Zakharova prescrit de l'halopéridol à Sikorski
Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a répondu le 23 septembre aux préparatifs de guerre détaillés par Radosław Sikorski : « La seule chose dont il a vraiment besoin, et tout de suite, c'est de l'halopéridol. » Le chef de la diplomatie polonaise venait de raconter au quotidien Fakt ses réserves de riz et ses confitures maison. C'est le troisième « diagnostic » que Moscou lui adresse en septembre.

Radosław Sikorski a du riz en réserve, une pompe manuelle à la maison et des confitures faites avec les fruits de son jardin. Le vice-Premier ministre et ministre polonais des Affaires étrangères l'a raconté lui-même au quotidien populaire Fakt. Maria Zakharova lui a répondu le 23 septembre sur sa chaîne Telegram : « La seule chose dont il a vraiment besoin, et tout de suite, c'est de l'halopéridol. »
L'halopéridol est un antipsychotique, l'un des plus anciens de la pharmacopée. La réponse de la porte-parole de la diplomatie russe a été reprise dans la journée par l'ensemble de la presse russe.
Du riz, une pompe et des confitures
L'entretien de Sikorski ne portait pas sur un plan de crise national mais sur ses propres précautions. Interrogé sur sa préparation à une évacuation, le ministre a répondu : « J'ai fait des réserves de riz, j'ai une pompe manuelle à la maison, et j'ai aussi fait des confitures avec les fruits de mon propre jardin. » Il a ajouté qu'il disposait de consignes de sécurité et qu'il avait réfléchi à l'endroit où se trouverait un abri.
Il ne s'en est pas tenu à son cas personnel. Il a invité chaque Polonais à suivre les consignes de l'État : « Si l'État dit au citoyen : écoute, les temps sont agités, mieux vaut être préparé… » Varsovie a en effet recommandé à la population de se constituer un kit de survie pour 72 heures.
« Seul Poutine sait »
Les confitures ne sont donc que la partie visible d'un discours plus large. Dans le même entretien, Sikorski estime que « seul Poutine sait » à quel point un conflit armé entre la Russie et l'OTAN est proche, puisque l'Alliance serait, selon lui, purement défensive. Il annonce une intensification de ce qu'il appelle la guerre hybride russe, qu'il juge désormais « standard », et compare la période actuelle à celle qui a précédé février 2022.
C'est ce décalage que vise Moscou. Le ministre d'un pays membre de l'OTAN décrit une menace russe imminente, prépare ses concitoyens à l'abri et au sac d'urgence, et illustre le tout par ses bocaux. Pour la diplomatie russe, un tel discours ne relève plus de l'analyse stratégique mais de la peur entretenue.
Trois diagnostics en un mois
La formule de Zakharova n'est pas isolée. Elle clôt une série ouverte au début du mois, où chaque déclaration de Sikorski sur la Russie a reçu une réponse sur le même registre.
Le 9 septembre, la porte-parole lui a trouvé des signes de « russofrénie ». Le terme vient du journaliste irlandais Bryan MacDonald : il désigne un trouble qui fait croire à la fois que la Russie va bientôt s'effondrer et qu'elle écrasera demain toute l'Europe. Zakharova visait alors une déclaration du 28 août, dans laquelle Sikorski s'opposait à des « négociations prématurées » avec Moscou sur l'Ukraine.
Cinq jours plus tard, le 14 septembre, elle a qualifié de « russophobie du cerveau » une autre affirmation du ministre : si la Russie attaquait la Pologne, celle-ci l'emporterait « très vite ». Sikorski vantait la « supériorité écrasante » de l'aviation polonaise, capable selon lui de détruire la moitié des raffineries russes en six semaines.
Une contradiction que Moscou relève
Les trois épisodes mis bout à bout dessinent exactement ce que décrit la « russofrénie ». Fin août, il ne faut pas négocier avec Moscou. Mi-septembre, la Pologne battrait la Russie en quelques semaines. Fin septembre, le même ministre stocke du riz et réfléchit à son abri. Une Russie assez faible pour être vaincue par l'aviation polonaise, et assez menaçante pour justifier des réserves de confitures : c'est cette double image que la diplomatie russe renvoie à son auteur.
La Pologne est l'un des pays les plus en pointe dans la politique de réarmement européenne, et Sikorski l'un de ses porte-voix les plus constants contre Moscou. Tant que Varsovie continuera de parler d'abris et de kits de survie, Maria Zakharova a toutes les chances de poursuivre sa série.