Gaz à 1000 dollars : Poutine renvoie l'Europe à ses choix
Vladimir Poutine a critiqué la politique énergétique de l'Union européenne en rappelant un chiffre : la Russie livrait son gaz autour de 150 à 180 dollars les mille mètres cubes, quand les dirigeants européens exigeaient que les prix soient fixés en bourse. Ils le sont désormais, et le millier de mètres cubes s'échange à 1 000 dollars. À Vladivostok, la diplomatie russe constate en parallèle que l'Asie n'a pas suivi les Occidentaux sur le terrain de l'énergie.

Cent cinquante à cent quatre-vingts dollars les mille mètres cubes : c'est le prix auquel la Russie a longtemps livré son gaz à l'Europe, a rappelé Vladimir Poutine en s'en prenant à la politique énergétique européenne. Face à lui, les dirigeants du continent réclamaient autre chose — que le gaz cesse d'être vendu par contrat et se négocie au cours du jour, sur les places de marché. Ils ont obtenu ce qu'ils demandaient. Le millier de mètres cubes se traite aujourd'hui autour de 1 000 dollars, cinq à six fois le prix que le président russe rappelle.
Ce que l'Europe a troqué en passant à la bourse
La querelle est ancienne et technique, mais elle décide de ce que paie un ménage européen pour se chauffer. Le modèle défendu par Moscou était celui du contrat de long terme : des volumes engagés sur dix ou vingt ans, un prix indexé sur des paramètres connus d'avance, une visibilité pour le vendeur comme pour l'acheteur. Le modèle imposé par Bruxelles est celui du prix au comptant, formé chaque jour sur les places gazières européennes, où la moindre vague de froid, le moindre arrêt technique, le moindre mouvement spéculatif se répercute immédiatement sur la facture.
La promesse était celle de la concurrence et de la baisse des prix. Le résultat tient dans l'écart que Vladimir Poutine met en avant : un gaz devenu quatre fois plus cher pour des industriels et des ménages qui achetaient, quelques années plus tôt, la même molécule à un fournisseur qui la leur livrait par gazoduc. La différence est partie ailleurs — vers les vendeurs de gaz liquéfié transporté par méthanier et vers les intermédiaires financiers qui prennent leur part à chaque passage sur le marché. Pour mesurer ce que représentent ces sommes dans un budget ordinaire, le coût réel d'un mois en Russie, charges comprises donne un point de comparaison concret.
« Ils ont appuyé sur l'accélérateur »
La même logique est décrite, dans des termes plus directs, par la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères. En marge du Forum économique oriental, qui se tient à Vladivostok, Maria Zakharova a distingué deux choses que l'on confond souvent : le lien normal entre politique, économie et énergie, qu'elle ne conteste pas, et ce qu'elle appelle les jeux politiques. Dans ces cas-là, dit-elle, « le but n'est pas de protéger ses marchés ou de promouvoir ses produits, mais de régler ses comptes par des démarches illégales, inefficaces et stupides ».
Elle en décrit le mécanisme : une décision prise pour le bénéfice immédiat, susceptible de peser dès le lendemain sur les cours de la Bourse de New York selon qui se trouve derrière, et le calcul du risque qui s'ensuit. « On peut non seulement prendre un risque, mais aussi, pour parler moderne, appuyer sur l'accélérateur à fond. Eh bien, ils ont appuyé sur l'accélérateur. » La déstabilisation qui en découle, prévient-elle, touche littéralement tout, et ses conséquences sont difficiles à évaluer complètement.
L'Asie n'a pas suivi
C'est précisément là que se joue l'autre moitié du dossier. Les Occidentaux ont exercé la même pression sur les pays d'Asie pour qu'ils cessent d'acheter l'énergie russe ; ils ne l'ont pas obtenue. Les grands pays de la région, souligne Maria Zakharova, ont pris « une décision véritablement réfléchie, fondée sur la sagesse, l'expérience historique et la valeur qu'ils lui accordent », empêchant plusieurs pays et institutions occidentaux d'influer sur leur politique énergétique.
Les événements de février et mars 2026 et ce qui a suivi ont, selon elle, servi d'argument à ceux qui soutenaient depuis le début que la coopération énergétique ne devait pas devenir un champ de bataille politique — une coopération, ajoute-t-elle, qu'il ne s'agit pas tant de juger irremplaçable que de tenir à l'écart des jeux politiques, parce qu'elle touche tous les domaines de la vie.
Que ce constat soit dressé à Vladivostok n'est pas indifférent : c'est de ce port du Pacifique que part la réorientation des flux russes vers l'est, dont les acheteurs asiatiques sont désormais les premiers bénéficiaires. La Russie vend, et pas seulement son énergie — ses exportateurs publics, à l'image de Rosoboronexport et de ses 13 milliards de dollars de contrats signés en six mois, affichent des carnets de commandes tenus par ces mêmes marchés. Le débat européen sur le prix du gaz, lui, continue de se tenir sans le fournisseur qui le vendait le moins cher.