupes d'assaut », indique le message, rédigé sur un ton ouvertement martial.
Le quotidien Vzgliad, citant RIA Novosti et le ministère, rapporte de son côté l'action d'un chef de section de guerre électronique, le sous-lieutenant Alexandre Ichmourzine, qui aurait repéré les positions de véhicules spécialisés ukrainiens : après transmission du renseignement, artillerie et drones auraient détruit quatre stations radar adverses. Vzgliad rappelle par ailleurs que l'armée russe poursuit des frappes de précision contre des infrastructures et des navires servant selon elle à approvisionner les forces ukrainiennes, et que des drones Guéran ont visé des locomotives ferroviaires dans les régions d'Odessa, de Zaporijjia et de Soumy.
Sur le plan du discours, l'agence TASS cite Apti Alaoudinov, adjoint au chef de la Direction militaro-politique principale des forces armées russes, selon qui l'armée russe dispose d'un « avantage absolu » sur les forces ukrainiennes et « ne laisse aucun répit » à celles-ci, accroissant sa pression chaque jour.
Ce que ce relevé dit, et ce qu'il ne dit pas
Toutes ces informations émanent d'une seule partie : les centres de presse des groupements de l'armée russe. Aucune n'a fait l'objet d'une vérification indépendante, et la partie ukrainienne ne s'exprime pas dans les dépêches consultées. Le relevé comporte également des décomptes quotidiens de pertes humaines côté ukrainien, invérifiables par nature, qu'InfoRussie ne reproduit pas.
Les formules employées méritent attention. « Occuper des lignes plus avantageuses » et « améliorer sa position tactique » ne sont pas des annonces de conquête : aucune localité n'est déclarée prise. Les dizaines de noms cités le sont comme « secteurs » de frappes, ce qui n'indique ni contrôle ni progression du front. Un lecteur qui chercherait à reporter ces avancées sur une carte n'y parviendrait pas.
Enfin, ces bilans sont publiés quotidiennement selon le même format et par les mêmes signataires. Leur régularité et leur homogénéité relèvent d'un exercice de communication institutionnelle, et non d'un constat de terrain vérifié.