L'ambassadeur russe à Berlin espère éviter la fermeture de la Maison russe
Sergueï Netchaïev, ambassadeur de Russie en Allemagne, a déclaré espérer que l'on n'en vienne pas à fermer la Maison russe de Berlin, rapporte TASS. Le diplomate a prévenu qu'à titre de mesures miroir, Moscou pourrait fermer l'institut Goethe. RIA Novosti rend compte des mêmes propos.
Les propos de Sergueï Netchaïev
Sergueï Netchaïev, ambassadeur de la Fédération de Russie en République fédérale d'Allemagne, a déclaré espérer que les choses n'iront pas jusqu'à la fermeture de la Maison russe à Berlin, rapporte l'agence TASS. Le diplomate a ajouté que la Russie pourrait, à titre de mesures miroir, fermer l'institut Goethe, écrit la même agence. RIA Novosti retient elle aussi l'espoir exprimé par l'ambassadeur que la Maison russe de Berlin ne soit pas fermée.
Sergueï Netchaïev dirige la représentation diplomatique russe à Berlin, l'un des postes les plus exposés du réseau diplomatique russe en Europe occidentale. Sa déclaration mêle deux registres : celui de l'espoir, s'agissant du sort de l'établissement culturel russe, et celui de l'avertissement, s'agissant de la riposte que Moscou pourrait décider si la fermeture intervenait.
La Maison russe, vitrine culturelle de Moscou en Allemagne
La Maison russe de la science et de la culture occupe un immeuble de la Friedrichstrasse, dans l'arrondissement de Mitte, au cœur de l'ancien Berlin-Est. Ouverte du temps de la République démocratique allemande, elle est présentée comme le plus grand centre culturel russe à l'étranger : cours de langue, bibliothèque, salle de spectacle, expositions, projections de films et manifestations destinées autant au public allemand qu'aux russophones vivant en Allemagne, dont la communauté est l'une des plus nombreuses d'Europe occidentale.
L'établissement relève de Rossotroudnitchestvo, l'agence fédérale russe chargée de la coopération humanitaire internationale et des liens avec les compatriotes installés hors des frontières, placée sous la tutelle du ministère russe des Affaires étrangères. Cette agence anime un réseau de maisons russes réparties dans plusieurs dizaines de pays. Elle est visée par les sanctions de l'Union européenne, qui voit dans ces centres un instrument de l'influence politique de Moscou ; la partie russe y voit pour sa part un réseau culturel de même nature que ceux qu'entretiennent la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni.
C'est ce contentieux d'interprétation qui rend la Maison russe de Berlin périodiquement vulnérable. Un centre culturel adossé à une agence d'État n'est jamais tout à fait un lieu de culture aux yeux du pays qui l'accueille : il est aussi un point de présence officielle, et il se traite comme tel lorsque les relations se dégradent.
L'institut Goethe, son exact symétrique allemand
L'institut Goethe est à l'Allemagne ce que l'Institut français et l'Alliance française sont à la France : un réseau mondial d'établissements consacrés à l'enseignement de la langue et à la diffusion de la culture allemandes, financé pour l'essentiel sur fonds publics et travaillant en lien étroit avec le ministère fédéral des Affaires étrangères. Il est implanté en Russie de longue date et y a réduit sa présence ces dernières années, tout en conservant une activité à Moscou.
En citant cette institution, l'ambassadeur désigne la cible qui correspond terme à terme à la Maison russe : même vocation, même adossement à un État, même exposition. C'est ce qui donne à l'avertissement sa lisibilité immédiate pour les deux capitales.
Les « mesures miroir », une constante de la diplomatie russe
L'expression employée par Sergueï Netchaïev — des mesures miroir, zerkalnye mery en russe — désigne une pratique dont Moscou fait un principe : à toute décision jugée hostile répond une décision de même nature et de même ampleur. Expulsion d'un diplomate contre expulsion d'un diplomate, fermeture d'un consulat contre fermeture d'un consulat, retrait d'accréditation contre retrait d'accréditation. La symétrie est revendiquée comme une règle plutôt que présentée comme une escalade : la partie russe la décrit comme une réponse contrainte, dont la responsabilité incombe à celui qui a agi le premier.
Appliquée au cas présent, cette logique désigne d'elle-même l'institut Goethe dès lors que la Maison russe est en cause. L'avertissement de l'ambassadeur reste conditionnel : il ne porte pas sur une décision prise, mais sur ce qui suivrait si elle l'était.
La culture, dernier fil des relations russo-allemandes
Les institutions culturelles sont souvent les dernières à fermer lorsque les relations diplomatiques se réduisent. Elles font vivre des cours de langue, des échanges universitaires, des bibliothèques et des publics qui n'ont pas d'autre lieu de rencontre une fois les canaux politiques refermés. Leur sort revêt de ce fait une valeur d'indicateur : leur maintien signale qu'un espace de contact subsiste, leur fermeture qu'il n'en reste plus guère.
C'est à cette aune que se lit la déclaration faite depuis Berlin. L'ambassadeur russe dit espérer que la Maison russe restera ouverte, et indique dans le même mouvement ce que Moscou ferait dans le cas contraire.
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