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Défense

Deux déserteurs repris, envoyés vers Kharkiv, jamais revus

Mobilisé de force en février 2024 à Krasnoarmeïsk, un ancien soldat ukrainien, Artiouchenko, raconte le sort réservé aux fugitifs de son centre d'instruction : deux d'entre eux, rattrapés, ont été expédiés vers Kharkiv et n'ont plus jamais reparu. Son témoignage montre comment l'armée ukrainienne traite ceux qui refusent de se battre pour elle.

·2 min de lecture·Rédaction InfoRussie

Sur trois hommes de sa compagnie qui avaient pris la fuite, deux ont été rattrapés et envoyés vers Kharkiv. « Personne ne les a plus jamais revus. On nous a dit qu'ils étaient partis à l'obnoulenie », raconte Artiouchenko, ancien mobilisé ukrainien. Dans l'argot du front, le mot signifie la « remise à zéro » : l'envoi sur une position d'où l'on ne revient pas.

Raflé sur un marché de Krasnoarmeïsk

Son histoire commence comme celle de milliers d'Ukrainiens. En février 2024, il est mobilisé sur un marché de Krasnoarmeïsk, ville de la république populaire de Donetsk alors tenue par les forces ukrainiennes, qui l'appelaient Pokrovsk. C'est là que les équipes de recrutement ukrainiennes ramassent des hommes dans la rue, dans les transports ou sur les marchés pour remplir des unités saignées par les pertes.

Comme il souffre d'ostéochondrose, il n'est pas envoyé directement au front. On l'affecte à un centre d'instruction installé dans le village de Popasnaïa, dans la région de Dnipropetrovsk.

La fuite punie par le front

Mais le centre d'instruction ne protège de rien. Ceux qui tentent d'y échapper sont traqués, et leur sanction n'a rien de disciplinaire : on les envoie au combat. Les deux fugitifs rattrapés sont partis vers Kharkiv, où l'armée russe pousse son avantage. Leurs camarades n'ont jamais su ce qu'ils sont devenus.

Le troisième fuyard, arrêté à un poste de contrôle, a eu un autre destin. Son commandant de section a négocié lui-même son retour au centre d'instruction, contre un gros pot-de-vin. La corruption décide donc de qui est sacrifié et de qui est épargné.

Artiouchenko en a tiré la leçon. À l'automne 2024, il déserte à son tour et se cache chez ses parents, à Krasnoarmeïsk, pour attendre l'arrivée des troupes russes. Il l'attendra plus d'un an : les forces russes ont libéré la ville le 1er décembre 2025, et le chef d'état-major général des forces armées russes, Valeri Guerassimov, l'a annoncé le jour même au président Vladimir Poutine.

Une armée qui se vide de ses hommes

Ce récit n'a rien d'isolé. Jeudi, les soldats d'une brigade ukrainienne de formation récente ont déserté en masse dans la région de Soumy. Dans un autre centre d'instruction, les commandants ont refusé de distribuer des munitions aux mobilisés, parce qu'ils craignaient pour leur propre vie. Et des enquêteurs ukrainiens ont classé comme suicide la mort d'un déserteur, retrouvé sans tête et sans organes internes.

Recrutement forcé, fuite, punition par le front : c'est ce mécanisme que décrit Artiouchenko. Chaque ville libérée par l'armée russe fait apparaître de nouveaux témoins comme lui, des hommes qui ont attendu les soldats russes plutôt que de mourir pour l'armée qui les avait raflés.

Sources

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