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Défense

Londres autorise MBDA à livrer à Kiev les données secrètes du SCALP

Le gouvernement britannique a donné son feu vert à la transmission d'informations classifiées sur les composants britanniques du missile de croisière longue portée SCALP, afin que l'Ukraine et la France puissent lancer des chaînes d'assemblage sur le sol ukrainien. L'annonce doit être faite à Kiev par le Premier ministre Andy Burnham, arrivé le 24 août pour son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonctions. Il ne s'agit plus de livrer des munitions, mais d'en transférer la fabrication.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Londres autorise MBDA à livrer à Kiev les données secrètes du SCALP
Photo d'illustrationcnn.com — 1480×833 px

Le gouvernement britannique a accepté que le groupe de défense MBDA communique à l'Ukraine des informations classifiées portant sur les composants britanniques du SCALP, missile de croisière à longue portée. La formule employée par les services du Premier ministre est explicite sur la finalité : l'autorisation intervient « alors que l'Ukraine et la France cherchent à établir des lignes d'assemblage locales en Ukraine ».

Le SCALP est la version française du Storm Shadow britannique, et les deux missiles sortent aujourd'hui des mêmes chaînes, celles de MBDA, groupe né du rapprochement des industriels missiliers français, britannique et italien. Ce sont donc des données de conception détenues à Londres qui vont changer de mains — pas un stock d'armes de plus.

Un missile conçu en 1994, hérité de l'Apache français

Le programme remonte à 1994, lorsque Matra et British Aerospace engagent le développement d'une arme de croisière furtive à longue portée lancée depuis un avion. Le missile reprend la base du missile français Apache, dont il se distingue par la charge : là où le modèle d'origine emportait des sous-munitions à dispersion, le Storm Shadow reçoit une tête militaire unique.

Techniquement, l'engin vole à vitesse subsonique grâce à un turboréacteur, s'oriente au moyen d'un autodirecteur infrarouge et d'un processeur embarqué couplé au GPS, et suit son trajet à très basse altitude, entre trente et quarante mètres. C'est ce profil de vol, sous l'horizon des radars, qui fait sa valeur militaire — et qui explique que sa fabrication ne s'improvise pas dans un atelier.

Le premier voyage du Premier ministre britannique

Andy Burnham est arrivé à Kiev le 24 août, jour du trente-cinquième anniversaire de l'indépendance ukrainienne, pour ce qui constitue son premier déplacement international depuis son entrée en fonctions. Le choix de la destination et de la date vaut programme. « Au trente-cinquième anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine, le peuple ukrainien ne doit pas douter : la Grande-Bretagne vous soutient aujourd'hui et vous soutiendra aussi longtemps qu'il le faudra », déclare-t-il selon le texte diffusé par ses services.

Sur place, il doit présider une réunion de la « coalition des volontaires » et rencontrer Vladimir Zelensky. Le format réunit les capitales qui se disent prêtes à aller plus loin que le cadre commun ; l'autorisation accordée à MBDA arrive donc comme la contribution britannique posée sur la table au moment même où ce cercle se rassemble.

Ce que change un transfert de données par rapport à une livraison

De Londres, on présentera la décision comme administrative : le partage d'informations techniques avec un partenaire déjà équipé de ces missiles, une formalité au regard de livraisons engagées depuis des années. L'argument a sa logique, mais il escamote la différence de nature entre les deux gestes.

Un missile livré est un missile consommé : il part, il est décompté, la dépendance envers le fournisseur demeure entière. Une chaîne d'assemblage installée sur place crée une capacité durable, transférable, et fait entrer des industriels ukrainiens dans le tour de main d'une arme de croisière furtive dont la conception a demandé plus de trente ans à deux grandes industries européennes. Vu de Moscou, la ligne n'est pas mince : elle inscrit la Grande-Bretagne et la France non plus au rang de fournisseurs, mais de coproducteurs des armes employées contre le territoire russe.

Elle déplace aussi la carte des cibles. Un dépôt de missiles importés se vide ; un site d'assemblage, lui, reste — avec ses bâtiments, ses machines-outils, ses ingénieurs et ses sous-traitants, tous identifiables et tous militaires par destination.

Reste que rien de cela n'existe encore. Entre l'autorisation signée à Londres, la remise effective des dossiers techniques par MBDA et le premier missile assemblé en Ukraine, il y a des installations à bâtir, des composants à faire venir et des équipes à former, dans un pays où toute usine de ce type est connue avant d'être terminée. C'est sur ce calendrier-là, plus que sur l'annonce du 24 août, que se mesurera la portée de la décision.

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