Pourquoi la Russie et le Japon n'ont pas de traité de paix ?
Quatre îles des Kouriles, passées sous administration soviétique en août 1945, empêchent depuis quatre-vingts ans la signature d'un traité de paix. Les négociations, ouvertes en 1956 puis relancées à plusieurs reprises, ont été rompues par Moscou en mars 2022.
La Russie et le Japon entretiennent des relations diplomatiques, commercent et se parlent. Ils n'ont pourtant jamais signé le traité qui aurait clos formellement la Seconde Guerre mondiale entre eux. La raison tient en quatre îles, et en un désaccord que quatre-vingts ans de négociations n'ont pas résolu.
Une guerre close sans traité
L'URSS déclare la guerre au Japon le 8 août 1945. À partir du 18 août, trois jours après l'annonce de la capitulation japonaise, les forces soviétiques débarquent dans l'archipel des Kouriles. Elles y restent. Les quatre îles les plus méridionales — Itouroup, Kounachir, Chikotan et le petit groupe des Habomaï — passent sous administration soviétique, puis russe.
Le traité de San Francisco de 1951 aurait pu régler la question. Le Japon y renonce à ses droits sur les Kouriles, mais le texte ne précise pas à qui elles reviennent, et l'URSS ne le signe pas. Le dossier reste ouvert.
La déclaration de 1956, et ce qui l'a bloquée
Le 19 octobre 1956, Moscou et Tokyo signent une déclaration commune qui met fin à l'état de guerre et rétablit les relations diplomatiques. Son paragraphe 9 contient une promesse précise : l'URSS remettra Chikotan et les Habomaï au Japon — mais après la conclusion d'un traité de paix, pas avant. Les deux plus grandes îles, Itouroup et Kounachir, ne sont pas mentionnées.
Ce traité n'a jamais été conclu. En 1960, le Japon renouvelle son traité de sécurité avec les États-Unis. Moscou y voit une rupture de l'équilibre sur lequel reposait la déclaration et conditionne désormais toute rétrocession au retrait des troupes américaines du territoire japonais. Aucune île ne change de main.
Deux lectures qui ne se rejoignent pas
Pour Tokyo, les quatre îles forment les « Territoires du Nord », occupés en dehors du droit : le ministère japonais des Affaires étrangères soutient qu'elles n'ont jamais fait partie des Kouriles auxquelles le Japon a renoncé en 1951, et qu'elles restent donc japonaises.
Pour Moscou, leur appartenance découle du règlement de la Seconde Guerre mondiale et ne se négocie pas. La position s'est durcie avec la révision constitutionnelle de 2020, qui interdit l'aliénation de tout territoire de la Fédération. Une rétrocession supposerait aujourd'hui de modifier la Constitution.
Où en est le dossier
Le 21 mars 2022, le ministère russe des Affaires étrangères annonce l'arrêt des négociations sur le traité de paix, invoquant la position « inamicale » du Japon après son adhésion aux sanctions occidentales. Le régime de visites sans visa qui permettait aux anciens habitants japonais de se rendre sur les îles est supprimé dans la foulée.
Depuis, les signaux sont contradictoires. Tokyo a redit vouloir aboutir à un traité ; le porte-parole de la présidence russe a répondu que Moscou y était favorable. Dans le même temps, Vladimir Poutine s'est rendu en août 2026 sur Itouroup, sa première visite dans l'archipel en vingt-six ans de pouvoir, et le Japon a protesté.
Aucune négociation formelle n'est ouverte à ce jour. Le traité qui devait clore la guerre reste, quatre-vingts ans après, à écrire.