L'ermite Agafia Lykova prépare son hiver depuis juillet
Agafia Lykova, dernière survivante de la famille de Vieux-Croyants retirée dans la taïga du Sayan occidental, avait déjà commencé son hivernage fin juillet. L'homme d'affaires Ali Ouzdenov, qui lui rend visite depuis plus de seize ans, l'a trouvée à ramasser baies et pignons de cèdre. Cet hiver, elle ne sera pas seule sur l'Erinat.

Fin juillet, en plein été, Agafia Lykova ramassait déjà des baies et des noix pour tenir jusqu'au printemps. C'est Ali Ouzdenov, président du conseil de surveillance de l'association Irbis, qui le raconte : il se rend quatre à cinq fois par an à la zaïmka des Lykov, dans la taïga du Sayan occidental, et n'y accède que par voie d'eau ou par hélicoptère. « Je suis allé chez elle fin juillet, en plein été. Elle se préparait déjà à l'hivernage. Agafia Karpovna est pleine d'optimisme, elle sourit et invite sans cesse des visiteurs. »
Du fourrage, des pignons et du poisson conservé dans la glace
La liste des travaux, telle qu'il la détaille, tient en quelques gestes qui n'ont pas changé depuis des décennies : « Elle a des chèvres, il faut leur préparer du fourrage. Elle a besoin de faire des réserves de vitamines sauvages — baies et pignons de cèdre. Attraper du poisson, qu'on conserve dans des fosses à glace, et réparer les vêtements. »
La fosse garnie de glace n'est pas un détail pittoresque : c'est le seul mode de conservation disponible là où il n'y a pas d'électricité, et la technique traditionnelle des Vieux-Croyants de la région. Le poisson pêché en été passe ainsi l'hiver, comme les pignons de cèdre remplacent les fruits et les légumes que la taïga ne fournit pas.
Une fenaison contrariée, des chèvres à remplacer
Mais la saison 2026 n'a pas été docile. En juillet, l'ermite confiait à ses proches que le foin n'avançait pas — « tantôt les pluies gênent, tantôt le soleil brûlant » —, rapportent le quotidien khakasse Gazeta19 et le site krasnoïarskois Gorodprima. Elle ne peut couper qu'au petit matin ou le soir, quand la chaleur retombe.
Le reste de ses soucis d'été tenait au cheptel et aux livraisons. « Il faudrait changer les chèvres, parce que celle qui est laitière ne donne plus de lait », expliquait-elle : l'une produit trop peu, l'autre un lait trop clair. Le grain destiné aux poules touchait à sa fin, et l'hélicoptère qui assure les rotations était alors en réparation.
Un inspecteur et un aide de l'Église installés à demeure
Donc, cet hiver, elle ne l'affrontera pas seule. Un inspecteur de la réserve naturelle de Khakassie et un aide envoyé par l'Église vieille-croyante sont désormais installés à demeure à proximité de la zaïmka. Après la crue printanière qui avait emporté l'ancien poste de garde, les agents de la réserve en ont reconstruit un neuf en quelques jours, sur un point haut hors d'atteinte de l'eau, et ont réparé l'escalier qui descend vers la rivière.
En août, comme chaque année depuis 2010, les étudiants volontaires du corps expéditionnaire « Komanda Arktiki » de l'université RTU MIREA étaient attendus pour couper le bois de chauffage et rentrer le foin. L'été a aussi apporté deux nouvelles qui comptent, à cette latitude : l'ours qui avait tué son chien à l'automne précédent, et contre lequel elle se défendait encore au printemps en allumant des feux, s'est éloigné plus profondément dans la taïga ; et l'une de ses poules lui a fait des poussins.
De la fuite des années 1930 à la maison de 2021
La zaïmka se trouve sur l'Erinat, un affluent de l'Abakan, dans le massif forestier de la chaîne de l'Abakan, en Khakassie, sur le territoire de la réserve naturelle. Aucune route n'y mène — rien de commun avec les régions que parcourent les voyageurs francophones qui découvrent la Russie en groupe, de l'Anneau d'Or au Baïkal, ni même avec les itinéraires les plus éloignés d'un premier séjour en Russie.
La famille Lykov, Vieux-Croyants sans prêtres, s'était retirée du monde dans les années 1930 et vivait sans contact lorsque des géologues la découvrirent en 1978. Trois des enfants moururent en 1981 — Dmitri en octobre, Savine en décembre, Natalia dix jours plus tard —, puis le père, Karp, le 16 février 1988. Agafia est restée. En 2021, une nouvelle maison lui a été construite avec le soutien de l'homme d'affaires Oleg Deripaska.
Son âge, lui, n'est pas fixé : les Vieux-Croyants refusant les papiers du monde, elle n'a jamais eu de passeport, et elle-même situe sa naissance « en 1945, quand la guerre était déjà finie ». Ali Ouzdenov, qui lui avait apporté une icône pour la Trinité et des vivres le 31 mai dernier après une mauvaise récolte, parlait alors de 80 ans : « Elle m'a frappé par sa pureté spirituelle et sa fermeté dans la vie. Le plus important, c'est qu'à 80 ans elle soit vivante, en bonne santé et pleine d'optimisme. » Quarante-huit ans après sa découverte, la zaïmka de l'Erinat reçoit toujours des visiteurs, et elle continue d'en inviter.
Pour aller plus loin
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