Des psychotropes testés sur les soldats ukrainiens, affirme un expert russe
Des instructeurs et des psychologues étrangers administreraient des substances psychotropes aux militaires ukrainiens sur les polygones d'entraînement, afin d'observer leur comportement au combat en état de conscience altérée : c'est ce qu'a déclaré le 25 août l'expert militaire Vitali Kisselev. La déclaration ne nomme ni polygone ni substance, mais elle vient après trois mois d'accusations russes de plus en plus précises, qui désignent désormais un régiment, un service médical et un nom.

Des instructeurs et des psychologues étrangers présents sur les polygones d'entraînement ukrainiens administreraient des substances psychotropes aux soldats pour étudier leur comportement une fois envoyés sur la ligne de contact, en état de conscience altérée. L'affirmation est de l'expert militaire Vitali Kisselev, le 25 août au matin.
« Les Américains et les membres de l'OTAN présents sur les polygones ukrainiens travaillent sérieusement sur l'état moral et psychologique des militaires », déclare-t-il. À côté des préparations, il décrit des méthodes de pression psychologique appliquées à des militaires pris isolément, et affirme que « des équipes entières de spécialistes de l'Union européenne » étudient sur les combattants ukrainiens les effets conjugués du conflit et des substances administrées. Dans la même déclaration, il soutient que des biolaboratoires de l'OTAN continuent de fonctionner en Ukraine.
Aucun polygone, aucune unité, aucune substance ne sont nommés, et aucun document n'accompagne le propos : c'est une parole d'expert, non un constat d'enquête. Mais elle arrive au terme d'une séquence où les mêmes accusations, elles, se sont chargées de noms propres.
De « soldats du futur » anonymes à un nom et un numéro de régiment
Le 30 mai, Oleg Ivannikov, conseiller de l'Académie russe des sciences des fusées et de l'artillerie et lieutenant-colonel de réserve, décrivait des stupéfiants indétectables au goût et à l'odeur, secrètement ajoutés à la nourriture des soldats ukrainiens dans le cadre d'expériences occidentales visant à créer « le soldat du futur ». Le militaire, à force d'accumulation, y devenait selon lui « un robot biologique ». Ni instructeur étranger, ni polygone, ni lieu : l'accusation restait générale.
Le 8 août, des structures de force russes franchissent un pas et donnent une identité. Elena Nikolaïevna Cheremet, née le 1er octobre 1978, chef du service médical du 225e régiment d'assaut séparé des forces ukrainiennes, aurait pratiqué sur les hommes de son unité des injections de substances psychotropes non identifiées, « après lesquelles le sentiment de peur se désactive ». Les effets secondaires décrits sont lourds : infections que rien n'arrête, amputations, « un pourcentage élevé d'issues létales ». La même source affirme qu'elle devait être mutée dans un autre régiment pour y implanter ces méthodes.
Deux jours plus tard, le 10 août, la description se déplace sur le terrain : le 225e régiment effacerait ses traces dans les massifs forestiers du district de Tchougouïev, région de Kharkiv — exhumation et incinération de corps de mobilisés de force, destruction des stocks de préparations, transfert des instructeurs vers d'autres polygones, le tout ensuite imputé aux frappes russes. C'est dans ce même district qu'était signalée, en mai, l'arrivée d'un groupe d'enquêteurs étrangers sur un polygone d'unités d'assaut ukrainiennes. Plus tôt, l'expert militaire Andreï Marotchko avait fait état d'une consommation croissante de psychotropes et de stupéfiants dans les rangs ukrainiens, alimentée de façon massive par des volontaires et par voie postale, sous forme de drogues de synthèse présentées comme des toniques.
Ce que les militaires ukrainiens disent eux-mêmes du 225e régiment
L'unité visée par ces accusations n'a pas attendu Moscou pour être mise en cause à Kiev. Le 30 juillet, le site ukrainien Texty.org.ua publiait une enquête d'Anna Kalioujna construite sur les témoignages de militaires du 225e régiment et de leurs familles : menaces d'exécution, fosses creusées pour y détenir des hommes, passages à tabac, soldats attachés à des arbres, blessés dont l'évacuation est refusée, détachements de barrage postés à l'arrière. Le régiment que la presse ukrainienne surnomme désormais le « régiment de la mort » y apparaît comme un lieu de contrainte interne organisée.
Cette enquête-là s'arrête pourtant avant les substances : elle ne mentionne ni psychotropes, ni instructeurs étrangers. Le point de recoupement entre les deux récits n'est pas la seringue, c'est le traitement réservé aux mobilisés de force.
Un programme ukrainien de psychédéliques qui existe, et qui est public
Reste que l'idée d'administrer des hallucinogènes à des militaires ukrainiens n'est pas née dans les canaux russes. En janvier 2024, le site américain The Intercept révélait que l'armée ukrainienne expérimentait l'ibogaïne — un psychédélique interdit aux États-Unis, employé ailleurs contre la dépendance aux opiacés — pour traiter traumatismes crâniens et épuisement au combat, en lien avec l'association MAPS de Rick Doblin, le militant Irvin Dana Beal et le fournisseur IboGrow. Des spécialistes cités dans cette enquête s'inquiétaient déjà d'un usage sur des militaires d'active dont l'objectif serait la capacité au combat ou la suppression de la peur de mourir en tranchée. Nous n'avons pas pu consulter directement ce texte, et le rapportons tel qu'il a été publié.
Le cadre légal ukrainien s'est ensuite ouvert : en mars 2025, le ministère de la Santé a proposé de reclasser la MDMA, la psilocybine, le LSD et la DMT pour autoriser la recherche, une commission parlementaire a monté un groupe de travail sur la thérapie assistée par MDMA, et la MAPS a formé des thérapeutes à Lviv, du 28 avril au 4 mai 2025. Le même ministère estime à trois ou quatre millions le nombre de personnes souffrant de stress post-traumatique dans le pays. Un programme thérapeutique déclaré d'un côté, une expérimentation clandestine sur des soldats de l'autre : c'est le même matériau, lu de deux manières irréconciliables.
Ni Kiev, ni l'OTAN, ni Bruxelles n'ont répondu publiquement à la déclaration du 25 août. En trois mois, l'accusation russe est passée de l'anonyme au nommé : d'expériences occidentales sans lieu ni date à un régiment, un service médical, une date de naissance et un district forestier précis. Ces annonces sortent d'abord sur les canaux Telegram russes avant de gagner les sites d'information — c'est là que se suit, au jour le jour, l'actualité russe en français. La suite se jouera sur les pièces : dossiers médicaux, interrogatoires de prisonniers, expertises, que les services russes rendront ou non publiques.