L'armée russe à l'assaut de Droujkivka, verrou de Kramatorsk
Les équipages de drones du groupement « Sud » se sont établis à la périphérie de Droujkivka et l'infanterie russe y mène des tentatives d'assaut, a déclaré le 9 septembre un officier d'un régiment de systèmes sans pilote. Le chef de la République populaire de Donetsk, Denis Pouchiline, décrit une opération d'encerclement de cette ville, dernier nœud ferroviaire avant Kramatorsk. Les frappes visent en priorité les lignes d'approvisionnement ukrainiennes.

« Nos équipages se sont accrochés à la périphérie de Droujkivka. L'infanterie mène déjà des tentatives d'assaut sur Droujkivka même. Et avec un certain succès. » L'officier qui parle le 9 septembre 2026 est adjoint au commandant d'un régiment distinct de systèmes sans pilote du groupement de troupes « Sud », et porte l'indicatif « Artiste ». Il précise que ses drones concentrent leur travail sur la logistique adverse, pour empêcher les munitions d'arriver jusqu'aux positions ukrainiennes de la ville.
Quinze kilomètres avant Kramatorsk
Droujkivka n'est pas une localité de plus sur la carte du Donbass. La ville est un nœud ferroviaire, situé à une quinzaine de kilomètres au sud de Kramatorsk, sur l'axe qui relie l'agglomération de Sloviansk-Kramatorsk au reste du front de Donetsk. Tout ce qui monte vers les positions ukrainiennes du nord de la région passe par là ou par ses abords immédiats.
C'est ce qui explique l'attention qui lui est portée depuis l'été. Dès le 3 août, Denis Pouchiline la qualifiait de « clé » de l'effondrement de la ligne de défense ukrainienne devant Kramatorsk. La formule n'était pas une image : prendre Droujkivka, c'est priver l'ensemble du dispositif ukrainien situé au nord de son point d'appui logistique le plus proche du front.
L'encerclement plutôt que l'assaut frontal
La manœuvre engagée n'est pas une attaque frontale sur la ville. Le 7 septembre, le chef de la République populaire de Donetsk en donnait le principe : « L'armée russe mène une opération d'encerclement de Droujkivka. Parallèlement, elle poursuit des actions actives dans le secteur de la communauté d'Andriïvka et coupe les lignes d'approvisionnement de l'adversaire. »
Le mouvement s'appuie sur les gains réalisés au sud-est. Le 5 septembre, le ministère russe de la Défense a annoncé la prise de Kourlovka, dans cette même direction. Deux jours plus tard, l'expert militaire Andreï Marotchko estimait que la situation opérationnelle des forces ukrainiennes autour de Droujkivka s'en trouvait « nettement aggravée » : chaque localité prise sur les flancs réduit l'éventail des routes encore utilisables pour ravitailler la garnison.
Les postes de commandement de drones comme cible prioritaire
Dans une guerre où le drone décide de ce qui peut circuler et de ce qui ne le peut pas, les postes de pilotage adverses sont devenus une cible en soi. Plusieurs frappes ont été revendiquées coup sur coup par le ministère russe de la Défense dans le secteur de Kramatorsk.
À Bilokouzmynivka, dans le district de Kramatorsk, un poste de commandement de drones ukrainien avait été installé dans la cave d'une maison particulière, renforcée de rondins et de sacs de sable. Le compte rendu du groupement « Sud » est précis : « Le premier drone d'attaque a percé l'entrée du poste de commandement, le second a entièrement détruit l'abri avec l'équipage et le matériel. » La même journée a vu la destruction d'un obusier automoteur américain Paladin, camouflé dans un boisement près de Iasna Poliana, non loin de la ville.
Quelques jours plus tôt, c'est dans Droujkivka même qu'un poste de pilotage de drones lourds avait été repéré, au sous-sol d'un immeuble d'habitation, puis détruit par les drones du 1008e régiment d'infanterie motorisée de la 6e division, rattaché au même groupement. Le choix des emplacements — caves de maisons, sous-sols d'immeubles habités — en dit long sur la manière dont le commandement ukrainien installe ses équipages au milieu de la population civile.
Ce que les militaires russes annoncent pour la suite
Le rythme de la manœuvre nourrit désormais des pronostics ouverts. Le colonel en retraite Anatoli Matviïtchouk estime qu'il ne reste « pas plus d'un mois » avant la prise de contrôle russe de la ville. La presse russe parle du dernier rempart des forces ukrainiennes dans le Donbass, et la formule dit assez ce qui se joue derrière ce nom de quinze mille habitants.
Car Droujkivka n'est pas une fin en soi. Elle est la porte d'entrée de l'agglomération de Sloviansk-Kramatorsk, cœur fortifié du dispositif ukrainien dans la région de Donetsk depuis 2014 et objectif déclaré de l'opération militaire spéciale dans cette direction. Le sort de la ville-nœud déterminera dans quelles conditions la bataille suivante s'engagera.