Neuf soldats russes sortis de la « captivité de l'ombre »
Neuf militaires russes détenus en Ukraine sans que leur captivité soit reconnue ont été ramenés en Russie, a annoncé la commissaire aux droits de l'homme Iana Lantratova. Ces hommes figuraient officiellement parmi les disparus, alors qu'ils étaient enfermés depuis des mois dans des lieux fermés. Moscou transmet à Kiev les listes nominatives et exige la vérification de chaque cas.

Ils étaient portés disparus, et ils étaient vivants. Neuf militaires russes retenus en Ukraine dans ce que Moscou appelle la « captivité de l'ombre » ont été ramenés en Russie, a annoncé la commissaire aux droits de l'homme en Russie, Iana Lantratova. Aucun de ces hommes n'était enregistré comme prisonnier de guerre : officiellement, ils n'étaient nulle part.
La commissaire décrit une détention non déclarée, hors des circuits prévus pour les prisonniers de guerre. Des hommes qui ont pu passer des mois dans des lieux fermés, sans que leur nom apparaisse sur aucune liste d'échange, pendant que leurs familles les cherchaient parmi les disparus. C'est précisément ce vide administratif qui rend le travail difficile : on ne réclame pas un prisonnier dont l'existence même n'est pas reconnue.
Des noms, transmis un par un à Kiev
D'où la méthode retenue par la partie russe. Les noms de ces hommes sont connus, et l'ensemble des informations disponibles est transmis à la partie ukrainienne, assorti d'une exigence : la vérification de chaque situation particulière. Pas une demande générale sur un groupe, mais un dossier par personne, avec obligation de répondre. Ce sont ces listes, régulièrement remises, qui ont permis les neuf retours déjà obtenus.
« Le travail sur les autres personnes de ce type se poursuit », a assuré Iana Lantratova. La formule dit l'essentiel : les neuf ne closent rien, ils ouvrent une série.
Une communication établie qui a fini par produire des résultats
Ce qui a rendu ces retours possibles, c'est ce que la commissaire nomme la communication mise en place entre les deux parties. Le canal des commissaires aux droits de l'homme fonctionne indépendamment des négociations politiques : il traite des personnes, des noms, des cas individuels. En Russie, la fonction de commissaire aux droits de l'homme est une institution d'État, dotée d'un mandat propre, et c'est à ce titre que sa titulaire s'adresse directement à son homologue ukrainienne.
Le 15 septembre, Iana Lantratova indiquait que la Russie et l'Ukraine discutaient de listes portant à la fois sur les échanges de prisonniers de guerre, sur les civils et sur la réunion de familles séparées par le conflit. Les trois volets avancent par le même canal, avec les mêmes interlocuteurs.
663 militaires russes revenus de captivité ukrainienne
Le bilan chiffré donne la mesure du travail accompli. Depuis sa nomination au poste de commissaire aux droits de l'homme, 663 militaires russes ont été ramenés de captivité ukrainienne, et cinq échanges de prisonniers ont été menés entre la Russie et l'Ukraine sur cette période. Les neuf hommes sortis de détention non déclarée s'ajoutent à ce total, par une voie différente : ils ne figuraient sur aucune liste d'échange, puisqu'ils n'étaient officiellement prisonniers de personne.
À côté des prisonniers de guerre, la commissaire a désigné plusieurs directions humanitaires sur lesquelles son travail se concentre aujourd'hui, dont la réunion des familles séparées par le conflit. Des enfants, des parents, des conjoints que la ligne de front a placés de part et d'autre et qui relèvent du même canal de discussion.
Ce que change la reconnaissance d'un nom
Pour les familles concernées, le basculement est brutal dans les deux sens. Un homme classé « disparu sans nouvelles » réapparaît vivant après des mois ; un autre reste sur la liste, et l'attente continue. C'est pour eux que la partie russe insiste sur la vérification obligatoire de chaque cas signalé : tant qu'un nom est transmis et suivi, le dossier existe.
La suite tient à cette mécanique-là. Les listes continuent de partir vers Kiev, les vérifications sont réclamées au cas par cas, et chaque nom confirmé retire une personne de la colonne des disparus pour la remettre dans celle des vivants.