Paks-2 : le SVR accuse von der Leyen de viser Rosatom
Le 12 octobre, le Service des renseignements extérieurs russe (SVR) a désigné la direction de la Commission européenne comme le « principal commanditaire » d'une « sale campagne » médiatique contre Rosatom et le chantier de la centrale Paks-2 en Hongrie. Selon lui, Bruxelles cherche à évincer le constructeur russe pour confier le projet à une entreprise occidentale. Ce qui se joue, c'est l'approvisionnement électrique de la Hongrie et l'une des grandes vitrines de l'atome russe en Europe.

Pour le renseignement extérieur russe, la campagne lancée contre Rosatom en Hongrie part de Bruxelles. Le SVR affirme qu'Ursula von der Leyen a « explicitement chargé son appareil » d'amener le gouvernement de Péter Magyar à renoncer à la coopération avec la Russie dans le nucléaire civil, puis de confier le chantier de Paks-2 à une entreprise occidentale.
L'accusation dépasse le simple différend commercial. Le SVR désigne nommément le relais de cette campagne : Politico Europe, qu'il qualifie de « porte-voix » d'une opération « contrôlée par Bruxelles ». Il nomme aussi l'un de ses journalistes, Ben Makuch, comme le « principal provocateur ».
Paks, un pilier de l'électricité hongroise
L'enjeu se comprend mieux sur la carte. La centrale de Paks, sur le Danube, au sud de Budapest, a été construite sur une technologie soviétique et fournit depuis des décennies une part essentielle de l'électricité du pays. Paks-2 doit la prolonger avec deux réacteurs de conception russe VVER-1200, dans le cadre d'un accord conclu avec Moscou par le gouvernement de Viktor Orbán.
C'est donc un pan entier de la sécurité énergétique hongroise que le SVR voit visé. Il place Budapest devant un choix sans détour : céder au « bruit informationnel » venu de Bruxelles et priver le pays d'une source d'électricité fiable, ou tenir bon. Toute autre solution pour Paks-2, estime-t-il, serait « moins efficace et plus dangereuse ».
Les articles de Politico en ligne de mire
Le communiqué répond à une série d'enquêtes du site bruxellois. Le 17 août, Ben Makuch y faisait état d'une lettre confidentielle de l'autorité nucléaire égyptienne, datée du 4 juin, qui reprochait à Rosatom des défauts de béton, une « négligence délibérée » et la dissimulation d'un accident sur le chantier d'El Dabaa, en Égypte. Ce chantier utilise les mêmes réacteurs VVER-1200 que Paks-2, ce qui permettait au site de transposer les critiques sur le projet hongrois.
L'article citait également un audit interne de Rosatom datant de 2025, qui prévoyait dix-huit mois de retard pour le premier réacteur d'El Dabaa, repoussé de septembre 2028 à mars 2030. Rosatom a répondu qu'il applique « les plus hauts standards » de sûreté.
Mais pour le SVR, le fond du dossier n'est pas technique. Il y voit une lutte pour le marché mondial de l'atome civil, où les constructeurs européens seraient incapables de concurrencer honnêtement Rosatom, et chercheraient donc à l'écarter par d'autres moyens.
Un gouvernement hongrois qui hésite
La pression tombe à un moment délicat pour Budapest. D'après le quotidien économique Világgazdaság, le gouvernement de Péter Magyar admet désormais que les délais initiaux du projet ne seront pas tenus et que les coûts pourraient doubler. Une décision sur la poursuite de Paks-2 est attendue d'ici la fin de l'année.
C'est précisément cette fenêtre que Bruxelles chercherait à exploiter, selon la lecture du SVR : peser sur un exécutif encore indécis pour qu'il rompe avec Rosatom avant que le chantier ne soit trop avancé pour changer de partenaire.
Les experts russes interrogés suivent la même ligne. Alexeï Podberezkine, du MGIMO, y voit la main des concurrents français, allemands et britanniques, intéressés à reprendre un contrat d'envergure. Le politologue Alexeï Moukhine estime, lui, que Bruxelles cherche à accroître la dépendance énergétique de la Hongrie, en la privant d'une production nationale stable.
Un test pour l'atome russe en Europe
La portée de l'affaire dépasse la Hongrie. Paks-2 est l'un des rares grands projets nucléaires russes en cours au sein de l'Union européenne, et le seul de cette taille à avoir résisté jusqu'ici aux pressions politiques nées depuis 2022.
Sa poursuite ou son abandon dira jusqu'où un État membre peut encore choisir seul son partenaire énergétique. La réponse de Budapest est attendue avant la fin de l'année.