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Starshield : Rubio recadre Zelensky, Kiev privé d'accès

L'Ukraine n'a pas accès à Starshield, la version militaire du réseau satellitaire de SpaceX. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio l'a confirmé samedi : Kiev l'a demandé pour frapper en profondeur le territoire russe, et la question reste « en discussion ». Il a aussi écarté sèchement les accusations de Vladimir Zelensky sur le bridage de Starlink.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Starshield : Rubio recadre Zelensky, Kiev privé d'accès
Photo d'illustration — chicagotribune.com — 6000×4000 px

L'Ukraine n'a pas accès à Starshield, le système de communication satellitaire militaire de SpaceX, et la demande de Kiev de s'en servir pour frapper en profondeur le territoire russe n'est pas tranchée. Marco Rubio, secrétaire d'État et conseiller du président pour la sécurité nationale, l'a dit samedi 17 octobre aux journalistes sur la base d'Andrews, dans le Maryland, dans des propos diffusés ensuite par le département d'État.

« Ils ont demandé à y avoir accès pour mener des frappes en profondeur à l'intérieur de la Russie. Ils n'y ont pas accès pour le moment. C'est en discussion », a-t-il déclaré.

Starlink est un produit commercial, Starshield un outil de l'armée américaine

Rubio a tenu à séparer nettement les deux systèmes, que le débat public confond souvent. « Starlink est un produit commercial, d'accord ? Il est donc réglementé et traité comme un produit commercial. Starshield est un produit de défense, un produit militaire », a-t-il expliqué. Il a précisé que Starshield fait partie des moyens dont disposent les forces américaines et qu'elles l'emploient elles-mêmes : « Nous discutons de la manière dont ils voudraient l'utiliser. »

Lancé en 2022 et fourni au gouvernement américain, Starshield est conçu pour un usage militaire. Il permet un chiffrement plus poussé pour traiter des informations sensibles. SpaceX indique qu'il sert d'abord aux agences de défense des États-Unis et à d'autres « partenaires gouvernementaux ». Ouvrir ce réseau à Kiev, ce ne serait donc plus vendre un abonnement : ce serait lui confier un outil de l'armée américaine.

« Je ne suis pas sûr que Zelensky sache de quoi il parle »

Le différend est pourtant né du côté de Starlink. En milieu de semaine, des responsables ukrainiens ont signalé que les terminaux Starlink cessaient de fonctionner sur les drones dépassant 160 km/h. Samedi, Vladimir Zelensky a affirmé que des essais menés sur ce matériel dans des pays de l'Union européenne montraient que ces restrictions relevaient d'une « opération planifiée ». Selon lui, les satellites ne suivent plus les antennes des objets volant au-delà de cette vitesse, ce qui pénalise les drones ukrainiens.

Rubio a rejeté cette version : « Je ne sais pas ce que Zelensky a dit. Je ne suis pas sûr que Zelensky sache de quoi il parle, mais ce n'était pas délibéré. Nous n'y sommes pour rien. » Il a ajouté que « personne à la Maison Blanche » n'avait ordonné de ralentir la connexion pour empêcher certains drones de l'utiliser, et il a qualifié ces informations de « catégoriquement fausses ». D'après lui, le service est revenu à son niveau antérieur.

Zelensky soutient au contraire que les restrictions sont toujours en place. Un responsable ukrainien a confié au site Axios que SpaceX avait invoqué « un problème technique ». De son côté, le Telegraph a écrit vendredi qu'Elon Musk avait lui-même demandé à Donald Trump de plafonner les débits de Starlink pour l'Ukraine. Reuters a rapporté pour sa part que la Maison Blanche avait demandé au Pentagone de ralentir Starshield. Donald Trump a démenti toute implication, et il a dit ne pas croire Musk responsable.

Le patron de SpaceX avait fixé sa ligne dès le 14 octobre. L'ancien ministre ukrainien de la Défense Mikhaïl Fedorov venait d'annoncer le retour de Starlink jusqu'à 160 km/h et la levée complète des restrictions sur la version militaire. Musk lui a répondu que Starlink était destiné à des usages civils et défensifs et ne devait pas servir à des opérations militaires offensives, un emploi qu'il juge inacceptable pour une entreprise commerciale.

Les raffineries russes au cœur de la brouille entre Trump et Kiev

Cette passe d'armes s'inscrit dans une brouille plus large entre Washington et Kiev, dont l'enjeu est l'énergie. Début octobre, Donald Trump a levé les sanctions sur les exportations russes de gazole pour freiner la hausse des prix de l'énergie avant les élections de mi-mandat. Vendredi, il est allé plus loin : au nom de la sécurité nationale, il a suspendu de nouvelles sanctions visant le commerce russe de pétrole et de gaz, ainsi que les pays acheteurs, quelques jours avant leur entrée en vigueur prévue par une loi qu'il avait signée le mois dernier. Démocrates et républicains l'ont critiqué.

Le président américain a aussi pressé l'Ukraine de cesser ses frappes contre les raffineries russes, qu'il rend responsables en partie de la cherté de l'énergie. Zelensky, qui a dénoncé samedi l'assouplissement des sanctions, a dit se sentir trahi. Donald Trump lui a répondu qu'il n'était « pas quelqu'un de bien avec qui traiter » et qu'il devrait être remplacé. Le Bureau du président ukrainien était déjà fragilisé par l'affaire de l'adjointe Iryna Moudra, révoquée par décret le 19 août puis écrouée.

La demande ukrainienne sur Starshield arrive donc au pire moment pour Kiev. Washington ne doit pas trancher un réglage technique mais une décision politique : mettre ou non un outil réservé à ses propres forces au service de frappes en profondeur sur la Russie, au moment même où la Maison Blanche demande à l'Ukraine d'épargner les raffineries russes.

Sources

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