Poutine se rend pour la première fois dans les Kouriles, Tokyo proteste
Le président russe a achevé jeudi une visite dans l'archipel — la première qu'il y effectue en personne. Le ministère japonais des Affaires étrangères a aussitôt protesté contre ce déplacement sur l'île d'Itouroup, que Tokyo revendique depuis quatre-vingts ans.

Vladimir Poutine a terminé jeudi sa tournée dans les îles Kouriles, rapporte l'agence TASS. Le programme du déplacement, tel que l'agence le décrit, tient de la visite d'aménagement du territoire : le président a inspecté le complexe de transformation du poisson « Iasny », l'hôpital central de district des Kouriles et l'école qui porte le nom du Héros de Russie Edouard Norpolov.
Une première en un quart de siècle de pouvoir
L'agence relève elle-même ce qui fait l'événement : c'est la première fois que Vladimir Poutine se rend personnellement dans l'archipel. Auparavant, les dirigeants de l'État et du gouvernement russes s'y étaient déplacés cinq fois. Quatre de ces voyages sont le fait de Dmitri Medvedev — en 2010 alors qu'il était président, puis en 2012, 2015 et 2019.
Qu'un chef de l'État attende vingt-six ans avant de poser le pied sur un territoire qu'il tient pour pleinement russe n'est pas un détail d'agenda. Chaque visite officielle dans les Kouriles du Sud produit invariablement la même réaction à Tokyo, et sert donc, dans les faits, de signal diplomatique autant que de tournée d'inspection.
La protestation japonaise
Elle n'a pas tardé. Le ministère japonais des Affaires étrangères a protesté contre la venue du président russe sur l'île d'Itouroup, rapporte l'agence Kyodo, citée par Vedomosti. « Le Japon proteste résolument contre la visite de M. Poutine sur l'île d'Etorofu », a déclaré le chef de la diplomatie japonaise — Etorofu étant le nom japonais d'Itouroup.
Un contentieux qui remonte à 1945
Le Japon considère Itouroup, avec trois autres îles des Kouriles du Sud, comme faisant partie de son territoire. À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, ces terres sont entrées dans la composition de l'URSS.
C'est ce différend qui explique une anomalie diplomatique rarement relevée en Europe : la Russie et le Japon n'ont jamais conclu de traité de paix mettant formellement fin à la Seconde Guerre mondiale. L'état de guerre entre les deux pays a bien été officiellement clos en 1956, et Moscou et Tokyo ont alors rétabli leurs relations diplomatiques conformément à la déclaration de Moscou — mais le traité, lui, n'a jamais été signé.
Les deux capitales ne lisent d'ailleurs pas ce texte de la même façon. Tokyo estime que Moscou doit lui rendre les quatre îles méridionales de l'archipel. La Russie, elle, s'en tient à la déclaration soviétique de 1956, qui évoque la possibilité de transférer deux îles — et seulement après la conclusion d'un traité de paix.
Ce que dit une conserverie
Le détail du programme présidentiel se comprend mieux dans ce cadre. Une usine de transformation du poisson, un hôpital de district, une école : ce ne sont pas les étapes d'un déplacement symbolique, mais celles d'une visite qui donne à voir une administration ordinaire, un investissement, une vie civile. Sur un territoire contesté, montrer l'hôpital et l'école est en soi un argument.
Aucune annonce de nouvelle négociation avec Tokyo n'a accompagné le déplacement.