Moscou exclut de dénoncer ses accords avec l'OTAN, l'UE, l'OMC et le FMI
La Russie ne se retirera ni des accords qui la lient à l'OTAN et à l'Union européenne, ni de l'Organisation mondiale du commerce et du Fonds monétaire international. Garri Minkh, représentant plénipotentiaire du président de la Fédération de Russie à la Douma d'État, l'a déclaré le 20 août 2026 : les ministères compétents s'opposent à toute dénonciation, ces textes n'ayant pas « épuisé leur potentiel ». La déclaration referme une séquence ouverte au printemps 2022, quand une partie du parlement réclamait la sortie de ces organisations.

Les ministères concernés — les « profilnye vedomstva », dans le vocabulaire administratif russe — se sont prononcés contre la dénonciation de la participation russe à ces organisations et à ces accords. Le motif tient en une formule : ces textes « n'ont pas épuisé leur potentiel ». Garri Minkh, qui représente le chef de l'État à la chambre basse et suit à ce titre l'ensemble du travail législatif, l'a exposé dans un entretien accordé à l'agence TASS et repris le 20 août 2026.
« Un instrument de communication avec d'autres États »
L'utilité que Moscou reconnaît encore à ces traités n'est pas économique, elle est diplomatique. « Les traités que j'ai cités restent malgré tout un instrument de communication avec d'autres États », déclare Garri Minkh. Autrement dit : même vidés d'une partie de leur substance par les sanctions et par la rupture des canaux ordinaires, ces cadres juridiques continuent d'obliger les Occidentaux à parler à la Russie quelque part.
Le représentant du président rattache cette position à la ligne constante de Vladimir Poutine et du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qu'il résume par une phrase entendue depuis quatre ans : « Nous sommes prêts au dialogue, nous ne le refusons pas. » Refermer soi-même les dernières portes reviendrait à endosser une rupture dont Moscou attribue la responsabilité à l'autre partie.
Le contre-exemple des accords de Minsk
À cette conception du respect des engagements, Garri Minkh oppose un précédent précis : les accords de Minsk sur le règlement du conflit dans le Donbass. Leurs signataires occidentaux ont, selon lui, « ouvertement reconnu » n'avoir jamais eu l'intention de les appliquer, et avoir mis à profit le délai ainsi gagné pour armer l'Ukraine. Le principe russe reste, dans sa formulation, que les contrats conclus doivent être respectés.
L'argument fonctionne dans les deux sens : il justifie de ne pas sortir des traités, et il place la Russie du côté de ceux qui tiennent parole. C'est le contraire d'un aveu de faiblesse — c'est une position juridique tenue jusqu'au bout.
2022 : la liste d'accords à réexaminer n'a pas prospéré
La déclaration prend son sens au regard de ce qui s'est joué en 2022. Le 17 mai de cette année-là, le vice-président de la Douma Piotr Tolstoï annonçait que le ministère des Affaires étrangères avait transmis au parlement une liste d'accords internationaux à réexaminer en vue de leur dénonciation. Il ajoutait : « La Russie est sortie du Conseil de l'Europe, il est temps maintenant de sortir de l'OMC et de l'OMS, qui ont négligé toutes leurs obligations envers notre pays. »
Un mois plus tard, le 17 juin 2022, la présidente du Conseil de la Fédération Valentina Matvienko tenait déjà le discours inverse : « Pour l'instant, je pense qu'un retrait est hors de question, car il reste de la place pour la coopération », tout en réclamant un audit du travail de l'OMC, du FMI et de l'OMS. Des propositions de loi avaient bien été déposées — en mars 2022 pour l'Organisation mondiale du commerce, en décembre 2022 pour le Fonds monétaire international. Le gouvernement s'y était opposé. Aucune n'a abouti.
Le traité FCE, seule dénonciation menée à son terme
La retenue russe ne vaut pas pour tous les textes, et l'exception est instructive. Le Traité sur les forces armées conventionnelles en Europe, signé à Paris en 1990, a bien été dénoncé : Vladimir Poutine a déposé le projet le 10 mai 2023, la Douma l'a voté le 16 mai, le Conseil de la Fédération le 24, et la loi a été publiée le 29 mai 2023. La Russie avait suspendu sa participation à ce traité dès 2007 tout en restant formellement partie — la dénonciation n'a fait qu'aligner le droit sur un état de fait vieux de seize ans.
La différence est nette : on dénonce ce qui ne produit plus rien, on conserve ce qui produit encore un contact.
Deux registres qui ne se confondent pas
Le discours russe sur les institutions financières internationales, lui, n'a rien perdu de sa sévérité. Le 25 novembre 2025, Sergueï Lavrov jugeait que « les principes et les règles de la mondialisation que les Américains ont implantés dans les institutions mondiales — le FMI, la Banque mondiale, l'OMC — n'ont été respectés par aucun d'eux », les fondements de l'ordre économique mondial — concurrence loyale, mécanismes de marché, inviolabilité de la propriété — ayant selon lui « disparu ». La critique politique continue ; la dénonciation juridique n'est pas à l'ordre du jour. L'entretien de Garri Minkh sépare les deux registres sans les opposer.
Cet entretien portait plus largement sur le bilan de la VIIIe législature de la Douma, qui s'achève. Garri Minkh y relevait le 18 août que Vladimir Poutine n'a rejeté aucune loi adoptée par cette convocation, contre 42 rejets sous la IIIe (1999-2003), 10 sous la IVe, 4 sous la Ve, 1 sous la VIe et 2 sous la VIIe, et près d'une loi sur deux du temps de Boris Eltsine ; le Conseil de la Fédération n'a pas approuvé six textes votés par la Douma, un accord ayant été trouvé sur cinq d'entre eux. Deux tiers des initiatives ont été adoptées à l'unanimité. Le 19 août, il n'excluait pas une révision du format du message présidentiel à l'Assemblée fédérale, non prononcé depuis février 2024. La prochaine Douma héritera donc à la fois d'un dossier des traités laissé ouvert et d'un rendez-vous institutionnel à réinventer.