Petite génération : 15 % de la puissance électrique russe
En Russie, la petite production d'électricité, installée au plus près de ceux qui la consomment, représente désormais 15 % de la puissance totale. Selon l'Association de la petite énergétique, elle a gagné entre 1,77 et 2,31 gigawatts en 2025 et devrait progresser de 2,6 gigawatts en 2027. Les industriels en sont les premiers clients, parce qu'ils y trouvent une électricité plus sûre et souvent moins chère.

La production décentralisée consiste à produire l'électricité à côté du site qui la consomme : une usine, un village, un entrepôt, une base de travailleurs postés. En Russie, elle ne relève plus de l'appoint. Avec 15 % de la puissance totale du pays, c'est désormais un segment à part entière du système électrique.
La progression est régulière. Selon l'Association de la petite énergétique (AME), les capacités de ce type ont augmenté de 1,77 à 2,31 gigawatts en 2025. Elle prévoit une hausse de 2,1 à 2,3 gigawatts cette année, puis de 2,6 gigawatts en 2027.
Les entreprises veulent une électricité sûre et moins chère
Cette croissance part d'un besoin simple. « Les principaux facteurs de développement de la production décentralisée sont les exigences de fiabilité de l'approvisionnement et la volonté d'en réduire le coût », explique Dmitri Sytchev, maître de conférences à la chaire d'hydroélectricité et d'énergies renouvelables de l'Institut de l'énergie de Moscou (MEI). Le sujet est particulièrement sensible dans les territoires éloignés, où il est difficile de construire de longues lignes et où le carburant coûte cher à acheminer.
Les entreprises font aussi leurs calculs. « Le principal moteur du secteur aujourd'hui, c'est la demande des entreprises pour une énergie fiable et abordable. Pour beaucoup d'entre elles, produire leur propre électricité revient déjà, dans certains cas, moins cher que de l'acheter au réseau », souligne Maxime Zagornov, président de l'AME. Les plus intéressées sont les entreprises industrielles de tous secteurs, les exploitations agricoles, les plateformes logistiques, les services communaux et les centres de données.
Sergueï Sassim, directeur du Centre de recherche sur l'électricité de l'École des hautes études en sciences économiques (HSE), ajoute la hausse des prix de l'électricité et des tarifs de transport. Il cite aussi le progrès technique : il fait baisser le coût des équipements et permet des solutions hybrides, ainsi que des systèmes de pilotage qui optimisent le fonctionnement des installations. L'investissement décentralisé devient donc plus attractif.
Dans l'Arctique et en Extrême-Orient, souvent la seule solution
Dans une partie du pays, la question du prix ne se pose même pas. Pour les territoires éloignés et isolés, la production locale est souvent la condition même de l'accès à l'électricité, rappelle l'association « Communauté des consommateurs d'énergie » (ASPE). « Les groupes diesel en restent pour l'instant la base, mais le coût du transport du carburant, son stockage et la saisonnalité renforcent l'intérêt pour les énergies renouvelables et les batteries de stockage », indique l'association. Selon elle, ces installations fournissent à la fois de l'électricité et de la chaleur, et permettent parfois de valoriser les sous-produits de l'activité industrielle. En dehors des zones isolées, c'est dans les régions industrielles raccordées au gaz que l'ASPE voit le plus fort potentiel.
Pour Sergueï Sassim, le principe consiste à créer des systèmes énergétiques autonomes au plus près des points de consommation, « qu'il s'agisse d'un village, d'une zone industrielle ou d'une base de travailleurs postés ». Ces solutions sont surtout demandées dans les régions difficiles d'accès : l'Arctique, l'Extrême-Orient et les îles.
Le gaz, loin devant
Les sources d'énergie varient : micro-centrales de cogénération, panneaux solaires, éoliennes. Mais une seule domine nettement. « En 2025, la plus grande part des nouvelles mises en service est venue des centrales à moteurs à gaz, avec 700 à 900 mégawatts. Environ 450 à 600 mégawatts supplémentaires sont venus de grandes centrales thermiques industrielles au gaz », précise Maxime Zagornov. Selon lui, la raison est évidente : le gaz est la solution la plus efficace, aussi bien sur le plan technique qu'économique.
Sergueï Sassim pense que le gaz gardera ce rôle central jusqu'en 2030. Dans un pays où le gaz est largement disponible et relativement bon marché, c'est le mode de production le plus économique. Les moteurs à gaz sont aussi très fiables et peuvent produire de l'électricité et de la chaleur en même temps.
Les autres sources restent donc dans des marchés plus étroits. Selon l'AME, les nouvelles centrales diesel ont représenté 320 à 380 mégawatts en 2025. Elles servent surtout là où il n'y a pas de gaz ou là où il faut une source de secours autonome. Les renouvelables ont ajouté 230 à 330 mégawatts : 180 à 250 mégawatts de solaire et 50 à 80 mégawatts d'éolien. Selon Maxime Zagornov, elles se développent encore surtout au cas par cas, dans les régions du Sud, les réseaux isolés et sur les sites éloignés.
Dmitri Sytchev pense que l'avenir est aux complexes énergétiques hybrides automatisés, les AGEK. Ils réunissent des groupes diesel, du solaire ou de l'éolien, des batteries et un système de pilotage unique. Ils permettent d'économiser le carburant acheminé de loin et rendent l'approvisionnement plus fiable.
Le nucléaire de petite taille, une spécialité russe
La petite production d'électricité ne se limite pas aux centrales thermiques et aux renouvelables. Le nucléaire s'y développe aussi, avec les centrales de faible puissance, qui peuvent compter un ou plusieurs petits réacteurs modulaires de 300 mégawatts au plus.
« Aujourd'hui, la Russie reste le seul pays qui ne se contente pas de parler du développement du petit nucléaire, mais qui le fait concrètement », affirme Marina Khvostova, cheffe de la chaire des centrales nucléaires du MEI. La centrale flottante Akademik Lomonossov fonctionne à Pevek, en Tchoukotka, depuis 2020. C'est pour l'instant le seul exemplaire en service dans le monde. La prochaine étape est une centrale terrestre en Iakoutie, équipée d'un réacteur RITM-200N, qui doit devenir le « cœur » d'un grand pôle minier.
Ces centrales peuvent alimenter les endroits où les autres sources d'énergie ne sont pas rentables ou pas réalisables techniquement. Le projet national « Nouvelles technologies nucléaires et énergétiques » prévoit donc de reproduire ce modèle avec plusieurs autres réacteurs de petite et moyenne puissance. En parallèle, des installations encore plus petites sont développées pour des besoins industriels précis, comme la station « micro-nucléaire » Elena-AM, d'environ 1 mégawatt, ou le réacteur Chelf-M, de 10 mégawatts. Des installations au gaz pour les usines aux petits réacteurs pour les régions du Grand Nord, la Russie développe des sources d'électricité adaptées à chaque territoire.
Sources
- Совокупная мощность малой генерации в России достигла 15% от общей — Rossiïskaïa Gazeta