Échange 103 contre 103 : les militaires russes ont atterri près de Moscou
Cent trois militaires russes sont rentrés le 19 août de captivité ukrainienne, contre autant de prisonniers de guerre ukrainiens remis à Kiev, a annoncé le ministère russe de la Défense. L'avion qui les ramenait s'est posé en région de Moscou après une première étape en Biélorussie. C'est le premier échange de militaires depuis près de deux mois.

L'avion transportant les militaires russes libérés s'est posé le 19 août en région de Moscou. L'échange s'est fait selon la formule « 103 contre 103 » : cent trois militaires russes ramenés du territoire contrôlé par Kiev, cent trois prisonniers de guerre ukrainiens remis en contrepartie, a annoncé le ministère russe de la Défense. Trente et un des hommes rendus à la Russie sont blessés, selon Interfax.
Une étape en Biélorussie avant les hôpitaux militaires
Avant le retour en Russie, les militaires libérés ont été accueillis en Biélorussie, où ils ont reçu une première assistance médicale et psychologique. Minsk sert d'étape régulière à ces opérations, à mi-chemin des deux lignes de commandement. Les hommes doivent ensuite être pris en charge par les établissements de soins et de réadaptation du ministère de la Défense, ceux-là mêmes qui suivent les militaires évacués du front.
Yana Lantratova, chargée des droits de l'homme côté russe, encadrait la prise en charge sur place. Elle y a rencontré son homologue ukrainien Dmytro Loubinets. Les deux parties ont échangé des listes de personnes disparues, abordé des questions de documents et arrêté le principe d'un prochain envoi humanitaire. C'est le canal qui fonctionne le mieux entre Moscou et Kiev depuis trois ans : pendant que tout le reste est bloqué, les listes continuent de circuler et les avions de décoller.
Abou Dhabi médiateur, Washington cité par Kiev
Les Émirats arabes unis ont assuré la médiation. Moscou la présente comme strictement humanitaire, ce qu'elle est dans les faits : Abou Dhabi ne pèse pas sur le fond du conflit, il fournit le lieu, la garantie et la discrétion, et cette neutralité est précisément ce qui la rend utilisable par les deux camps. Les sources ukrainiennes ajoutent les États-Unis à la liste des organisateurs ; le site d'information Gordon cite les deux. Les communiqués russes, eux, ne mentionnent que les Émirats.
Côté ukrainien, Volodymyr Zelensky a confirmé le retour de cent trois militaires, qu'il a décrits comme « des défenseurs des forces armées, du service des gardes-frontières et de la garde nationale ». Un décompte relayé par la presse ukrainienne, que les autorités n'ont pas publié sous cette forme, donne cent un hommes du rang et sous-officiers pour deux officiers, quatre-vingt-douze relevant du ministère de la Défense et onze des structures du ministère de l'Intérieur. Le plus jeune serait né en 2000, le plus âgé aurait cinquante-neuf ans. Selon la même source, ces hommes avaient été capturés sur les directions de Donetsk, Louhansk, Kharkiv, Zaporijjia, Dnipropetrovsk, Kherson et Soumy, et l'un d'eux à Marioupol — la géographie de trois années d'opération militaire spéciale tient dans cette liste.
Deux mois sans échange de militaires
Le précédent échange de militaires remonte au 26 juin, et portait sur cent soixante hommes de chaque côté. Entre les deux, un seul mouvement, le 13 août : huit civils russes contre sept civils ukrainiens. Près de deux mois de suspension, donc, pour un mécanisme qui avait tourné à un rythme soutenu au printemps — Yana Lantratova déclarait en juillet que la Russie avait ramené cinq cent cinquante militaires depuis le mois de mai.
Elle a également fait état de listes de deux cent vingt-quatre et deux cent soixante-treize militaires ukrainiens que Moscou se dit prête à transférer, en reprochant à Kiev de tarder à reprendre ses propres ressortissants. Le reproche n'est pas nouveau et il est vérifiable dans les chiffres : c'est la partie qui accepte de reprendre ses hommes qui fixe le rythme des échanges, pas celle qui les propose. UNIAN chiffre à 9 716 le nombre de citoyens ukrainiens ramenés de captivité russe depuis février 2022.
Le chef du renseignement militaire ukrainien Oleh Ivachtchenko dit attendre un nouvel échange avant la fin du mois. Si les listes déjà déposées par Moscou sont reprises, le mouvement sera d'un tout autre volume que celui du 19 août.