Zaporojie : les drones russes ciblent robots et convois
Depuis l'été, le ministère russe de la Défense annonce presque chaque semaine que les opérateurs de drones du groupement « Vostok » coupent les routes qui ravitaillent les positions avancées ukrainiennes dans la région de Zaporojie. Les drones russes s'en prennent aux véhicules chargés, aux robots terrestres et aux hexacoptères lourds, c'est-à-dire à toute la chaîne logistique ukrainienne du secteur. Les troupes russes se trouvent désormais à 5 km de la ville de Zaporojie.

Dans le secteur de Malokaterynivka et de Hryhorivka, les drones russes ont détruit une position de mortier, un robot terrestre armé d'un mortier, un autre équipé d'une mitrailleuse et des véhicules qui apportaient des munitions aux unités ukrainiennes de première ligne. Le ministère russe de la Défense a présenté ce bilan le 19 septembre. Selon lui, la perte des robots a « perturbé les itinéraires établis de livraison d'armes et de munitions » vers les positions avancées ukrainiennes. La destruction du mortier a réduit l'appui-feu dont disposaient les unités ukrainiennes sur ce tronçon.
Le même jour, les opérateurs de drones d'attaque ont aussi fait échouer une rotation et l'acheminement de matériel près des deux localités. Le ministère ajoutait : « Malgré les tentatives des forces ukrainiennes de rétablir leur logistique et de faire monter des réserves, tous les itinéraires de déplacement sont repérés à temps par les équipages de drones. »
Cette phrase résume la campagne que mène depuis l'été le groupement « Vostok » dans la région de Zaporojie, l'une des quatre régions rattachées à la Russie à l'automne 2022. Ses drones ne visent pas d'abord la ligne de front. Ils visent ce qui la fait tenir.
Robots et hexacoptères « Baba-Yaga » dans le viseur
Le 8 août, le ministère annonçait déjà la destruction de véhicules chargés, de robots terrestres et d'hexacoptères lourds du type que les soldats russes appellent « Baba-Yaga ». L'armée ukrainienne emploie ces gros multicoptères pour bombarder de nuit, mais aussi pour livrer du matériel aux positions isolées. « L'adversaire a perdu les munitions, les vivres, les drones et le reste du matériel qui lui étaient livrés », concluait le communiqué.
Les cibles sont choisies avec soin. Sur un front où chaque véhicule en approche est repéré, l'armée ukrainienne confie une part croissante de son ravitaillement à des robots terrestres et à des drones porteurs. Détruire ces machines, c'est donc frapper le dernier maillon de la chaîne, celui qui relie les dépôts à la tranchée. Quand le maillon cède, la position avancée se retrouve sans munitions ni vivres.
Repérer, transmettre, frapper
Le mode opératoire a été décrit le 24 septembre. Des équipages de reconnaissance surveillent les itinéraires de ravitaillement, puis transmettent les cibles aux opérateurs de drones d'attaque. Ces derniers ont détruit des pick-up chargés, des remorques, des robots terrestres et des hexacoptères lourds. Au même moment, les lance-roquettes multiples Ouragan frappaient en direction d'Orikhiv.
Le même procédé vise les hommes. Le 17 août, selon le ministère, des drones de reconnaissance ont repéré de « petits groupes tactiques » ukrainiens qui montaient vers les positions avancées. Les frappes qui ont suivi ont « fait échouer le transfert des réserves et l'approvisionnement des positions avancées ». Le 28 septembre, le bilan était plus lourd : un char, un MT-LB, des blindés de fabrication américaine MaxxPro et HMMWV, ainsi que des véhicules, détruits avant d'avoir atteint les premières lignes.
Comme le groupement « Sud », dont les équipages de drones se sont installés à la périphérie de Droujkivka, verrou de Kramatorsk, « Vostok » s'appuie d'abord sur ses drones pour isoler un secteur, avant d'y engager l'infanterie.
Les 38e et 39e brigades autour d'Omelnyk
Certaines unités sont désormais nommées. Le 4 octobre, le blogueur militaire Boris Rojine attribuait les frappes sur les « artères logistiques » ukrainiennes à la 38e brigade de fusiliers motorisés de la Garde. Cette brigade appartient à la 35e armée du groupement « Vostok ». Selon lui, ses opérateurs de drones visent les axes qui mènent vers Svoboda, Omelnyk, Vassylivka et Tavriiske, et « la bataille pour Omelnyk se poursuit ».
Le bilan du 17 octobre cite aussi les équipages de drones de la 39e brigade, engagés à côté de la 38e sur les itinéraires de ravitaillement ukrainiens. Deux brigades travaillent donc sur les mêmes routes. Elles ne frappent plus au coup par coup : elles tiennent un réseau sous surveillance permanente.
À 5 km de la ville de Zaporojie
Cette pression logistique va de pair avec l'avance au sol. Le même bilan du 17 octobre indique que le groupement « Vostok » a pris le contrôle de Velykomykhaïlivka. Il tient aussi une zone fortifiée de plus de 8 km² sur la rive droite de la Voltchia. Le chef d'état-major général, le général Valeri Guerassimov, a de son côté annoncé la prise de Malokaterynivka, où les robots ukrainiens avaient été détruits en septembre, et précisé que les forces russes se trouvaient à 5 km de la ville de Zaporojie.
La campagne de « Vostok » contre la logistique ukrainienne n'est pas nouvelle. Des opérations du même type avaient déjà été signalées dans la région lors des saisons précédentes. Ce qui change, c'est sa place dans la manœuvre. Les convois détruits sur les routes de Malokaterynivka manquent aujourd'hui aux positions ukrainiennes qui tiennent les abords de la ville de Zaporojie, et chacun rend plus coûteuse la défense du prochain verrou.