Les futurs profs passeront l'EGE de leur matière dès 2027
Le futur professeur de mathématiques passera l'épreuve de mathématiques, le futur professeur d'histoire celle d'histoire. Sergueï Kravtsov, ministre russe de l'Éducation, a confirmé le 23 septembre le rétablissement d'un examen d'État unifié de spécialité à l'entrée des filières pédagogiques. La mesure vaut pour la campagne d'admission 2027/28 et met fin à l'épreuve unique de sciences sociales imposée à tous les candidats.
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Un lycéen qui veut enseigner la physique passe aujourd'hui, pour entrer en université pédagogique, une épreuve de sciences sociales. La discipline qu'il se destine à enseigner, elle, n'entre pas dans son dossier d'admission. C'est ce mécanisme que le ministère russe de l'Éducation supprime : « À partir de l'année prochaine, nous rétablissons cette pratique. Les candidats entrant dans les filières pédagogiques passeront l'épreuve correspondant à leur direction », a déclaré Sergueï Kravtsov le 23 septembre. La matière imposée dépendra donc du profil de formation visé.
Le ministre le présente comme un retour en arrière assumé : le principe s'appliquait autrefois aux universités pédagogiques — le professeur de mathématiques passait les mathématiques, celui d'histoire l'histoire — avant d'être abandonné au profit des sciences sociales comme épreuve obligatoire unique. L'argument avancé est simple : le futur enseignant doit se confronter à sa discipline dès le lycée, et la maîtrise du contenu qu'il aura à transmettre devient une condition d'entrée dans le métier, pas un acquis supposé.
Sept profils perdent l'épreuve de sciences sociales
L'annonce n'est pas isolée. Sergueï Kravtsov avait déjà exposé le dispositif le 19 février 2026, en donnant la liste des profils concernés : mathématiques, physique et astronomie, informatique, chimie, biologie, langue russe et littérature. Pour ces filières, l'examen d'État unifié de sciences sociales cessera d'être accepté comme épreuve obligatoire et sera remplacé par la matière de spécialité.
Le calendrier vise les lycéens qui achèveront le secondaire en 2027 : les nouvelles règles s'appliquent à la campagne d'admission de l'année universitaire 2027/28. Ce sont donc les élèves qui arrêtent cette année le choix de leurs épreuves qui seront les premiers concernés, et non une génération lointaine.
Un arrêté enregistré au ministère de la Justice
Le cadre réglementaire, lui, est déjà posé. Un arrêté du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science n° 904, daté du 26 novembre 2025 et enregistré au ministère de la Justice le 28 novembre 2025 sous le numéro 84344, modifie la liste des épreuves d'admission en licence et en spécialité, y compris pour le groupe de formations 44.00.00 « Éducation et sciences pédagogiques » — celui qui rassemble les cursus d'enseignement.
La réforme des filières pédagogiques s'inscrit d'ailleurs dans un remaniement plus large des épreuves d'admission pour 2027/28. La physique deviendra obligatoire dans un nombre accru de spécialités — trente-sept directions, dont l'ensemble des formations de construction mécanique. L'histoire s'imposera là où l'établissement pouvait jusqu'ici choisir entre histoire et sciences sociales. Et les mathématiques seront exigées de toutes les spécialités du domaine de la sécurité de l'information. Le recentrage sur les matières de fond dépasse donc les seules universités pédagogiques.
Près d'un enseignant sur deux a plus de 50 ans
La mesure répond à une équation démographique que la presse économique russe documente depuis des mois. Selon le cabinet Consulting SBS, près de la moitié des enseignants russes ont aujourd'hui plus de 50 ans. Selon la Haute École d'économie, le nombre d'enseignants débutants a diminué de près de moitié en quarante ans. Les départs à venir sont donc massifs, et le vivier qui doit les remplacer étroit.
Durcir l'entrée en université pédagogique peut sembler contre-intuitif dans ce contexte : on réduit mécaniquement le nombre de candidats éligibles. Mais le raisonnement porte sur ce qui se passe après le diplôme. Un étudiant admis sans avoir jamais passé l'épreuve de la discipline qu'il enseignera arrive en classe avec une formation disciplinaire à reconstruire, et l'attrition des jeunes enseignants se joue largement là. Sélectionner sur la matière, c'est parier sur des débutants qui tiennent.
Le débat sur le modèle de formation rouvert
Ce déplacement du curseur vers la discipline relance une discussion plus ancienne sur l'architecture même des études pédagogiques. Valeria Alexeïeva, candidate en sciences pédagogiques, y voit une sortie logique du système de Bologne et défend un modèle où l'étudiant reçoit d'abord quatre années de formation disciplinaire solide, la spécialisation pédagogique venant ensuite. L'examen d'entrée de spécialité en serait la première pierre.
Reste à voir comment les universités pédagogiques ajusteront leurs maquettes à des promotions recrutées sur les mathématiques, la chimie ou la littérature plutôt que sur les sciences sociales. La réponse se lira dans les premiers dossiers d'admission de l'été 2027.