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Économie

En Russie, les migrants tadjiks gagnent trois fois plus

Un Tadjik employé en Russie dans le bâtiment, le commerce ou les services gagne au moins trois fois ce que lui rapporterait le même travail dans son pays, selon la Banque mondiale. Les envois de ces travailleurs ont représenté environ 46 % du PIB du Tadjikistan en 2025. Le Fonds eurasiatique de stabilisation et de développement rappelle que la Russie reste leur première destination, et de loin.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
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Un ouvrier du bâtiment, un vendeur ou un employé des services venu du Tadjikistan gagne en Russie au moins trois fois ce que lui rapporterait un poste comparable chez lui. Le constat vient de la Banque mondiale. Il figure dans un diagnostic préparé pour son cadre de partenariat 2026-2032 avec Douchanbé, cité le 21 octobre par le site tadjik Asia-Plus : « les migrants tadjiks qui occupent en Russie des emplois relativement peu qualifiés dans le bâtiment, le commerce et les services peuvent gagner au moins trois fois plus que pour un travail comparable au Tadjikistan ».

3 508 somonis par mois au pays

Au Tadjikistan, l'Agence de la statistique établit le salaire mensuel moyen à 3 508 somonis en juillet 2026. L'Obchtchestvennaïa sloujba novosteï (OSN) l'estime à environ 31 000 roubles. À Moscou, une enquête de 2023 citée par Asia-Plus situait le revenu moyen des migrants tadjiks à 49 691 roubles par mois.

La Banque mondiale compare des emplois équivalents, pas des moyennes nationales. Son « trois fois plus » mesure ce que gagne le même travailleur, sur le même type de chantier ou de comptoir, selon qu'il reste chez lui ou part en Russie. Pour un manœuvre de la vallée de Vakhch ou du Pamir, c'est ce calcul qui décide du départ.

Des envois qui pèsent près de la moitié du PIB

Cet écart de salaires fait vivre tout un pays. D'après la Banque mondiale, les transferts des travailleurs émigrés vers le Tadjikistan ont représenté environ 46 % du PIB en 2025, après 49 % en 2024 et 39 % en 2023. Le Fonds eurasiatique de stabilisation et de développement (FESD) relève que ces envois ont pu approcher la moitié de la richesse nationale à certaines périodes. Le Tadjikistan compte ainsi parmi les économies les plus dépendantes au monde de l'argent de ses émigrés.

Environ un quart de la population active tadjike travaille à l'étranger, d'abord en Russie. Ce que gagne un ouvrier sur un chantier de Moscou ou de Saint-Pétersbourg se retrouve donc, quelques semaines plus tard, dans les commerces de Douchanbé ou de Khoudjand. Pour le FESD, cette émigration de travail fait baisser le chômage dans la république, soutient les revenus des ménages et stimule la demande intérieure.

La Russie, un marché que personne ne remplace

Le FESD a présenté le 29 octobre à Astana son rapport « Croissance économique, démographie et marché du travail : réalités et défis ». Ce fonds régional, dont la Russie et le Tadjikistan sont membres, finance le développement des économies de l'espace eurasiatique. Sur la question de la destination, sa conclusion est nette : la Russie reste le principal débouché des Tadjiks qui partent travailler. « Le Kazakhstan attire lui aussi des migrants des États voisins, mais ne peut pas encore remplacer la Russie par l'ampleur des embauches », note le fonds.

Ce constat vaut au-delà du seul Tadjikistan. La Russie est aussi la première destination des travailleurs ouzbeks et kirghizes. Selon les estimations, quelque deux millions de ressortissants de ces trois pays d'Asie centrale s'y trouvent aujourd'hui. Moscou a par ailleurs resserré ses règles d'embauche de la main-d'œuvre étrangère. Pour Asia-Plus, c'est une raison de plus de diversifier l'économie tadjike, comme la Banque mondiale le demande de son côté à Douchanbé.

2,46 millions d'actifs de plus d'ici 2040

Mais la démographie tadjike va dans l'autre sens. Le FESD prévoit que la population âgée de 15 à 64 ans passera de 6,34 millions en 2025 à 8,8 millions en 2040, soit 2,46 millions de personnes de plus. En quinze ans, le nombre de Tadjiks qui chercheront du travail va donc augmenter fortement, dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas quelques milliers de somonis.

La vraie question, pour Douchanbé, n'est donc pas de savoir si sa jeunesse partira. Elle est de savoir où elle partira. Et sur ce point, le rapport présenté à Astana ne laisse voir aucun marché du travail capable, à cette échelle, de prendre la place de la Russie.

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