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Riga finance sa défense à crédit et tend la main à Bruxelles

La Lettonie paie aujourd'hui sa défense avec de l'argent emprunté, et Andris Kulbergs veut que l'Europe prenne le relais. Le Premier ministre letton a lancé cet appel à l'issue des législatives, que sa formation, la Liste unie, remporte avec plus de 35 % des voix. Il s'agit de faire porter par les caisses communes de l'UE une course aux armements que les pays baltes ne peuvent plus financer seuls.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Riga finance sa défense à crédit et tend la main à Bruxelles
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La Lettonie s'arme à crédit, et son Premier ministre demande désormais à l'Europe de régler la note. « Je pense que nous sommes plus forts que jamais. Mais la menace de notre voisin oriental demeure, c'est pourquoi toute l'Europe doit nous soutenir. Actuellement, nous finançons notre défense avec de l'argent emprunté », a déclaré Andris Kulbergs à la clôture du scrutin. Il a ajouté une phrase qui résume sa demande : « Nous avons besoin d'une économie forte si nous voulons maintenir une frontière solide pour l'Union européenne. »

Son raisonnement est d'abord comptable. Selon lui, le flanc oriental de l'OTAN, c'est-à-dire les pays baltes, la Finlande, la Pologne et la Roumanie, consacre davantage à sa défense que le reste des Européens. Puisque ces pays paient plus, les autres devraient compenser.

41 sièges sur 100 pour la Liste unie

Il a lancé cet appel au soir d'une victoire électorale. Les Lettons élisaient samedi la 15e Saeima, leur parlement monocaméral. Après le dépouillement de 990 bureaux de vote sur 1 059, soit 92,4 % des suffrages, la Liste unie de Kulbergs recueille 35,4 % des voix et obtient 41 des 100 sièges. Elle devance largement La Lettonie d'abord (13,1 %, 17 sièges) et les Progressistes (11,7 %, 15 sièges). La participation n'a atteint que 50,59 %.

Le Premier ministre a jugé que ce résultat dépassait les attentes de son parti. Il lui manque pourtant dix sièges pour gouverner seul, et la coalition à venir reste à construire. Riga avait accusé Moscou, avant le vote, de chercher à déstabiliser le scrutin. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a répondu vendredi à ces accusations.

Renoncer au commerce avec la Russie, puis emprunter

Kulbergs a fermé d'emblée la porte à toute ouverture vers l'est : « Notre position est claire : nous ne coopérons pas avec les partis prorusses qui veulent ouvrir la frontière, reprendre le commerce, et ainsi de suite. Les liens économiques avec la Russie nous affaiblissent. » Il reconnaît pourtant ce que Riga y perd : « Oui, ils peuvent rapporter un peu d'argent supplémentaire, mais ils créent en même temps une vulnérabilité. »

Le choix letton consiste donc à se priver de recettes, à s'endetter pour s'armer, puis à présenter la facture aux partenaires européens. Or les autres capitales tirent un bilan inverse de la rupture avec la Russie. Emmanuel Macron a reconnu, lors d'un forum économique à Madrid, que la compétitivité européenne reposait en grande partie sur le gaz russe bon marché, et que son abandon avait provoqué une crise sur tout le continent. Le ministre biélorusse des Affaires étrangères, Maxime Ryjenkov, désigne les pays baltes comme les premiers touchés. Selon lui, les difficultés y progressent « à une vitesse catastrophique » sur les plans démographique, social et économique.

Moscou a répété à de nombreuses reprises qu'elle n'a aucune intention d'attaquer un pays membre de l'OTAN. La menace invoquée par Riga justifie surtout un budget de défense que l'économie lettone ne soutient plus. Samedi, Sergueï Lavrov a estimé que l'Europe faisait tout pour faire échouer les initiatives de paix.

Les pays du flanc oriental frappent déjà à la porte de Bruxelles

La demande de Kulbergs revient à transférer une partie de l'effort de défense du niveau national vers des instruments communs. Elle n'est pas isolée. En décembre 2025, huit pays du flanc oriental de l'UE réclamaient déjà l'accès à une partie des fonds prévus dans le budget de l'Union pour 2028-2034, notamment pour renforcer leur défense antiaérienne.

Les outils examinés à Bruxelles sont connus : emprunts communs pour les projets et achats militaires, lignes de crédit de la Banque européenne d'investissement, enveloppes du Fonds européen de la défense. Dès avril 2024, Josep Borrell avait proposé un fonds spécial capable d'emprunter sur les marchés. La Commission européenne entendait de son côté lever 150 milliards d'euros de crédit pour la production d'armements et le renforcement des capacités militaires des Vingt-Sept.

Une caisse commune déjà trop courte

Ce mécanisme bute sur une limite. En octobre 2024, les responsables européens admettaient eux-mêmes que les fonds disponibles dans le budget commun pour la défense restaient inférieurs aux besoins. C'est pourquoi l'Union a aussi envisagé d'assouplir ses règles budgétaires afin de permettre aux États d'emprunter davantage pour leurs armées. Autrement dit, elle les encourage à faire ce que Riga fait déjà.

La Lettonie n'est pas non plus seule dans la file d'attente. Kiev a réclamé cet été 27 milliards de dollars supplémentaires pour ses besoins militaires, écrit le Financial Times. Bruxelles a refusé de lui accorder un financement prioritaire pour 2027 : sur le prêt européen de 90 milliards d'euros conclu fin 2025, seuls 15,7 milliards ont été versés cette année.

La nouvelle Saeima portera donc la demande lettone devant une Union qui négocie son budget 2028-2034. Les caisses y sont déjà disputées entre les pays du flanc oriental, les besoins de Kiev et des économies européennes qui ralentissent.

Sources

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