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Medvedev promet une « mort paisible » prochaine à la CPI

La Cour pénale internationale « mourra bientôt paisiblement », déclare Dmitri Medvedev dans un long entretien au quotidien économique Vedomosti publié le 10 septembre 2026. Le vice-président du Conseil de sécurité de Russie décrit une juridiction bâtie sur un modèle raté, dont le principe de compétence universelle s'impose à des États qui n'ont jamais signé ses textes fondateurs. Le pronostic tombe dans une année où cinq pays ont notifié leur retrait du Statut de Rome et où Washington sanctionne la présidente de la Cour.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Medvedev promet une « mort paisible » prochaine à la CPI
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« Le MOUS est l'exemple d'une variante absolument ratée de création d'un tribunal. » La formule est de Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de Russie, dans l'entretien qu'il a accordé au quotidien économique Vedomosti sous le titre « Ou une grande puissance, ou rien », publié le 10 septembre 2026 et signé des journalistes Elena Moukhametsina et Irina Kazmina. Interrogé sur les juridictions internationales, il sépare nettement l'arbitrage commercial, qu'il tient pour utile, des tribunaux de droit public, où il range la Cour pénale internationale. De celle-ci, dit-il, on parle « à la nuit tombée » — la tournure superstitieuse russe qu'on réserve à ce qu'on préfère ne pas nommer. Sa conclusion est sans appel : « Je pense que la Cour pénale internationale mourra bientôt paisiblement. » Et, ajoute-t-il, « bon débarras ».

Le grief porte sur la compétence, pas sur les juges

Ce que Medvedev met en cause n'est pas tel arrêt ou tel magistrat, mais l'architecture même de l'institution. La CPI, explique-t-il, « part d'une justiciabilité universelle, même à l'égard des pays qui n'ont pas signé ses documents » et des personnes qui y vivent. Un État qui n'a pas adhéré au Statut de Rome se voit donc opposer les décisions d'une juridiction à laquelle il n'a jamais consenti — ce qui contredit, selon lui, les principes fondamentaux du droit international, où l'engagement se donne et ne s'impose pas.

L'argument n'est plus isolé. « Aujourd'hui, pratiquement tous les pays, y compris les principaux, à l'exception des États européens, ont commencé à dire que le modèle sur lequel repose cette cour est vicié », relève Medvedev. C'est là le cœur de son pronostic : il ne prédit pas un effondrement provoqué par la Russie, il constate un abandon collectif.

Dix ans de contentieux entre Moscou et La Haye

La Russie avait signé le Statut de Rome en 2000 sans jamais le ratifier. Elle a retiré sa signature en 2016, après que le parquet de la Cour eut été autorisé à enquêter sur le conflit sud-ossète de 2008. Le 17 mars 2023, la chambre préliminaire délivrait des mandats d'arrêt contre Vladimir Poutine et contre Maria Lvova-Belova, commissaire présidentielle aux droits de l'enfant — une décision visant un chef d'État en exercice d'un pays non partie au traité, soit exactement la compétence que Medvedev conteste aujourd'hui.

La réponse judiciaire russe est tombée le 12 décembre 2025. Le tribunal de la ville de Moscou a condamné par contumace le procureur Karim Khan à quinze ans de colonie, et huit autres responsables et juges de la Cour — dont sa présidente, la Japonaise Tomoko Akane — à des peines allant de trois ans et demi à quinze ans, pour « poursuite pénale d'un innocent », « privation illégale de liberté » et « préparation d'une attaque contre un représentant d'un État étranger ».

Cinq retraits notifiés en 2026, et des sanctions américaines

L'assurance de Medvedev s'appuie sur une année qui a vu la Cour perdre pied hors d'Europe. Cinq États ont notifié en 2026 leur retrait du Statut de Rome, chaque retrait prenant effet un an après le dépôt de la notification auprès du secrétaire général de l'ONU : le Mali, le Burkina Faso et le Niger en juin, le Venezuela le 24 juillet, le Tchad le 27 juillet — ce dernier départ étant lié, selon la Coalition pour la CPI, à une demande américaine.

Car la pression la plus lourde ne vient pas de Moscou mais de Washington. Le 19 août 2026, le secrétaire d'État Marco Rubio a annoncé de nouvelles sanctions visant nommément la présidente Tomoko Akane et le juriste sénégalais Abdoulaye Seye, qualifiant la Cour de tribunal supranational « corrompu et fatalement politisé ». Six jours plus tard, la FIDH et la Coalition pour la CPI publiaient une déclaration commune dénonçant à la fois la vague de retraits et une campagne américaine visant selon elles à « démanteler la CPI brique par brique » — pression diplomatique, menaces sur l'aide extérieure, sanctions individuelles.

Les Européens seuls à la défendre

La réplique est venue de Bruxelles. Ursula von der Leyen et António Costa ont assuré que « la CPI contribue à rendre la justice » et que ses responsables « doivent pouvoir agir en toute indépendance, sans pression extérieure » ; l'Allemagne et les Pays-Bas, où siège la Cour, ont apporté leur soutien, des eurodéputés réclamant l'activation du statut de blocage de l'Union. La Hongrie de Viktor Orban, qui avait annoncé son retrait, l'a annulé après la victoire électorale de Peter Magyar en avril 2026.

Cette géographie du soutien est précisément ce que décrit Medvedev quand il place les États européens à part du reste du monde. Le même mois, l'entretien de Vedomosti l'a conduit sur d'autres terrains : l'arme nucléaire — « ce n'est pas une menace, c'est la réalité » —, le démenti d'une mobilisation d'automne, qu'il qualifie de provocation ukrainienne, la stabilité du système bancaire et les sanctions. Sur la Cour de La Haye, sa position tient en une phrase : Moscou n'a pas besoin de la combattre, il lui suffit d'attendre que ses membres s'en aillent.

Sources

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