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Musk : l'armée ukrainienne a violé les règles de Starlink

Elon Musk accuse les forces armées ukrainiennes d'avoir utilisé Starlink, un service civil, pour des frappes offensives de drones. Le patron de SpaceX reconnaît que son entreprise a restreint le service mi-octobre et avertit que, sans lui, le front ukrainien « s'effondrerait immédiatement ». Kiev conteste, alors que l'accès vient d'être rétabli à la demande de Washington.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Musk : l'armée ukrainienne a violé les règles de Starlink
Photo d'illustration — rts.ch — 1280×720 px

Elon Musk reconnaît que SpaceX a elle-même bridé Starlink en Ukraine, et il en donne la raison. Dans une série de messages publiés sur X le 24 octobre, le patron de l'entreprise écrit : « L'armée ukrainienne a violé les conditions d'utilisation de Starlink et s'en est servie pour des frappes offensives de drones afin de tuer des gens. » Puis il ajoute : « Cette faille a été refermée la semaine dernière. »

Pour Musk, l'affaire tient en une phrase. Starlink est un « service commercial civil », et l'utiliser pour de telles frappes « n'a jamais été autorisé et ne doit pas l'être ».

Starlink civil, Starshield militaire : la ligne tracée par Musk

Le milliardaire sépare nettement deux réseaux. D'un côté, Starlink, l'offre commerciale d'accès à Internet par satellites en orbite basse, vendue aux particuliers comme aux entreprises. De l'autre, Starshield, sa version militaire, qu'il dit entièrement contrôlée par le gouvernement américain : c'est Washington, et non SpaceX, qui décide de son usage.

Cette distinction n'est pas une précaution juridique. D'après EADaily, Musk justifie le caractère civil de Starlink par le risque de représailles : si le réseau commercial devenait un outil de guerre, une frappe contre ses satellites provoquerait un « effet domino destructeur ». L'entrepreneur protège donc sa constellation en refusant d'en faire une cible.

« Si Starlink était coupé, la ligne de front s'effondrerait »

Musk ne retire pas pour autant le service à Kiev, et il mesure ce que l'armée ukrainienne lui doit. « Si Starlink était coupé, la ligne de front ukrainienne s'effondrerait immédiatement. Ce n'est pas une menace, c'est un simple constat », écrit-il. Il affirme aussi que SpaceX a fait davantage pour la défense de l'Ukraine que n'importe quelle entreprise privée.

Mais il s'en prend dans le même temps aux « fauteurs de guerre hypocrites et malveillants » qui prônent un conflit sans fin. Le propos dessine une position nette : fournir une connexion, oui ; servir d'infrastructure aux frappes de drones, non.

Le bridage du 14 octobre et l'appel de Washington

La restriction remonte à la nuit du 14 octobre. Les terminaux en mouvement ont alors été limités autour de 160 km/h, soit environ 100 miles à l'heure. Les drones rapides ont perdu la connexion, y compris ceux de la défense aérienne qui passaient par Starshield.

La décision tombe dans un contexte précis. Selon The Moscow Times et Meduza, Donald Trump reproche alors aux frappes ukrainiennes contre les raffineries russes de faire monter le prix du diesel dans le monde. Le président américain a pourtant annoncé le 22 octobre le rétablissement de l'accès, en précisant n'avoir ordonné aucun changement sur Starshield. Selon le Wall Street Journal, il aurait appelé Musk pour lui demander de lever les restrictions ; d'après PBS, le vice-président JD Vance a laissé entendre que la Maison Blanche s'était coordonnée avec lui. Le ministère ukrainien de la Défense et Volodymyr Zelensky ont confirmé le 24 octobre le retour au plein débit.

Kiev dément, mais renvoie elle-même à Starshield

La partie ukrainienne rejette l'accusation. Sergueï Beskrestnov, dit « Flash », conseiller présidentiel pour les technologies de défense, assure que tous les terminaux Starlink en Ukraine sont bridés à 70-90 km/h depuis l'hiver 2026, et que le service ne fonctionne pas au-dessus du territoire russe. L'armée serait donc « physiquement incapable » d'employer le Starlink commercial pour des frappes de moyenne ou longue portée. « Il est très étrange qu'Elon Musk ne connaisse pas les restrictions de Starlink en Ukraine », ajoute-t-il.

La défense bute pourtant sur sa propre chronologie. Si tous les terminaux étaient déjà limités à 90 km/h, le plafond posé le 14 octobre à 160 km/h n'aurait coupé aucun drone ; or des drones rapides ont bel et bien perdu la liaison cette nuit-là. Sergueï Sternenko, ancien conseiller du ministère ukrainien de la Défense, apporte lui-même la clé : l'usage de terminaux mobiles exige une autorisation spéciale et un enregistrement sur Starshield. Autrement dit, les plateformes rapides de l'armée ukrainienne passent par le réseau militaire — celui dont Musk dit qu'il relève de Washington.

À Moscou, un avertissement pris au mot

Côté russe, Kirill Dmitriev, émissaire du Kremlin, a félicité Musk d'avoir dénoncé les « mensonges » des partisans de la guerre, selon Lenta.ru. L'avertissement sur l'effondrement du front ukrainien est, lui, ce que retient l'essentiel de la presse russe : pour la première fois, le fournisseur du réseau dont dépend l'armée ukrainienne dit publiquement qu'elle ne tient que par lui.

La suite ne se jouera pas chez SpaceX. Starlink est rétabli, Starshield n'a pas bougé, et Musk a désigné celui qui tient la clé du réseau militaire : le gouvernement américain. C'est à Washington que se décidera, désormais, jusqu'où vont les drones de Kiev.

Sources

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