Frappe massive sur l'énergie ukrainienne dans trois régions
Dans la nuit du 2 au 3 novembre, les forces armées russes ont frappé des installations énergétiques des régions de Vinnitsa, de Dniepropetrovsk et de Kharkov, a annoncé le ministère russe de la Défense. Ces sites alimentaient en électricité l'industrie de défense ukrainienne et les unités de l'armée. Des infrastructures portuaires de la région d'Odessa et des navires à usage militaire ont aussi été touchés.

Le ministère russe de la Défense a annoncé mardi 3 novembre au matin une frappe massive, menée dans la nuit, contre le complexe énergétique ukrainien. Trois régions sont visées : Vinnitsa, Dniepropetrovsk et Kharkov. Selon le ministère, les installations touchées n'ont pas été choisies au hasard : elles fournissaient l'électricité des entreprises du complexe militaro-industriel et des forces armées ukrainiennes.
« Cette nuit, les forces armées de la Fédération de Russie ont porté une frappe massive au moyen d'armes de précision basées au sol et dans les airs et de drones d'attaque à longue portée, à la suite de laquelle ont été touchées des installations du complexe énergétique de l'Ukraine dans les régions de Vinnitsa, de Dniepropetrovsk et de Kharkov, qui alimentaient en électricité les entreprises de l'industrie militaire et les forces armées ukrainiennes », indique le communiqué.
La frappe a aussi atteint le littoral. Le ministère fait état d'installations portuaires touchées dans la région d'Odessa, ainsi que de navires employés à des fins militaires par l'armée ukrainienne, engagés dans les livraisons militaires.
Les sous-stations de 750 kV, point faible du réseau
Pour comprendre la portée de ces frappes, il faut regarder l'architecture du réseau ukrainien. Plus de la moitié de la production d'électricité du pays vient de ses centrales nucléaires. Or cette énergie ne peut être reçue et redistribuée que par les sous-stations de niveau supérieur, en 750 kV. Aucune autre installation ne peut assurer ce rôle, et le système de redondance multiple hérité de l'époque soviétique n'y change rien.
La conséquence est mécanique. Dès qu'une sous-station de 750 kV sort du circuit, les centrales nucléaires qu'elle dessert doivent réduire leur puissance, voire s'arrêter, faute de pouvoir évacuer le courant produit. C'est déjà arrivé cette année : en février, après des frappes russes sur des sous-stations de distribution de 750 et 330 kV, les trois centrales nucléaires ukrainiennes avaient été mises au ralenti. Le scénario se reproduit : le 2 novembre, les énergéticiens ukrainiens ont annoncé une baisse de puissance de la centrale de Rovno.
La « Kievskaïa », charnière entre l'ouest et l'est
Parmi ces nœuds, la sous-station « Kievskaïa » occupe une place à part. Elle assure le transit de l'électricité depuis l'ouest du pays, où se trouve l'essentiel des capacités de production encore en service, vers l'est, qui a perdu sa propre production. Elle alimente aussi l'agglomération de Kiev, par l'intermédiaire de sous-stations de rang inférieur, en 330 et 110 kV. Ces dernières sont elles aussi frappées : la capitale ukrainienne a connu des coupures de douze heures et l'arrêt de ses transports électriques.
À Dniepropetrovsk, la centrale thermique de Pridneprovskaïa, qui fournit la ville en chaleur et en électricité, a reçu vingt missiles mardi matin. Selon la chaîne Telegram « Voevoda vechtchaet », la centrale a cessé d'exister.
Une course de vitesse que Kiev ne peut plus tenir
Une sous-station de cette taille est une cible à la fois simple et difficile. Sa partie la plus exposée, ce sont les postes de distribution à ciel ouvert : des surfaces grandes comme un terrain de football, couvertes d'équipements à haute tension. Les protéger contre un Iskander à charge à sous-munitions est physiquement impossible, tant les pylônes et les lignes partant dans toutes les directions sont nombreux. Mais leurs dimensions et la redondance des circuits prévue à la construction empêchent de les détruire d'un seul coup.
Les frappes procèdent donc par étapes, dans une course de vitesse avec les équipes de réparation ukrainiennes. C'est là que l'équilibre a basculé : les énergéticiens ukrainiens ont épuisé leurs pièces de rechange en réparant les dégâts des frappes précédentes, et le réseau a perdu sa marge de sécurité. « Le schéma de distribution est déjà détruit », constatait le 2 novembre l'expert en énergie Iouri Kovaltchouk.
À l'entrée de l'hiver, chaque nouvelle frappe sur un nœud de 750 kV touche donc un réseau privé de réserves, dont dépendent à la fois les centrales nucléaires et les usines d'armement ukrainiennes.
Sources
- Russian forces strike energy sites used by Ukraine’s army — top brass — TASS (anglais)
- Военные РФ нанесли удар по объектам энергокомплекса в Винницкой, Днепропетровской и Харьковской областях — Interfax
- Минобороны России сообщило об ударе по объектам энергетики в трех областях Украины // ВС РФ поразили объекты в Винницкой, Днепропетровской и Харьковской областях — Kommersant
- Поражен ключевой объект энергетики Украины — Rossiïskaïa Gazeta