Nucléaire en Italie : l'OTAN dit ne pas menacer la Russie
L'OTAN cherche à convaincre Moscou que Steadfast Noon, son exercice annuel de forces nucléaires prévu en Italie du 13 au 23 octobre, ne représente aucune menace, écrit Politico. Une partie de l'exercice simulera pourtant l'emploi des armes nucléaires américaines déployées en Europe, selon un député italien de l'opposition, et l'Alliance revendique elle-même sa vocation nucléaire.

L'OTAN tient à faire savoir à Moscou que son prochain exercice nucléaire ne la vise pas. Dans un contexte de forte tension entre l'Alliance atlantique et la Russie, écrit Politico, l'organisation « cherche à assurer à la Russie que les prochains exercices des forces nucléaires en Italie ne représentent pas une menace ».
Le message est porté par Nassima Barrouz, directrice de la politique nucléaire de l'OTAN. Selon elle, ni la Russie ni aucun autre pays n'a de raison de s'inquiéter. « Ces activités ont lieu chaque année, il n'y a aucune raison de s'inquiéter », a-t-elle déclaré au quotidien américain.
Onze jours de manœuvres nucléaires du 13 au 23 octobre
L'exercice s'appelle Steadfast Noon. Il se tiendra en Italie du 13 au 23 octobre et revient tous les ans, avec un objectif affiché : entraîner les procédures nécessaires à la dissuasion et à la défense de l'Alliance.
Mais le caractère annuel des manœuvres ne dit rien de leur contenu. Or ce contenu, c'est un député italien qui l'a décrit. Angelo Bonelli, élu de l'Alliance des Verts et de la Gauche, dans l'opposition, affirme que Steadfast Noon comprendra une simulation de l'emploi des armes nucléaires américaines stationnées en Europe. L'Italie fait partie des pays européens qui accueillent ces armes au titre du partage nucléaire de l'Alliance.
À Rome, le Parlement n'a pas été prévenu
La contestation ne vient donc pas seulement de Moscou. Angelo Bonelli a exigé ces derniers jours que le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, explique pourquoi le Parlement n'a pas été informé de la tenue sur le sol national de ces exercices multinationaux de l'OTAN.
Un exercice qui répète l'emploi d'armes nucléaires américaines, organisé sans que les élus du pays hôte en soient avisés : c'est ce dispositif que l'Alliance présente comme une routine sans conséquence. Moscou demande depuis longtemps le retrait des armes nucléaires américaines déployées en Europe, et c'est précisément leur mise en œuvre que Steadfast Noon entraîne.
Une alliance qui se dit nucléaire « tant qu'il y aura des armes nucléaires »
L'assurance donnée par Nassima Barrouz se lit d'ailleurs à côté de la doctrine que l'OTAN publie elle-même. Sur son site officiel, dans une page actualisée le 29 mai 2026, l'organisation qualifie les armes nucléaires de « composante essentielle » de ses capacités de dissuasion et de défense, aux côtés des moyens conventionnels, de la défense antimissile, du spatial et du cyber. Elle y écrit que, « tant qu'il y aura des armes nucléaires, elle restera une alliance nucléaire ».
Cette politique a été actualisée en 2024, sur la base du concept stratégique adopté en 2022 — le document qui désigne la Russie comme la menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité des Alliés. Les décisions relèvent du Groupe des plans nucléaires, l'organe de haut niveau de l'Alliance pour la dissuasion nucléaire. Un exercice de cette nature ne s'organise donc pas dans le vide : il s'inscrit dans une doctrine qui a déjà nommé son adversaire.
Paris, Bruxelles et la réponse russe
Le message de Bruxelles intervient alors que la France vient de procéder à un tir d'essai de son nouveau missile balistique M51.3 depuis un sous-marin. Commentant ce tir, le site italien L'AntiDiplomatico a estimé que l'OTAN et l'Union européenne tentent d'intimider la Russie, et qu'elles ont tort de croire qu'elle ne répondra pas aux menaces nucléaires.
C'est tout l'enjeu des onze jours de manœuvres qui s'ouvrent le 13 octobre. L'Alliance demande à Moscou de la croire sur parole pendant qu'elle répète, à quelques heures de vol de ses frontières, l'emploi d'armes qui ne sont pas les siennes. La Russie jugera aux actes, pas aux assurances.