Moscou propose un forum d'affaires avec l'AfD et les USA
La Russie proposera en 2027 un forum d'affaires réunissant la Russie, l'Allemagne et les États-Unis, avec la participation de l'Alternative pour l'Allemagne. L'annonce vient de Kirill Dmitriev, représentant spécial de Vladimir Poutine pour la coopération économique avec l'étranger, trois jours après le score de 43,8 % obtenu par l'AfD en Saxe-Anhalt. Elle intervient alors que les échanges germano-russes ont fondu de 94,6 % depuis 2021.

« Nous proposerons un forum d'affaires Russie-Allemagne-États-Unis avec l'AfD en 2027, pour faire revivre le dialogue d'affaires et ramener le bon sens. » La phrase est de Kirill Dmitriev, patron du Fonds russe d'investissement direct (RFPI) et représentant spécial du président russe pour l'investissement et la coopération économique avec l'étranger depuis le 23 février 2025. Elle a été publiée le 9 septembre sur son compte X et reprise par TASS, Izvestia, Vedomosti et Fontanka.
Le quatrième participant cité n'est donc pas le gouvernement fédéral allemand, mais un parti d'opposition. Dans le même fil, Dmitriev décrit l'Alternative pour l'Allemagne comme « le parti du bon sens qui émerge en Allemagne » et qui « pourrait sauver le pays », ajoutant que « l'AfD restaurera l'Allemagne et l'Europe ». La proposition n'a pour l'instant ni ville, ni date, ni format annoncés, et aucun des deux autres pays ne s'est prononcé.
43,8 % en Saxe-Anhalt, le meilleur score régional de l'AfD
La date de 2027 n'est pas choisie au hasard, et le calendrier de l'annonce non plus. Le 6 septembre 2026, l'AfD a recueilli 43,8 % des voix au scrutin régional de Saxe-Anhalt, son meilleur résultat dans une élection régionale allemande. La CDU tombe à 17,2 %, un plancher historique dans ce Land ; le SPD obtient 9,3 %, les Verts 8,9 %, Die Linke 8,6 % et le BSW 5,3 %, pour une participation de 77,8 %.
Avec 39 sièges sur 83, la liste conduite par Ulrich Siegmund reste toutefois sous la majorité absolue et n'a aucune garantie de former le prochain gouvernement du Land. Donald Trump avait relayé dès le 7 septembre sur Truth Social une capture des projections télévisées allemandes, sans commentaire ; Dmitriev avait repartagé cette image en parlant d'une « victoire historique ». Le forum est venu deux jours plus tard, dans le prolongement direct de ce fil.
Des échanges germano-russes divisés par dix-huit
Le dialogue d'affaires que Dmitriev veut « faire revivre » a été méthodiquement démonté par Berlin. Selon l'office fédéral de la statistique allemand, dans un communiqué du 11 juin 2025, les importations allemandes en provenance de Russie sont passées de 33,1 milliards d'euros en 2021 à 1,8 milliard en 2024, soit une chute de 94,6 % : la Russie glisse du 12e au 59e rang des fournisseurs de l'Allemagne. Dans l'autre sens, les exportations allemandes vers la Russie reculent de 26,6 à 7,6 milliards d'euros, une baisse de 71,6 % qui fait passer le marché russe du 15e au 36e rang des débouchés allemands. Des données Statista, moins solidement établies, situent le repli 2025 autour de 8,7 % supplémentaires, à quelque 6,9 milliards.
Ce sont les chiffres d'une économie allemande qui s'est privée de son fournisseur d'énergie le moins cher, et l'argument que le RFPI adresse en creux aux milieux d'affaires allemands. Dmitriev et son fonds sont eux-mêmes sous sanctions américaines depuis février 2022 ; leur levée temporaire avait dû être négociée pour permettre ses déplacements à Washington en 2025.
Bonn, la Maison russe, les Goethe-Institut
Le climat diplomatique, lui, s'est encore dégradé la semaine précédente. Le 1er septembre 2026, le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul et le ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt ont annoncé la fermeture au 18 septembre du consulat général de Russie à Bonn et la dénonciation de l'accord régissant la Maison russe de Berlin, assorties d'expulsions de diplomates et d'un durcissement des contrôles à l'entrée pour les ressortissants russes. Berlin invoque la découverte, le 4 août, d'un drone piégé dans la zone de sûreté de l'aéroport de Leipzig/Halle. « Nous ne sommes pas en guerre, mais nous sommes quotidiennement la cible d'une guerre hybride », a résumé Dobrindt.
Moscou y voit autre chose : Maria Zakharova a relevé que la fermeture du consulat de Bonn entravait le travail des diplomates russes à l'approche des élections russes. Le 3 septembre, en marge du Forum économique oriental, Sergueï Lavrov a annoncé en réponse la fermeture des antennes du Goethe-Institut en Russie. La circulation dans l'autre sens, elle, n'a jamais été fermée : le visa électronique russe s'obtient toujours en ligne pour les voyageurs européens.
Un rendez-vous fixé après les urnes
En plaçant son forum en 2027 et en y invitant nommément un parti qui n'est pas au pouvoir, Moscou ne s'adresse pas au gouvernement Merz mais à celui qui pourrait lui succéder. C'est un calendrier politique autant qu'économique : la proposition attend que l'Allemagne vote.