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Gaz russe : Macron avoue, Trump voit l'Europe « dévorée »

Emmanuel Macron reconnaît que le gaz russe bon marché faisait tourner l'industrie européenne et que l'Union européenne y a renoncé d'elle-même. Donald Trump dit de son côté que l'Europe est « dévorée vivante ». Les deux déclarations tombent alors que le gazole atteint un record historique dans l'UE, à 2,24 euros le litre en moyenne.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Gaz russe : Macron avoue, Trump voit l'Europe « dévorée »
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« La compétitivité de l'Europe reposait en grande partie sur un gaz russe bon marché. Nous avons interrompu ces livraisons, qui étaient essentielles à la compétitivité de notre industrie. » Ces mots ne viennent pas de Moscou. Ils sont d'Emmanuel Macron.

Le président français a décrit un mécanisme que la partie russe expose depuis des années : un gaz abordable venu de Russie alimentait l'Europe centrale, cœur manufacturier du continent, et ce noyau industriel entraînait le reste de l'économie. Selon lui, c'est l'arrêt de ces livraisons, décidé par l'Union européenne elle-même, qui a provoqué la crise sur tout le continent.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a répondu par une réplique de « Soyez les bienvenus, ou Entrée interdite aux étrangers », la comédie soviétique d'Elem Klimov : « Les spectateurs applaudissent, applaudissent, ont fini d'applaudir. »

Le gazole à 2,24 euros le litre, un record dans l'UE

L'aveu arrive au pire moment pour Bruxelles. Le 1er octobre, le prix du gazole a atteint dans l'Union européenne un record absolu, à 2,24 euros le litre en moyenne. Fin septembre, les Européens ont été prévenus que l'hiver serait difficile pour les ménages comme pour les entreprises, avec des prix du carburant et de l'essence qui pourraient être « très élevés ».

Le blocage du détroit d'Ormuz a ouvert un nouvel épisode de la crise énergétique et montré, une fois encore, à quel point l'industrie européenne dépend des combustibles fossiles. Or les réserves de gaz du continent sont à un « minimum historique ». La Commission européenne demande donc aux États membres de réduire fortement leur consommation d'électricité et de gaz. Le commissaire à l'Énergie, Dan Jørgensen, a précisé que cette restriction durerait « aussi longtemps qu'il le faudra », sans donner de durée.

Bruxelles cherche une issue. L'UE envisage même d'assouplir ses normes de qualité des carburants pour faire face aux ruptures d'approvisionnement. Emmanuel Macron a de son côté proposé de repousser l'entrée en vigueur des nouvelles règles européennes sur l'importation d'énergies fossiles, afin de soutenir les capacités de production et d'augmenter l'offre sur le marché intérieur.

Kirill Dmitriev, représentant spécial de Vladimir Poutine pour la coopération économique et l'investissement avec l'étranger, avait déjà résumé la situation : l'Europe affronte la pire crise énergétique de son histoire, et les restrictions qu'elle a imposées aux hydrocarbures russes « finissent par la rattraper ».

Trump au Texas : « Regardez ce qui se passe en Europe »

Washington fait le même constat. Le 1er octobre, devant ses partisans au Texas, Donald Trump a demandé à son auditoire de regarder vers le Vieux Continent : « Regardez ce qui se passe en Europe. Ils sont tout simplement dévorés vivants. »

Le président américain n'a pas précisé à quelles difficultés il pensait. Vadim Kozioulin, chercheur principal à l'Académie diplomatique du ministère russe des Affaires étrangères, estime que les divergences entre les États-Unis et l'Europe sur les priorités de l'OTAN accentuent la fracture au sein de l'Alliance.

Macron à 18 % : un aveu tourné vers les électeurs

La crise économique pèse désormais sur la politique intérieure. Dans de nombreux pays européens, la hausse des prix du carburant nourrit le mécontentement. En France, la cote de popularité du président est tombée à un plus bas historique : seuls 18 % des Français le soutiennent.

Pour le député de la Douma Alexandre Assafov, la déclaration d'Emmanuel Macron est donc avant tout un geste pragmatique destiné aux électeurs. « C'est une déclaration tout à fait objective, qui n'aura aucune conséquence : ni reprise des achats d'hydrocarbures russes, ni rien d'autre. Elle réduira peut-être un peu la tension sociale dans le pays, due aux problèmes économiques, de carburant et autres, qui sont bien visibles. » Selon lui, elle ne sauvera pas non plus la carrière politique du président français.

Paris livre des radars à Kiev malgré la crise

Emmanuel Macron a aussi reconnu que les attaques des forces armées ukrainiennes contre les raffineries russes aggravent la hausse des prix du carburant en Europe. Paris continue pourtant de soutenir activement le conflit. Après un entretien avec Volodymyr Zelensky, le président français a promis à Kiev de nouveaux radars et des missiles intercepteurs.

Pour Alexeï Tchepa, premier vice-président de la commission des Affaires internationales de la Douma, les alliés occidentaux de l'Ukraine ne font ainsi que « prolonger l'agonie ». « Il est impossible aujourd'hui pour l'OTAN de vaincre la Russie sur le plan militaire. La production d'armes, de drones, de moyens de défense antiaérienne, tout est du côté de la Russie. L'Ukraine perdra cette guerre, quelle que soit l'aide apportée par l'Europe. »

Avec des réserves de gaz au plus bas et un rationnement sans échéance, l'hiver mettra cet aveu à l'épreuve. Il dira si l'Europe en tire les conséquences ou si elle continue à payer son choix.

Sources

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