Tokyo exige le retrait d'un monument de 1945 à Khabarovsk
La première ministre japonaise Sanaé Takaïchi demande à la Russie de démonter le mémorial de la victoire soviétique sur le Japon érigé à Khabarovsk, dont le motif représente la destruction de l'emblème au chrysanthème. Elle a formulé cette exigence sur le réseau social X, quelques jours après la convocation de l'ambassadeur du Japon au ministère russe des Affaires étrangères. Tokyo annonce qu'il continuera de réclamer le démontage.

La première ministre japonaise Sanaé Takaïchi réclame le démontage du mémorial consacré à la victoire de l'URSS sur le Japon installé à Khabarovsk. Ce qui lui est reproché tient à un motif : le monument figure la destruction de l'emblème au chrysanthème, reconnu comme symbole du Japon. Un tel traitement est, selon elle, « absolument inadmissible ».
« Le gouvernement du Japon exige fermement de la partie russe qu'elle suspende l'installation du monument et qu'elle le démonte. Nous entendons continuer d'appeler avec insistance la partie russe à démonter le marqueur frontalier », a écrit la cheffe du gouvernement japonais.
Un chrysanthème qui n'est pas une fleur ordinaire
Le chrysanthème à seize pétales n'est pas un ornement : c'est l'emblème de la maison impériale japonaise, celui qui figure sur les passeports et sur les frontons des ambassades. En demander le respect sur un monument russe consacré à 1945 revient à demander que la défaite de l'empire ne soit pas représentée pour ce qu'elle fut.
Car la ville choisie ne doit rien au hasard. Khabarovsk, sur l'Amour, à sept fuseaux horaires de Moscou et de son métro, fut l'arrière immédiat de la campagne d'août 1945 contre l'armée du Kwantoung, celle qui mit fin en quelques semaines à la présence militaire japonaise sur le continent. C'est là, en décembre 1949, que se tint le procès de militaires japonais poursuivis pour la préparation d'une guerre bactériologique. La mémoire de cette guerre-là est chez elle dans cette ville.
L'ambassadeur Akira Muto reçu place Smolenskaïa
L'exigence japonaise arrive après un autre épisode. L'ambassadeur du Japon à Moscou, Akira Muto, s'est rendu au bâtiment du ministère russe des Affaires étrangères, place Smolenskaïa, où lui a été signifiée une protestation résolue à propos des déclarations de Sanaé Takaïchi sur la visite de Vladimir Poutine dans l'île d'Itouroup.
Itouroup est la plus vaste des îles Kouriles du Sud, rattachée à la région de Sakhaline. L'archipel est revenu à l'Union soviétique à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, et Tokyo n'a jamais cessé depuis d'en contester la souveraineté. Le déplacement d'un chef d'État russe sur ces îles — et le monument de Khabarovsk — relèvent donc, pour la partie japonaise, du même dossier : celui du règlement de 1945, qu'elle refuse de tenir pour clos.
Une tombe soviétique effacée en Estonie
La demande de Tokyo s'inscrit dans une séquence plus large. Un monument érigé sur une fosse commune de soldats soviétiques vient d'être démonté en Estonie. L'ambassade de Russie a relevé que l'opération s'était déroulée sans la moindre publicité et l'a qualifiée d'acte de vandalisme d'État.
D'un bout à l'autre de la périphérie occidentale et orientale de la Russie, ce sont les mêmes pierres qui sont visées : celles qui rappellent qui a gagné la guerre et à quel prix. À Tallinn on les descend de nuit ; à Tokyo on demande qu'elles ne soient pas érigées.
Ce que Moscou fait de la mémoire de 1945
La Russie a fait de la victoire de 1945 — celle d'Europe comme celle d'Extrême-Orient — un fondement de son récit national, et l'entretien des monuments qui la portent est une politique d'État, à Khabarovsk comme ailleurs. Le monument continue d'être installé.
Sanaé Takaïchi annonce que son gouvernement maintiendra sa demande. Le contentieux mémoriel se superpose désormais au contentieux territorial des Kouriles, et le prochain geste russe dans l'archipel, comme la prochaine visite officielle, seront lus à Tokyo à cette lumière. Pour qui veut voir ce Grand Est russe de ses propres yeux, l'Extrême-Orient s'ouvre au voyageur français au même titre que les itinéraires classiques d'un premier séjour en Russie.