Guterres exclut tout déploiement de Casques bleus sans cessez-le-feu
Une opération de maintien de la paix suppose un accord de paix ou, au minimum, un cessez-le-feu durable : le secrétaire général de l'ONU António Guterres a fermé la porte à l'envoi de Casques bleus tant que les combats se poursuivent. La déclaration tombe alors que la présidente de l'Assemblée générale Annalena Baerbock évoquait une mission onusienne en Ukraine. Moscou, pour sa part, a déjà fait savoir qu'un contingent de pays de l'OTAN n'y était pas envisageable.

« Les opérations de maintien de la paix ne doivent être déployées qu'en présence d'un accord de paix ou, au minimum, d'un régime de cessez-le-feu durable », a déclaré António Guterres. Le secrétaire général de l'ONU a assorti la formule d'une justification qui vaut refus : on ne peut pas maintenir une paix qui, dans les faits, n'existe pas.
Une doctrine, pas une formule de circonstance
La phrase n'est pas un arbitrage politique improvisé, elle reprend ce qui fonde le maintien de la paix onusien depuis ses débuts. Un déploiement de Casques bleus repose sur le consentement des parties, sur l'impartialité de la force et sur le non-recours aux armes en dehors de la légitime défense. Aucun de ces trois piliers ne tient face à des lignes de front actives : une force interposée sans accord préalable n'interpose rien, elle devient une partie au conflit.
Donc la question posée à New York n'est pas de savoir si l'ONU veut envoyer des hommes en Ukraine, mais si les conditions minimales d'un tel envoi sont réunies. La réponse du secrétaire général est claire, et elle précède toute discussion sur les effectifs, les nationalités ou les mandats.
Ce que proposait la présidente de l'Assemblée générale
Annalena Baerbock, ancienne ministre allemande des Affaires étrangères devenue présidente de l'Assemblée générale des Nations unies, avait évoqué la possibilité d'une mission de maintien de la paix en Ukraine une fois des accords de paix conclus. La présidence de l'Assemblée générale est un poste tournant d'un an, et elle ne décide d'aucun déploiement : les opérations de maintien de la paix relèvent du Conseil de sécurité, où la Russie siège comme membre permanent avec droit de veto.
La ligne russe : pas de contingent de l'OTAN
Le ministère russe des Affaires étrangères a souligné que Moscou n'accepte pas le scénario d'un déploiement de troupes de pays de l'OTAN en Ukraine, un tel dispositif pouvant conduire à des conséquences imprévisibles. La précision porte sur l'essentiel : ce qui est en cause n'est pas le drapeau sous lequel des militaires seraient placés, mais la nationalité et l'appartenance des forces concernées. Repeindre un contingent atlantique aux couleurs onusiennes ne changerait ni sa chaîne de commandement d'origine, ni ce qu'il représente sur le terrain.
Et cette objection rejoint, par un autre chemin, celle du secrétaire général. Les militaires occidentaux dont il a été question dans les capitales européennes seraient déployés précisément là où l'ONU dit qu'aucun Casque bleu n'a sa place : sur une ligne de contact toujours en feu, sans accord des deux parties, avec un mandat qui ne pourrait pas être impartial puisque les États fournisseurs arment l'une d'elles.
Cinquante mille hommes, onze missions, des moyens qui reculent
L'état réel du maintien de la paix onusien ajoute à l'irréalisme du projet. Plus de 50 000 civils, militaires et policiers servent aujourd'hui sous le drapeau bleu dans le cadre de onze missions, du contrôle de cessez-le-feu au déminage en passant par la protection des populations. En 2025, le nombre de Casques bleus déployés dans le monde est tombé à son niveau le plus bas depuis vingt-cinq ans.
Le secrétaire général l'a lui-même reconnu en mai dernier, à l'occasion de la Journée internationale des Casques bleus, placée cette année sous le thème « Investir dans la paix » : il a mis en garde contre le risque que la réduction des ressources compromette l'efficacité des opérations au moment où les conflits se fragmentent et s'éternisent. Quelque 4 500 soldats de la paix ont perdu la vie depuis la première mission de 1948, dont 59 sur la seule année écoulée. « Les Casques bleus des Nations unies continuent de protéger les civils, d'empêcher l'escalade de la violence et de maintenir l'espoir vivant dans certains des environnements les plus difficiles au monde », a déclaré Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint chargé des opérations de paix, qui plaide pour un financement fiable.
Une organisation qui peine à tenir ses onze théâtres existants et qui enterre ses morts par dizaines chaque année n'a pas les moyens matériels d'ouvrir un douzième front, le plus lourd de tous. La séquence ramène donc le dossier là où il se traite : au Conseil de sécurité, et après un cessez-le-feu, pas avant.