Une streameuse russe expulsée du Kazakhstan après ses propos sur Pavlodar
Astana a expulsé une streameuse russe et lui a interdit le territoire pour cinq ans, après qu'elle eut mis en doute, en direct, l'appartenance de la ville de Pavlodar au Kazakhstan. La police kazakhe a diffusé la vidéo de son embarquement.

Une streameuse russe a été expulsée du Kazakhstan et frappée d'une interdiction d'entrée de cinq ans pour des « propos provocateurs » tenus sur les réseaux sociaux, a annoncé le département de la police d'Astana. Selon RIA Novosti, il s'agit de Ksenia Gouzaïeva, connue en ligne sous le pseudonyme Fasoollka.
Au cours de retransmissions sur la plateforme Twitch, la jeune femme avait mis en doute l'appartenance de la ville de Pavlodar au Kazakhstan. Le site kazakh Tengri News précise qu'elle avait par ailleurs « laissé passer des stéréotypes méprisants à l'égard des citoyens du Kazakhstan, de leur culture et de leurs traditions ».
Une expulsion mise en scène
« La citoyenne étrangère G. K. a quitté le territoire de la République du Kazakhstan… Le tribunal l'a soumise à une responsabilité administrative pour propos provocateurs et incorrects sur les réseaux sociaux », indique le communiqué du département de police, qui ne livre que les initiales.
La procédure elle-même a été rendue publique : la police a diffusé une vidéo sur laquelle ses agents escortent la jeune femme jusqu'à l'embarquement. Cette publicité donnée à une mesure administrative dit quelque chose de l'usage qui en est attendu — la sanction n'est pas seulement appliquée, elle est montrée.
Pavlodar, une ville que l'on ne nomme pas par hasard
Pavlodar est une ville du nord-est du Kazakhstan, dans une région frontalière de la Russie où la population russophone est nombreuse. Mettre en doute publiquement son appartenance n'est pas une maladresse de vocabulaire : c'est toucher au point le plus sensible de la relation entre les deux pays, celui du tracé des frontières héritées de la période soviétique.
Deux précédents, en sens inverse
Kommersant rappelle deux affaires qui, prises ensemble, dessinent un mouvement à double sens.
En janvier 2026, le président du Comité d'enquête de Russie, Alexandre Bastrykine, avait ordonné une vérification des informations relatives à l'expulsion vers le Kazakhstan d'un habitant de Perm, Russe de souche, qui vivait de longue date dans la région de Kama et y avait de la famille.
En avril 2026, une habitante de Magadan, née dans la région de Soumy en Ukraine, s'est vu retirer la citoyenneté russe pour « propos antirusses répétés sur internet et parmi les habitants de la Kolyma », ainsi que pour des « actes créant une menace pour la sécurité nationale de la Russie ».
Ce que ces dossiers ont en commun
Dans les trois cas, le fait générateur est une parole publique tenue en ligne, et la sanction porte sur le droit de séjour ou la nationalité. Les États concernés, quelle que soit la direction de la mesure, y traitent l'expression sur les réseaux comme un motif suffisant pour trancher l'appartenance d'une personne à un territoire.
C'est là un trait de l'espace post-soviétique que le lecteur francophone perçoit rarement : les frontières y sont récentes, les populations mêlées, et la question de savoir qui appartient à quel pays reste, trente-cinq ans après, un sujet que l'on règle parfois à l'aéroport.